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Institut national
canadien pour les aveugles
Présentation
au Sous comité sur la condition des personnes handicapées
du Comité permanent du développement des ressources
humaines et de la condition des personnes handicapées
20 novembre 2001
Pièce 371, édifice de l’Ouest
Pour obtenir des renseignements
additionnels, communiquez avec :
M. Vangelis Nikias, directeur
national
Relations gouvernementales et liaison internationale
Bureau national de l’INCA – Ottawa
320, rue McLeod
Ottawa (Ontario) K2P 1A3
Téléphone : (613) 563-0000 ext. 154
Télécopieur : (613) 232-9070
Courriel : nat-government@cnib.ca
Le 20 novembre 2001
Mme Carolyn Bennett
Députée de St. Paul's
Sous comité sur la condition des personnes handicapées
du Comité permanent du développement des ressources
humaines et de la condition des personnes handicapées
Édifices du Parlement
Ottawa (Ontario) K1A OA6
Madame la présidente,
Je vous remercie de m’avoir
donné l’occasion de m’adresser aux membres du
Sous comité aujourd’hui. Les membres du Sous comité
ont exprimé dans le passé leur engagement à
trouver des moyens réalisables d’aider les Canadiens
handicapés à donner un sens à leur citoyenneté.
Votre prompte réponse à la question qui vous est présentée
aujourd’hui est une autre preuve de votre engagement.
La question
La question qui nous
préoccupe tous aujourd’hui est la pertinence, ou le
manque de pertinence, des lettres qui ont été envoyées
récemment aux Canadiens handicapés qui ont déjà
été admissibles au crédit d’impôt
pour personnes handicapées. Il semble que l’Agence
des douanes et du revenu du Canada (ADRC) demande aux Canadiens
handicapés de soumettre un nouveau certificat approuvé
par un médecin pour prouver leur handicap. L’Institut
national canadien pour les aveugles comprend la nécessité,
pour l’ADRC, d’obtenir le formulaire T2201 lorsqu’il
s’agit d’une première demande. Néanmoins,
il ne s’agit pas de cela car on demande aux Canadiens handicapés
qui ont déjà fourni les renseignements requis dans
le passé et dont la condition n’a pas changé,
en fait ne peut pas changer, par exemple pour les personnes aveugles,
de soumettre un formulaire T2201. Nous estimons que cette mesure
est parfaitement inutile. Vous comprendrez qu’elle a suscité
énormément d’inquiétudes au sein de la
collectivité. Les personnes handicapées s’opposent
au fait de devoir rétablir leur admissibilité.
D’après
nous, il s’agit d’une mesure totalement inutile dans
le cas des personnes aveugles, et dans le cas des personnes ayant
des handicaps permanents ou irréversibles.
Laissez moi vous rappeler
que les personnes qui sont entièrement aveugles ou dont le
taux de vision est de 20/200 ou moins, c’est à dire
correspond à la définition légale de la cécité,
ne recouvreront probablement pas la vue.
Selon le Dr Ralf Buhrmann,
épidémiologiste et ophtalmologue au Eye Institute
d'Ottawa, et le Dr Ray LeBlanc, président de la National
Coalition For Vision Health, les trois principales causes de perte
de la vue sont la dégénérescence maculaire
liée à l'âge (55 p. 100), la rétinopathie
diabétique (8 p. 100) et le glaucome (8 p. 100). Dans tous
ces cas, la perte de la vue est irréversible. Selon le Dr
Buhrmann, « il est extrêmement rare que des personnes
atteintes de cécité envoyées à l'Institut
national canadien pour les aveugles (INCA) aient des chances de
recouvrer la vue ». En fait, depuis 1996, 21 seulement des
100 000 clients de l'INCA ont recouvré un taux de vision
suffisant pour être considérés comme des personnes
dont la vue est faible plutôt que comme des personnes officiellement
aveugles. Il semble inutile et vain de demander à toutes
ces personnes d'obtenir et de remplir des certificats pour confirmer
leur droit au crédit d'impôt pour personnes handicapées
dans le but de détecter le nombre infime de personnes qui
auraient éventuellement regagné un taux de vision
suffisant pour cesser d'être admissibles.
De plus, cette mesure
inutile est coûteuse tant pour les Canadiens aveugles que
pour la population en général. Le certificat médical
qu’exige l’ADRC n’est généralement
pas couvert par les régimes d’assurance maladie provinciaux.
La personne qui fait la demande en est entièrement de sa
poche, et il en coûte aux alentours de 35 $ au moins. L’ADRC
prétend que l’on peut récupérer ces frais
au moyen de la déclaration d’impôt sur le revenu.
Cette mesure d’allégement est loin d’être
suffisante dans le cas des personnes qui sont aveugles et, compte
tenu de la nature de leur déficience, ne déboursent
pas suffisamment en frais médicaux pour demander la déduction,
et ce même s’ils ont un revenu très faible. Le
seuil applicable à cette déduction est de 3 p. 100
du revenu net, ce qui veut dire que pour un revenu net de 15 000
$, il faudrait débourser 450 $ en frais médicaux pour
pouvoir prétendre au crédit. Même lorsque la
déduction est accordée intégralement, on ne
peut récupérer que 7,77 $ pour un débours de
35 $, pour une personne seule vivant en Ontario. Les personnes aveugles
en sont donc de leur poche.
Il arrive que l’ophtalmologue
effectue un examen complet de la vue afin de pouvoir imputer son
service sur le régime d’assurance maladie au lieu de
se faire payer par le client. Les coûts oscillent entre 24,50
$ au Québec et 49,94 $ en Alberta, et ils seront remboursés
par les régimes d’assurance maladie provinciaux.
Selon certains renseignements,
la demande de rétablissement de l’admissibilité
pourrait être une mesure de réévaluation massive
qui pourrait viser jusqu’à 90 000 personnes handicapées.
Si c’est le cas, elle risque de mettre à rude épreuve
le système de soins médicaux. Les personnes qui sont
aveugles devraient consulter un ophtalmologue, un optométriste
ou un médecin de famille pour certifier leur perte de vision,
et l’on sait qu’il y a une pénurie d’ophtalmologues
au Canada, et que les listes d’attente sont longues. Certains
clients vivant dans des régions éloignées recevront
une indemnité de voyage pour se rendre dans un cabinet médical.
Il n’est ni juste ni raisonnable que les régimes de
soins de santé provinciaux, déjà à court
d’argent, subissent les conséquences d’une demande
de l’ADRC qui, dans un grand nombre de cas, est inutile.
Nous ne désapprouvons
pas que l’ADRC demande des renseignements aux personnes qui
présentent une demande de crédit d’impôt
pour personnes handicapées pour la première fois.
Il serait également raisonnable de demander des renseignements
en cas de découvertes médicales qui augmenteraient
les probabilités de recouvrement de la vue. Cela n’a
toutefois pas été le cas depuis 20 ou 30 ans.
En fait, l’ADRC
a déjà reconnu le caractère raisonnable de
cette approche. Après avoir parlé avec des fonctionnaires
de l’ADRC, j’en arrive à la conclusion que s’ils
insistent sur la nécessité des renseignements exigés,
lorsqu’ils n’ont pas ces renseignements, et ce même
pour les personnes qui font une première demande, ils sont
disposés à prendre des mesures administratives correctrices,
dans la mesure du possible et le cas échéant. La carte
d’identité de l’INCA, qui contient les mêmes
renseignements que le formulaire T2201, prouve que le client répond
à la définition applicable. Je tiens à remercier
l’ADRC pour avoir réagi positivement afin de résoudre
ce problème.
Élargissement
des critères d’admissibilité
J’aimerais suggérer
respectueusement au Sous comité qu’au lieu de resserrer
les critères d’admissibilité, le gouvernement
du Canada devrait prendre des mesures afin de les assouplir. En
fait, l’INCA et d’autres organismes nationaux oeuvrant
pour les personnes handicapées demandent, depuis un certain
temps, que l’on établisse des crédits d’impôt
remboursables sans quoi les avantages fiscaux accordés aux
Canadiens handicapés demeureront minimes.
Dans la déclaration,
il était clairement exprimé que les modifications
à la Loi de l’impôt sur le revenu devaient refléter
les principes, dont certains se rapportent essentiellement au crédit
d’impôt pour personnes handicapées.
« Les personnes
handicapées qui désirent mener des activités
normales doivent engager des dépenses extraordinaires.
Certains coûts
sont généraux et intangibles et d’autres peuvent
être justifiés par des reçus.
Le fait d’intégrer
ces coûts au régime fiscal ne constitue pas un don
de charité, mais un traitement équitable.
Les coûts liés
aux incapacités sont plus lourds pour les personnes qui ont
un revenu limité.
Ces coûts ne sont
pas payés uniquement par les personnes qui ont un revenu
imposable. »
En dépit de tout
le battage médiatique dont il fait l’objet, il est
douteux que le crédit d’impôt pour personnes
handicapées, de la façon dont il est conçu,
et interprété par l’ADRC, atteigne l’objectif
qui consiste à défrayer convenablement les personnes
handicapées des coûts extraordinaires qu’elles
absorbent pour accomplir les activités de la vie quotidienne.
Premièrement,
la somme d’argent que le crédit permet à une
personne aveugle de conserver dans ses poches n’est pas énorme.
Bien que le montant du
crédit d’impôt pour personnes handicapées
s’élève à 6 000 $, il représente
un montant beaucoup plus modeste en dollars indexés. En 2001,
le montant de 6 000 $ a été converti en un crédit
d’impôt de 960 $ aux fins de l’impôt fédéral
(16 %) et de 372 $ aux fins de l’impôt de l’Ontario
(6,2 %).
Pour une personne seule
vivant en Ontario, pour l’année d’imposition
2001, nous arrivons aux chiffres suivants :
a) pour un revenu imposable
d’au plus 7 412 $, le crédit d’impôt pour
personnes handicapées n’apporte aucune économie.
À ce niveau de revenu, il ne donne pas un sou;
b) pour un revenu imposable
se situant entre 7 413 $ et 13 412 $, le crédit d’impôt
pour personnes handicapées rapporte 22,2 cents par dollar
de revenu imposable gagné par la personne aveugle (16 cents
au niveau fédéral et 6,2 cents au niveau de l’Ontario);
c) pour un revenu imposable
supérieur à 13 412$, le crédit d’impôt
pour personnes handicapées donne des économies jusqu’à
concurrence de 1 332 $ pour une personne aveugle célibataire
en Ontario. C’est le maximum des économies que le crédit
permet de réaliser, et il est atteint avec un revenu imposable
de 13 412 $.
Qui plus est, le crédit
d’impôt n’est pas remboursable. Par conséquent,
il n’apporte aucun allégement aux personnes aveugles
à moins qu’elles ne disposent d’un revenu suffisamment
élevé pour être imposé, ce qui n’est
pas le cas d’un grand nombre de personnes aveugles qui doivent
compter sur les ressources financières d’un organisme
de service social.
Deuxièmement,
la définition restrictive exclut en fait un grand nombre
de personnes qui déboursent des frais supplémentaires
pour accomplir leurs activités quotidiennes.
Par exemple, pour être
admissible au crédit d’impôt pour personnes handicapées,
une personne qui est aveugle doit être « toujours ou
presque toujours aveugle, même à l’aide de lentilles
correctives ou de médicaments, et la déficience est
prolongée ».
Le fait est que les Canadiens
ayant une déficience visuelle qui ne répondent pas
à la définition légale de la cécité
absorbent toujours des coûts associés à leur
perte de vision.
Prenons le cas de Mme
B, 79 ans, qui vit seule depuis le mort de son mari il y a cinq
ans et a été renvoyée à l’INCA,
dernièrement, pour se faire aider à s’adapter
à la dégénérescence maculaire liée
à l’âge. Son réseau de soutien réunit
quelques amis proches car sa famille est établie dans une
autre province. Sa vision est de 20/200 pour un œil et de 20/100
pour l’autre (ce qui ne répond pas à la définition
donnée dans la loi). Mme Brown a dû renoncer à
conduire sa voiture et elle est maintenant aux prises avec un problème
de transport pour se rendre à son club de bridge, offrir
son service de bénévolat au musée et faire
ses courses à l’épicerie. Il est devenu très
difficile pour elle de lire son courrier, en particulier ses livrets
de banque, et elle a cessé de lire pour le plaisir, car les
efforts qu’elle doit faire sont trop exigeants.
Mme Brown doit maintenant
payer un taxi pour aller à l’épicerie ou payer
des frais de livraison. Elle a acheté plusieurs loupes pour
lire. Elle a fait appel à un électricien pour qu’il
lui installe des lampes supplémentaires sous ses placards
de cuisine pour lui faciliter la vie lorsqu’elle prépare
ses repas. Étant donné qu’elle a de la difficulté
à lire les lettres, elle a acheté un ordinateur pour
communiquer par courriel avec sa famille. Elle a aussi acheté
des cartes en gros caractères pour ses amis pour pouvoir
continuer de jouer au bridge. Somme toute, grâce à
ces divers moyens, elle apprend à vivre avec une vision réduite.
Conclusion
Je vous remercie encore
une fois pour votre intérêt et votre appui. Je vous
en suis reconnaissant. Je pense que si le gouvernement du Canada
tient compte des questions qui ont été soulevées
aujourd’hui, il répondra de façon plus satisfaisante
aux besoins des Canadiens handicapés. Nous avons montré
qu’une réévaluation massive est à la
fois inutile et déplacée. Après avoir obtenu
l’autorisation de quatre personnes concernées, nous
avons pu examiner leurs dossiers avec l’ADRC. Nous avons remarqué
que trois des quatre dossiers contenaient déjà suffisamment
de renseignements. Par conséquent, le rétablissement
de l’admissibilité était inutile. Soyons plus
généreux et ne rendons pas la vie plus difficile.
Veuillez agréer
mes salutations distinguées.
Le directeur national,
Relations gouvernementales et liaison internationale,
Vangelis Nikias
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