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Programme de
crédit d’impôt pour personnes handicapées
Présentation
de l’Association des psychiatres du Canada
au Sous-Comité de la Chambre des communes sur la condition
des personnes handicapées
par le Dr Blake
Woodside, M.D., FRCPC
président désigné, Association des psychiatres
du Canada
29 janvier 2002
Notes d’allocution
Madame la présidente et estimables membres du Comité.
Je m’appelle Blake
Woodside. Je m’adresse à vous aujourd’hui en
tant que président désigné de l’Association
des psychiatres du Canada. Moi-même psychiatre, je dirige
un programme destiné à des malades hospitalisés
souffrant d’anorexie mentale grave, à Toronto.
Je vous remercie de m’avoir
invité à discuter avec vous des mesures susceptibles
de rendre le programme de crédit d’impôt pour
personnes handicapées plus équitable et d’en
faciliter l’administration, surtout en ce qui concerne les
personnes souffrant de maladies mentales.
Permettez-moi d’abord
de féliciter le Comité d’avoir pris le temps
d’entendre tous les groupes et les personnes qui, à
ce jour, ont exposé leurs préoccupations concernant
les questions qui touchent particulièrement les Canadiens
aux prises avec l’incapacité qu’est la maladie
mentale. Trop souvent, les discussions sur les politiques sociales
et les politiques de santé ont négligé les
questions particulières que pose la maladie mentale. J’espère
que cette situation est en voie de changer.
Introduction
Comme certains d’entre
vous le savent, l’Association des psychiatres du Canada a
collaboré avec quatre autres organismes nationaux de première
importance – la Société canadienne de schizophrénie,
la Mood Disorder Society of Canada, le Réseau national pour
la santé mentale et l’Association canadienne pour la
santé mentale – afin d’attirer l’attention
des décideurs canadiens sur les besoins des Canadiens souffrant
de maladie mentale. Malgré son envergure modeste, cette coalition,
appelée Alliance canadienne pour la maladie mentale et la
santé mentale (ACMSM), a élaboré des propositions
d’action nationale à ce sujet. Ces propositions sont
exposées dans le document intitulé Appel à
l’action : Dégager un consensus à l’égard
d’un plan d’action national sur la maladie mentale et
la santé mentale. (exemplaires disponibles)
Ce document de travail
recommande notamment au gouvernement fédéral de veiller
à ce que toutes ses politiques prennent en compte les besoins
des personnes atteintes de maladie mentale. Cette recommandation
s’applique aux politiques fiscales, en tant qu’élément
important des politiques sociales canadiennes. De même, les
besoins particuliers des déficiences psychiques doivent être
pris en considération dans les autres politiques sociales
canadiennes en matière d’incapacité.
L’Association médicale
canadienne a mis en évidence l’impact que la formule
actuelle du programme a eu sur les médecins. Nous appuyons
leurs recommandations générales en ce qui concerne
l’intégrité et l’uniformisation du programme.
Des collègues œuvrant en santé mentale, comme
les membres de l’Association canadienne pour la santé
mentale et la Société canadienne de psychologie, ainsi
que des consommateurs ont témoigné des répercussions
de ce programme sur les soignants et ceux qui vivent avec une maladie
mentale grave.
Je suis ici aujourd’hui
pour exposer certaines questions et recommandations fondées
sur l’expérience de psychiatres dans l’application
de ce programme. Je vais m’efforcer de ne pas répéter
les témoignages d’experts que vous avez déjà
entendus. Mon intervention portera sur deux points principaux :
1) Sentiment d’iniquité
lié au caractère restrictif des définitions
et manque de clarté quant à l’applicabilité
du programme à la maladie mentale.
2) Questions administratives en rapport avec la maladie mentale,
soit l’incongruité du formulaire et la nécessité
d’établir des lignes directrices et de mieux informer.
Discussion
Caractère restrictif
des définitions et manque de clarté quant à
l’applicabilité du programme à la maladie mentale
La maladie mentale est
l’une des plus importantes causes d’incapacité
et compte pour la moitié des 10 grandes causes d’incapacité
dans le monde entier. Ainsi, nous devons prévoir que la maladie
mentale sera le principal motif des demandes formulées dans
le cadre du programme, s’il est administré de façon
juste et équitable.
Or, ce crédit
d’impôt donne l’impression d’établir
une discrimination injuste à l’égard des personnes
atteintes d’une maladie mentale grave. Bien que nous ne disposions
pas des données qui nous permettraient d’établir
la proportion relative des demandeurs pour chaque catégorie,
nombre de psychiatres ont indiqué de façon ponctuelle
que les critères présentés dans les instructions
accompagnant le formulaire T 2201 excluent généralement
leurs patients, quelle que soit la gravité de leur maladie.
Cette situation est attribuable
en partie aux critères définissant l’admissibilité
au crédit. Les intervenants du domaine de la psychologie
et d’autres commentateurs ont déjà indiqué
que les critères servant à définir les activités
essentielles de la vie, notamment celle de l’« incapacité
de penser, de percevoir et de se souvenir » ainsi que le sens
particulièrement restrictif des mots « presque tout
le temps » (règle de 90 %), signifient qu’en
général, seules les personnes souffrant de troubles
neurologiques graves sont admissibles. D’autres ont noté
que la définition d’incapacité « à
long terme » exclut nombre de personnes atteintes de maladie
mentale en raison de la manifestation épisodique des symptômes
de la plupart des maladies mentales.
Ce problème tient
au mot « incapacité », emprunté de toute
évidence au concept d’incapacité physique. Une
personne est jugée « incapable » de voir si elle
répond aux critères convenus établissant qu’une
personne est aveugle au sens de la loi, critère qui ne repose
pas sur une absence totale de vision. Il n’existe pas de critères
semblables pour évaluer la gravité d’une maladie
mentale. L’emploi de solutions élémentaires
(comme « presque tout le temps », « supérieur
à 90 % », « à long terme ») ne parvient
simplement pas à résoudre le problème complexe
de définir l’incapacité psychiatrique. Cette
absence de définition claire constitue la principale raison
expliquant pourquoi le système actuel est discriminatoire
pour les personnes atteintes de maladie mentale. Heureusement, comme
nous allons le voir, il existe un moyen simple de résoudre
ce problème.
Donc, nous devons trouver
une solution.
Environ 3 % de la population
est atteinte d’une « maladie mentale grave produisant
une incapacité profonde et persistante » , c’est-à-dire
une maladie mentale diagnostiquée à partir des critères
du DSM-IV, soit que la maladie nuit considérablement à
l’exécution des activités quotidiennes. Tout
en étant bien en vie et mobiles, ces personnes souffrent
d’une maladie grave et persistante qui les empêche de
« voir, entendre ou percevoir » d’une façon
qu’on puisse juger adéquate pour l’exécution
des activités quotidiennes. On comprend facilement que les
personnes atteintes d’une maladie mentale grave estiment que
le programme de crédit d’impôt pour personnes
handicapées est injuste et même discriminatoire.
L’équité
ne suppose pas qu’il faille donner aux personnes atteintes
d’une maladie mentale un accès total au crédit
d’impôt, mais qu’on définisse l’incapacité
mentale avec le même soin, la même attention et le même
souci de consultation qui ont été déployés
pour définir l’incapacité physique. En ce sens,
le programme n’est pas équitable sous sa forme actuelle.
Le caractère restrictif
et le manque de clarté sur l’admissibilité au
programme ont aussi des effets sur les membres de la famille qui
prennent soin des personnes atteintes d’une maladie mentale
grave. Ces personnes doivent porter non seulement la charge émotionnelle
associée au fait de prodiguer des soins à un membre
de leur famille, mais aussi le fardeau financier que ce crédit
d’impôt serait censé reconnaître. De plus,
avec la réduction et la restructuration actuelles du régime
de soins de santé, ce fardeau se fait encore plus lourd pour
les familles qui prennent soin d’un membre atteint de maladie
mentale.
Questions administratives
Comme d’autres
intervenants l’ont indiqué auparavant, les psychiatres
estiment que le formulaire T2201 est inadéquat. On a tellement
voulu que ce formulaire soit simple qu’il en est simpliste.
Il faut définir plus clairement l’incapacité
en matière de condition psychiatrique et de santé
mentale de façon à permettre aux médecins de
décrire précisément l’état de
santé du patient. L’élaboration de lignes directrices
plus claires doit s’accompagner d’une stratégie
de sensibilisation des médecins.
Enfin, le fait d’exiger
des personnes atteintes des maladies mentales les plus graves, souvent
sans abri et dépendantes de l’aide sociale, de payer
la rédaction du formulaire est un exemple frappant de discrimination
et empêche les plus nécessiteux d’utiliser le
programme.
Conclusions et recommandations
Le gouvernement devrait
d’abord établir clairement si l’intention de
la « politique sociale » qui sous-tend le programme
est bel et bien de reconnaître les besoins particuliers des
personnes atteintes d’une maladie mentale grave et le fardeau
associé aux soins à leur prodiguer, à égalité
avec les incapacités physiques. Nous croyons que le programme
doit reconnaître les difficultés particulières
des personnes atteintes d’une maladie mentale et des membres
de la famille qui en prennent soin. Nous proposons donc ce qui suit
:
1) Que l’ACDR consulte
les groupes de patients et de professionnels chargés de diagnostiquer
et de traiter les patients atteints de maladie mentale, de façon
à proposer un ensemble de critères acceptables et
compréhensibles, qui reconnaisse la charge associée
à la maladie mentale au même titre qu’est reconnu
le fardeau d’une incapacité physique. Ces critères
établiraient le principe de parité entre l’incapacité
mentale et l’incapacité physique. Il s’agit là
d’un objectif facilement atteignable, pour lequel les membres
de l’Association des psychiatres du Canada seraient heureux
de collaborer avec d’autres intervenants.
2) Qu’on propose
aux médecins un ensemble de questions plus adéquates,
qui leur permettront de définir plus clairement l’incapacité
liée à la maladie mentale du patient. Encore ici,
cette démarche doit être entreprise en collaboration
avec les parties intéressées.
3) Qu’on élabore
des directives d’interprétation plus claires à
l’intention des personnes chargés de remplir le formulaire,
ainsi qu’un programme de sensibilisation des professionnels.
4) Que les demandeurs
éventuels disposent de directives claires et qu’on
crée un programme destiné à informer les personnes
atteintes de maladie mentale de leur droit à l’indemnisation.
L’APC est toute disposée à collaborer avec d’autres
intervenants afin d’appliquer les principes de parité,
d’équité et de clarté au programme de
crédit d’impôt pour personnes handicapées.
Certains de nos membres spécialisés dans ce domaine
se feraient un plaisir de collaborer, au nom de l’Association,
avec des représentants d’autres groupes professionnels
et des groupes de patients pour contribuer à concevoir des
définitions, des critères, des formulaires et du matériel
éducatif clairs.
L’Association des psychiatres du Canada
Fondée en 1951,
l’Association des psychiatres du Canada (APC) est l’association
professionnelle nationale volontaire des psychiatres canadiens.
L’Association compte 3 000 membres. L’APC se veut le
porte-parole dynamique des psychiatres de toutes les régions
du pays et s’est donné pour mission de soutenir un
groupe qui, dans l’exercice de ses fonctions professionnelles,
est voué à la prestation de services psychiatriques
de grande qualité à l’échelle du pays.
Dans sa tâche de
promouvoir des soins psychiatriques de qualité, l’ACP
adopte une approche biopsychosociale multidisciplinaire et multisectorielle.
L’Association s’efforce d’établir des liens
de communication et de collaboration à l’intérieur
du domaine de la psychiatrie et avec d’autres professions,
des groupes de consommateurs, les gouvernements et le secteur privé
afin de faire progresser les services et les stratégies en
matière de santé mentale.
L’Association des
psychiatres du Canada
441, rue MacLaren, pièce 260
Ottawa (Ontario) K2P 2H3
Directeur général : Alex Saunders
Président du Conseil d’administration : Pierre Beauséjour,
M.D., FRDPC
Président : Jean-Marie Albert, M.D., FRDPC
Ancien président : Michael Myers, M.D., FRDPC
Président désigné : Blake Woodside, M.D., FRDPC
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