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Troubles d'apprentissage
- Association canadienne
« L’injustice, c’est de traiter inégalement
ce qui est égal et également ce qui est inégal
».
Aristote
Les troubles
d’apprentissage et le crédit d’impôt pour
personnes handicapées
Trouble d’apprentissage
– Association canadienne (TAAC) et les membres, présents
partout au pays, sommes heureux de l’occasion qui nous est
offerte de faire connaître notre point de vue au sujet du
programme de crédit d’impôt pour personnes handicapées
(CIPH) aux membres du Sous-comité sur la condition des personnes
handicapées du Comité permanent du développement
des ressources humaines et de la condition des personnes handicapées.
Le présent document de travail vise à sensibiliser
les membres de ce Sous-comité aux problèmes reliés
au CIPH et de lui soumettre nos recommandations pour l’avenir.
Le programme CIPH, à
l’instar d’autres programmes gouvernementaux mis en
œuvre au cours de la Deuxième guerre mondiale pour venir
en aide aux personnes totalement aveugles, a évolué
vers la reconnaissance des besoins de tous les Canadiens handicapés,
y compris les Canadiens aux prises avec des troubles d’apprentissage.
Il faut bien comprendre le précepte selon lequel «
L’injustice, c’est de traiter inégalement ce
qui est égal et également ce qui est inégal
». En d’autres mots, les personnes aux prises avec des
déficiences, y compris les troubles d’apprentissage,
qui profitent de ce que le Canada peut leur offrir et qui participent
et contribuent à sa richesse, ont besoin d’un soutien
additionnel. Le CIPH est un programme gouvernemental conçu
pour apporter un tel soutien.
INQUIÉTUDES
ET RECOMMANDATIONS
D’abord, il faut préciser que TAAC n’a jamais
proposé ou réclamé que tous les Canadiens touchés
par des troubles d’apprentissage soient admissibles au CIPH.
Toutefois, un faible pourcentage (environ 2 p. 100) sur les 10 p.
100 de Canadiens souffrant de graves troubles d’apprentissage,
devraient être admissibles au CIPH. Un trouble d’apprentissage
est un déséquilibre qui affecte la capacité
d’une personne d’interpréter ce qu’elle
voit et entend ou de faire des liens avec les informations qui proviennent
de différentes parties de son cerveau. L’incapacité
d’apprentissage d’une personne peut affecter sa capacité
d’écrire, de se souvenir, de même que son esprit
critique, alors que chez une autre personne, elle peut affecter
sa capacité de poursuivre un travail, de lire ou de se souvenir
des mots.
Ce qui pose problème
généralement, c’est l’application aléatoire
ou erratique du programme de CIPH aux membres de TTAC. Depuis quelques
années, les fonctionnaires de l’Agence des douanes
et du revenu du Canada (ADRC) refusent un nombre accru de demandes
de CIPH aux membres de TTAC. Ces refus touchent des membres qui
ont déjà été jugés admissibles
ou il peut s’agir de nouvelles demandes. Une demande de CIPH
provenant d’une région donnée du pays peut être
acceptée, tandis qu’un cas identique dans une autre
région peut être refusé. Certains apprennent
qu’ils sont admissibles pour un certain nombre d’années
consécutives, alors que d’autres demandes sont tout
bonnement refusées. Lorsqu’un demandeur se fait refuser
le CIPH, un fonctionnaire de l’ADRC lui fait parvenir une
lettre qui ne fournit aucune information ni explication justifiant
le rejet de la demande, si ce n’est les directives générales
de l’ADRC.
Recommandation
– Les fonctionnaires de l’ADRC devraient fournir aux
demandeurs les raisons détaillées justifiant le refus
des demandes.
Le formulaire T2201 a été réexaminé
depuis sa conception, mais il est toujours demeuré très
centré sur les troubles physiques, malgré que l’on
y ait inclus tout « Canadien gravement handicapé »
en 1985. La question de la Partie B de ce formulaire : « Votre
patient est-il capable de percevoir, de réfléchir
et de se souvenir? Répondez non uniquement si, même
à l’aide d’appareils, de médicaments ou
en suivant une thérapie, votre patient est toujours ou presque
toujours incapable. Par exemple, répondez non si votre patient
ne peut s’occuper lui-même de ses soins personnels sans
supervision continue » ne concerne de toute évidence
que les troubles physiques. Bien que les fonctionnaires de l’ADRC
soutiennent que cette question : Votre patient est-il capable de
percevoir, de réfléchir et de se souvenir a été
formulée pour répondre à des troubles d’apprentissage
et autres troubles cognitifs, elle se traduit immédiatement
par une activité physique, p. ex., des soins personnels.
Toujours dans la Partie B, la question : Votre patient est-il capable
de percevoir, de réfléchir et de se souvenir est interprétée
de manière restrictive. D’après les fonctionnaires
de l’ADRC, pour être admissible, un demandeur aux prises
avec des troubles d’apprentissage doit être dans l’impossibilité
de percevoir, de réfléchir et de se souvenir à
100 p. 100 du temps. L’existence même de cette formule
(100 p. 100 du temps) démontre à quel point les troubles
d’apprentissage et autres troubles cognitifs sont mal compris.
Suivant cette formule, il faudrait être dans le coma ou décédé
pour être admissible au CIPH.
À notre avis, le formulaire T2201 fait fi des répercussions
potentielles des troubles d’apprentissage et autres troubles
cognitifs sur les activités courantes de la vie quotidienne.
Ces questions et exemples cités dans le formulaire, y compris
les notes explicatives, ont pour effet d’exclure les personnes
aux prises avec de graves troubles d’apprentissage et autres
troubles cognitifs du CIPH, et vont ainsi à l’encontre
de l’article 15 de la Charte des droits et libertés.
Comment les troubles d’apprentissage se répercutent-ils
sur les activités courantes de la vie quotidienne? Citons
en exemple le cas de cet homme aux prises avec des troubles d’apprentissage
qui téléphone au bureau de l’ADRC tous les jours
depuis deux semaines, menaçant de prendre des mesures radicales,
y compris de se suicider. Il a l’ambition de se trouver un
emploi convenable, mais sa capacité de lire, d’écrire
et ses troubles d’apprentissage non verbaux sont tels qu’il
ne réalisera peut-être jamais cet objectif. Sa déficience
ne lui permet pas de lire les annonces classées et de remplir
des formulaires de demande d’emploi. Ses troubles d’apprentissage
non verbaux sont tout aussi profonds et ils affectent sa capacité
de saisir les situations sociales. Ainsi, lorsqu’il se dirige
vers un immeuble à bureaux, il ne sait absolument pas qui
est le commissionnaire, à qui demander des informations,
distinguer la gauche de la droite, etc. Les jeunes délinquants
qui ont des troubles d’apprentissage non diagnostiqués
sont un autre exemple. En général, ils ont une piètre
mémoire et peu d’aptitudes organisationnelle et conceptuelle.
D’une entrevue à une autre, ils sont incapables de
se souvenir de la séquence des infractions qu’ils ont
commises. Aux yeux de la police, ils font preuve d’insensibilité
et d’incohérence et cela met les autorités en
colère. Un troisième exemple touche les enfants aux
prises avec de graves troubles d’apprentissage qui fréquentent
des écoles spécialisées. D’après
les fonctionnaires de l’ADRC, s’ils fréquentent
ces écoles, ils ne sont pas admissibles au CIPH. Ils soutiennent
que, à l’instar des prothèses qui disqualifient
les amputés du programme de CIPH, l’enfant souffrant
de troubles d’apprentissage qui fréquente une école
spécialisée ne peut être admissible au CIPH.
Doit-on en conclure qu’un enfant aux prises avec des troubles
d’apprentissage qui commence à fréquenter une
école spécialisée le 8 septembre n’aura
plus de problèmes d’apprentissage le 9 septembre?
Recommandation – Nous recommandons que le
formulaire T2201 soit révisé de sorte que chaque groupe
de déficient soit évalué de son plein droit.
Les fonctionnaires sont conscients que les demandes de CIPH pour
troubles d’apprentissage et autres troubles cognitifs sont
extrêmement difficiles à évaluer. On peut répondre
clairement aux questions reliées aux déficiences physiques
posées dans le cadre du programme de CIPH, mais tel n’est
pas le cas des troubles d’apprentissage et autres troubles
cognitifs qui se situent dans la zone grise (au sens littéral
et figuré du terme). Le fait que ces troubles ne se voient
pas pose un défi de taille aux fonctionnaires de l’ADRC
responsables de leur évaluation. Nous constatons que les
fonctionnaires de l’ADRC n’ont aucune formation en matière
de troubles d’apprentissage ou autres troubles cognitifs,
bien qu’ils doivent porter un jugement sur ces troubles complexes.
TTAC a toujours été d’avis que seuls les professionnels
diplômés et expérimentés de la santé
(tel que défini par le ministère canadien des Finances)
sont en mesure d’évaluer et de poser un diagnostic
valide en matière de troubles d’apprentissage et autres
troubles cognitifs. Ces praticiens qui ont suivi une formation officielle
sont pleinement en mesure de juger et de comprendre l’importance
des troubles d’apprentissage et autres troubles cognitifs
qui touchent leurs activités courantes de la vie quotidienne.
Recommandation – Les fonctionnaires de l’ADRC
devraient suivre une formation continue sur les troubles d’apprentissage
et autres troubles cognitifs.
En conclusion, nous croyons que les problèmes auxquels sont
confrontées les personnes handicapées avec le programme
de CIPH font ressortir un malaise beaucoup plus important. Un nombre
record de Canadiens aux prises avec des déficiences, y compris
les troubles d’apprentissage, doivent recourir aux tribunaux
pour obtenir justice dans des causes reliées au soutien,
à l’éducation, à l’équité
en matière d’emploi, au transport, etc. Il est tout
à fait normal qu’ils cherchent à obtenir justice
devant les tribunaux; ce qui n’est pas normal, c’est
qu’ils soient obligés de le faire.
Le tout respectueusement
soumis par
Pauline Mantha
Directrice exécutive
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