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L'association
canadienne pour la santé mentale
EXPOSÉ
DE PRINCIPE SUR LES PROGRAMMES FÉDÉRAUX DE SÉCURITE
DU REVENU
PRÉSENTÉ
AU SOUS COMITÉ DE LA CONDITION
DES PERSONNES HANDICAPÉES
Le 27 novembre 2001
Justification
Selon le Sous comité
parlementaire de la condition des personnes handicapées (2001)
[1],
près d’un demi million de personnes handicapées
participent au le soi disant régime de soutien du revenu
du Canada. En tant que membres de la grande famille des personnes
souffrant d’une déficience, les personnes atteintes
d’une maladie mentale grave [2]sont
victimes de divers degrés de discrimination sur le marché
du travail et elles doivent surmonter des obstacles de taille pour
avoir accès à un emploi bien rémunéré.
Vu la nature cyclique, épisodique et imprévisible
de la maladie mentale grave, les personnes qui en sont atteintes
doivent relever des défis formidables pour se trouver un
emploi stable et à long terme. Leur exclusion systémique
de la population active est souvent pour elles une cause de chômage
chronique, de sous emploi et de dépendance des programmes
de sécurité du revenu pour assurer leur survie.
En théorie, les
programmes de sécurité du revenu du Canada ont été
mis en place dans le but d’offrir une aide financière
à ceux qui en ont le plus besoin. Un des éléments
fondamentaux dont chacun a besoin pour jouir d’une pleine
citoyenneté est l’accès à des revenus
suffisants pour répondre à ses besoins. Le document
cadre intitulé À l’unisson : une approche canadienne
concernant les personnes handicapées (1998) confirme le droit
des personnes handicapées à la pleine citoyenneté,
c’est à dire participer à la société,
satisfaire leurs besoins fondamentaux, avoir l’occasion de
contribuer à des programmes et recevoir le soutien dont elles
ont besoin pour assurer leur auto détermination et jouir
d’une qualité de vie décente. Ce document décrit
une vision de la société canadienne fondée
sur l’égalité, l’inclusion et l’indépendance
et au sein de laquelle les personnes vivant avec une incapacité
sont des citoyens à part entière. Mais la réalité
est autre : les clients, les fournisseurs de services, les défenseurs
des droits des personnes handicapées, les employeurs et les
analystes des politiques nous ont brossé, collectivement,
le portrait sinistre d’un programme de soutien du revenu qui
n’offre aucune protection à des milliers, voire des
centaines de milliers de Canadiens handicapés. Les personnes
atteintes d’une maladie mentale grave font partie de ce nombre.
Ce sont les politiques, combinées à aux programmes
en place, qui les empêchent d’avoir accès aux
programmes et d’en profiter.
Cela nous amène
à l’objet de notre propos. En tant qu’organisme
national du domaine de la santé, nous sommes déterminés
à jouer un rôle de premier plan dans les dossiers de
politique sociale qui ont une incidence sur les problèmes
de santé mentale. Certains programmes fédéraux
(comme le Programme de prestations d’invalidité du
Régime de pensions du Canada) ont essuyé les critiques
des organismes qui s’occupent de personnes atteintes de handicaps
multiples, comme le Conseil des Canadiens avec déficiences
(1997), mais on a bien peu parlé des personnes atteintes
de troubles psychiques. Il est temps que le dossier des personnes
atteintes d’une maladie mentale grave soit inscrit au programme
du soutien du revenu du gouvernement fédéral. Il va
sans dire que certains problèmes touchent l’ensemble
des personnes handicapées, mais les personnes atteintes d’une
maladie mentale grave doivent surmonter des obstacles particuliers.
Nous espérons que notre rapport permettra de mieux comprendre
les rouages des programmes fédéraux de sécurité
du revenu et de trouver des façons de les améliorer
dans le but de garantir aux personnes atteintes d’une maladie
mentale grave un revenu suffisant et une qualité de vie décente.
Les recommandations de principe que nous formulons doivent servir
d’outils pour la défense des intérêts
de ce groupe de personnes et peut être à étendre
la collaboration à d’autres groupes de personnes handicapées
du pays.
Contexte
Au cours des années
1990, les dossiers liés aux personnes handicapées
(notamment l’élaboration d’une stratégie
nationale pour les handicapés) figuraient au bas de la liste
des priorités du gouvernement fédéral. Dans
ce contexte politique, les programmes de sécurité
du revenu fédéraux ont été considérablement
réduits, tant dans sa portée que sur le plan des prestations
puisque les conditions d’admissibilité ont été
resserrées et les montants maximaux réduits. Ces coupures
drastiques ont eu des répercussions sur les programmes provinciaux
de sécurité sociale. De nombreuses personnes atteintes
d’une maladie mentale grave se sont vues refuser l’admissibilité
aux programmes fédéraux de sécurité
du revenu et ont dû se tourner vers les programmes provinciaux
d’aide sociale. Ce transfert des responsabilités entre
le fédéral et les provinces a accru les contraintes
financières sur les provinces et les territoires et les a
conduit, en bout de ligne, à réduire leurs programmes
d’aide sociale.
À l’heure
actuelle, on pourrait décrire le « système »
de la sécurité du revenu au Canada comme un amalgame
complexe de programmes sans aucun lien entre eux :
- les programmes contributifs
d’assurance sociale (Indemnisation des accidentés
du travail, Assurance emploi (a.-e.), Programme de prestations
d’invalidité du Régime de pensions du Canada
[RPC I]);
- les programmes contributifs
privés d’assurance individuels ou collectifs offerts
par les employeurs (assurance invalidité collective à
long terme);
- les programmes non
contributifs (programmes provinciaux d’aide sociale);
- le système
de responsabilité civile (en vertu duquel la partie lésée
entame des poursuites judiciaires pour obtenir réparation;
ce système vise surtout les blessures corporelles).
Les personnes atteintes
d’une maladie mentale grave peuvent recevoir un soutien du
revenu de plusieurs sources en même temps. L’admissibilité
dépend de diverses variables, notamment où et comment
est survenue l’invalidité ainsi que sa nature et sa
gravité. En fait, les clients se retrouvent pris dans un
imbroglio juridictionnel entre les gouvernements fédéral
et provinciaux quant au financement et à la gestion de ces
divers programmes. Même si les programmes fédéraux
et provinciaux sont administrés indépendamment les
uns des autres selon des règles et des lignes directrices
qui leur sont propres, ils ne sont pas tout à fait isolés.
Par exemple, l’admissibilité d’une personne à
un programme fédéral peut déterminer si oui
ou non elle recevra un revenu supplémentaire dans le cadre
d’un programme provincial.
Comme l’ACSM est
un organisme national sans but lucratif qui s’occupe des questions
relevant de la politique fédérale, notre document
porte essentiellement sur trois programmes fédéraux
de sécurité du revenu soit, le Programme de prestations
d’invalidité du Régime de pensions du Canada
(RPC I), l’Assurance emploi (a.-e.) et le crédit d’impôt
pour personnes handicapées (CIPH) [3].
Tableau 1 : Aperçu des programmes fédéraux
de sécurité du revenu

Comme l’indique le tableau 1 ci dessus, les programmes fédéraux
de sécurité du revenu à l’étude
sont tous des « programmes contributifs ». Par définition,
cela veut dire que les prestataires ont travaillé pendant
une certaine période et versé des cotisations à
ces programmes (en particulier dans le cas du RPC I et l’a.-e.)
par le biais de déductions de leur revenu. Dans le cas du
crédit d’impôt non remboursable pour personnes
handicapées, on suppose que le demandeur, ou son conjoint
ou sa conjointe, touche des gains imposables provenant d’un
emploi.
Avant de faire l’analyse
critique de chacun de ces programmes, il importe de rappeler que
de nombreux clients des services de santé mentale ont une
expérience de travail limitée. Cette maladie frappe
souvent de jeunes adultes qui n’ont pas terminé leurs
études ou l’apprentissage de compétences ou
qui n’ont pas encore commencé une carrière.
Par conséquent, bon nombre d’entre eux ne sont pas
admissibles aux programmes susmentionnés pour la simple raison
qu’ils n’ont pas contribué suffisamment. Ils
sont donc obligés de chercher un soutien du côté
des programmes provinciaux d’aide sociale [4].
DANS LES SECTIONS SUIVANTES, NOUS ANALYSONS LES QUESTIONS
LIEES AU PROGRAMME DE PRESTATIONS D’INVALIDITE, A L’ASSURANCE
EMPLOI ET AU CREDIT D’IMPOT POUR PERSONNES HANDICAPEES.
Programme de prestations
d’invalidité du RPC (RPC-I)
Ce programme ne tient pas compte des conditions de vie réelles
d’un grand nombre de personnes vivant avec une incapacité.
Par exemple, il ne dispose pas des ressources humaines nécessaires
pour assurer un service rapide, il est mal adapté aux personnes
souffrant de troubles cycliques ou dégénératifs
et ne propose pas de solution appropriée au problème
de la maladie et de la déficience mentales.
Comité permanent
du développement des ressources humaines et de la condition
des personnes handicapées (juin 2001)
Faits de base
- Le programme
d’invalidité du RPC est le « premier
recours » et le principal fournisseur de prestations
à long terme aux Canada.
- Les prestations
sont accordées à des personnes de 18 à
65 ans qui ont versé des contributions suffisantes
au régime au cours de quatre des six dernières
années précédant le début de
leur invalidité.
- Le prestataire
doit être atteint d’une déficience physique
ou mentale sévère et prolongée (depuis
au moins un an) qui l’empêche d’exercer
TOUTE activité rémunérée d’une
manière RÉGULIÈRE.
- Le programme
tient davantage compte des restrictions fonctionnelles de
la personne que du diagnostic en soi.
- 66 % des personnes
qui ont présenté une première demande
se sont vues refuser les prestations pour le principal motif
que leur revenu était insuffisant.
- Le processus
décisionnel concernant les demandes peut comporter
les étapes suivantes : examen de la demande initiale,
premier recours en appel (réexamen), deuxième
recours en appel (examen par un tribunal) et troisième
recours en appel (Commission d’appel des pensions).
- Les délais
d’attente de DRHC sont les suivants : 62 jours pour
la décision relative à la demande initiale;
71 jours pour décider s’il y a lieu de réexaminer
la demande; un an en moyenne pour franchir les trois étapes
du processus d’appel..
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QUESTIONS SOULEVEES
ET RECOMMANDATIONS DE PRINCIPE
Question 1 :
la définition d’invalidité
i. Définitivement
inapte au travail
L ‘un des principaux défauts du système est
que les prestations d’invalidité sont liées
à la capacité d’une personne de travailler [5].
La plupart des personnes atteintes d’une maladie mentale grave
sont capables de travailler jusqu’à un certain point,
souvent selon à temps partiel et selon des conditions de
travail flexibles. Or, pour être admissible aux prestations
d’invalidité, une personne doit accepter d’être
désignée comme « définitivement inapte
au travail », c’est à dire de se déclarer
tout à fait incapable d’occuper un emploi [6],
quel qu’il soit, d’une manière régulière.
Bref, c’est le principe du « tout ou rien » qui
s’applique, ignorant virtuellement la capacité de travailler
de la personne.
Il est important de faire
la différence entre « inaptitude à occuper un
emploi » et « incapacité de subvenir à
ses besoins ». Les personnes atteintes d’une maladie
mentale grave sont parfois capables d’accomplir certaines
tâches selon un horaire partiel et flexible; cela ne veut
pas nécessairement dire qu’elles sont capables de subvenir
à leurs besoins sans autre forme d’aide.
Le programme d’invalidité
du RCP place les personnes dans une situation où elles doivent
se dépeindre de la façon la plus négative qui
soit dans le simple but de convaincre le travailleur social qu’elles
ont besoin d’aide. Tout ce système est basé
sur la pathologie et non pas sur le rétablissement.
- un client du Manitoba -
QUESTION À CONSIDERER
Il est temps que le programme
de prestations d’invalidité du RPC reflète la
réalité d’aujourd’hui et non plus celle
d’il y a trente ans, au moment de son entrée en vigueur.
RECOMMANDATION
No 1
Il est recommandé que le gouvernement du Canada mette en
place un régime de prestations d’invalidité
fondé sur une nouvelle définition de l’invalidité
qui reconnaît la capacité de travailler des personnes
atteintes d’une maladie mentale grave.
QUESTION A CONSIDERER
Il faut reconnaître que les personnes atteintes d’une
maladie mentale grave sont capables de travailler, la plupart du
temps dans le cadre d’un emploi à temps partiel. Cela
ne veut toutefois pas dire qu’elles sont nécessairement
capables d’assurer leur indépendance financière.
RECOMMANDATION
No 2
Il est recommandé que le gouvernement du Canada mette en
place un régime de prestations d’invalidité
selon une « échelle de gains admissibles » afin
de tenir compte de la capacité de travailler des personnes
atteintes d’une maladie mentale grave. Par exemple, le programme
de prestations d’invalidité du RPC pourrait verser
des « prestations partielles ou réduites » aux
personnes atteintes d’une maladie mentale grave pour leur
permettre de travailler à temps partiel tout en continuant
de toucher une partie de leurs prestations.
ii. Maladie chronique par rapport à maladie épisodique
Depuis l’entrée en vigueur du programme, la définition
de l’invalidité ne tient pas compte du fait que les
déficiences sévères peuvent être chroniques
et récurrentes plutôt que permanentes. Depuis 35 ans,
les clients des services de santé mentale ont dû surmonter
une foule d’obstacles pour avoir droit aux prestations d’invalidité
du RPC en raison de la nature cyclique, épisodique et imprévisible
de leur maladie. Il est cependant permis d’espérer
que cette situation s’améliorera à la lumière
d’une nouvelle directive [7](publiée
en mai 2001) concernant les prestations d’invalidité
du RPC, intitulée « Initiative des gains admissibles
» et qui énonce clairement ce qui suit : [traduction]
…une importante minorité aura la possibilité
et la volonté de participer à un travail, sous une
forme ou une autre, parce que [le programme] les met en contact
avec la collectivité et leur donne confiance en eux …
en particulier, les personnes atteintes de maladies graves de nature
cyclique pourront alterner entre les périodes de travail
et d’inactivité, lorsque leur état de santé
ne leur permettra pas de travailler – périodes au cours
desquelles elles ont besoin d’un soutien du revenu. Le programme
de prestations d’invalidité du RPC, dans son intention
et ses politiques, peut permettre à ces clients de travailler
dans la mesure de leur capacité.
Il s’agit là un pas encourageant vers la reconnaissance
des besoins uniques des personnes atteintes d’une maladie
mentale grave. Ce n’est qu’avec le temps que nous serons
en mesure d’évaluer l’efficacité réelle
de cette nouvelle politique. Il va sans dire que les clients sont
les mieux placés pour nous informer de la situation et on
ne saurait trop insister sur l’importance de se fier à
leur expérience dans ce domaine.
QUESTION A CONSIDERER
Il faut mettre en place un programme de soutien du revenu permettant
aux personnes atteintes d’une maladie mentale grave de toucher
des prestations de chômage sans perdre à leur droit
au soutien du revenu lorsqu’elles sont malades et qu’elles
ne peuvent travailler.
RECOMMANDATION
No 3
Il est recommandé que le gouvernement du Canada adopte une
politique de prestations d’invalidité suffisamment
flexible pour répondre aux besoins des personnes dont l’état
de santé est variable et qui sont capables de travailler.
QUESTION A CONSIDERER
Pour s’assurer que les lignes directrices sont bien comprises
et appliquées d’une manière cohérente,
il est nécessaire d’établir des voies de communication
efficientes et efficaces entre les personnes chargées d’élaborer
les lignes directrices relatives aux prestations d’invalidité
du RPC et celles chargées de leur application.
RECOMMANDATION
No 4
Il est recommandé que le gouvernement du Canada veille à
ce que les lignes directrices déjà en place et les
nouvelles (p. ex l’Initiative des gains admissibles) soient
communiquées aux responsables concernés dans l’ensemble
du système.
Question 2 :
le processus de demande
i. Exigences relatives
au versement de cotisations
Depuis janvier 1998, seules les personnes qui ont versé des
cotisations au cours de quatre des six dernières années
ont droit aux prestations. Avant, le seuil était de cinq
des dix dernières années ou de deux des trois dernières
années. Il faut donc travailler plus longtemps pour avoir
droit aux prestations. Le nombre actuel de prestataires du programme
d’invalidité du RPC dans l’ensemble du Canada
est pratiquement le même qu’au début des années
1980. Ces modifications sont justifiées par le besoin de
garantir le financement du RPC pour les années à venir.
Or, elles ont eu une incidence néfaste sur les personnes
atteintes d’une maladie mentale grave. Bon nombre d’entre
elles continuent de vouloir travailler, mais la plupart ont expérience
de travail limitée. Qu’advient il de la personne qui
a cotisé pendant dans années dans le cadre d’un
travail rémunéré à temps plein mais
qui, ces dernières années, n’a occupé
qu’un emploi à temps partiel?
QUESTION À CONSIDERER
Depuis l’adoption du projet de loi C-2 en janvier 1998, on
constate une diminution de 50 % du nombre de demandes de prestations
d’invalidité du RPC qui sont approuvées. Cette
diminution semble plus forte chez les clients des services de santé
mentale qui ont une participation limitée et sporadique au
marché du travail à cause de la nature cyclique et
récurrente de leur maladie.
RECOMMANDATION
No 5
Il est recommandé que le gouvernement du Canada réexamine
les coupures et élargisse les conditions d’admissibilité
aux prestations d’invalidité du RPC de manière
à ce que les personnes atteintes d’une maladie mentale
grave qui alternent entre des périodes d’emploi et
de chômage puissent y avoir droit.
ii. Les demandeurs ne
disposent d’aucune information claire et cohérente
sur le programme
De nombreux clients ne se rendent même pas à l’étape
de la présentation d’une demande de prestations pour
une foule de raisons, dont la complexité des règles
concernant les cotisations, les barrières linguistiques et
la peur de quitter leur appartement pour aller remplir le formulaire
de demande initiale.
Il n’existe pratiquement
aucune politique ou procédure écrite expliquant comment
les demandes de prestations d’invalidité du RPC sont
traitées et évaluées. C’est ce qui explique
les écarts que l’on constate d’une région
à l’autre quant au traitement des demandes et la prise
des décisions.
Un étonnant pourcentage
de 66 % des demandes initiales sont rejetées [8].
Certains déplorent le fait que les « gardiens »
du programme de prestations d’invalidité du RPC évaluent
l’invalidité d’une personne sans même la
rencontrer ni lui parler. Par ailleurs, certains demandeurs ne sont
pas admissibles parce qu’ils ne satisfont pas aux conditions
concernant les cotisations, même s’ils ont été
fortement encouragés par leur gouvernement provincial ou
leur compagnie d’assurance invalidité de présenter
une demande de prestations d’invalidité du RPC, considéré
comme le « premier payeur». Il est intéressant
de constater que près des deux tiers des personnes dont la
demande est rejetée ne demandent pas le réexamen de
leur demande. Or, il n’existe aucune donnée de suivi
pour en expliquer les raisons. S’agit il de personnes réellement
non admissibles qui se plient à la décision ou le
système est il conçu de manière à décourager
ces personnes de revendiquer leur droit?
QUESTION A CONSIDERER
Actuellement, seules les personnes nanties peuvent trouver un soutien
non institutionnalisé reposant sur la bonne volonté
d’un professionnel de la santé, d’un membre de
la famille, d’un ami ou d’un collègue. Plus souvent
qu’autrement, ces aidants ont d’autres obligations,
ce qui limite leur disponibilité. En outre, ils n’ont
pas toujours les connaissances, les compétences ou l’expérience
nécessaires pour comprendre la complexité des problèmes
auxquels ils sont confrontés. Si les clients pouvaient compter
sur l’aide d’un intervenant capable de les orienter
dans ce processus, il leur serait beaucoup plus facile de comprendre
le système et d’y avoir accès.
RECOMMANDATION
No 6
Il est recommandé que le gouvernement du Canada étudie
la possibilité de mettre en place un service d’intervention
pour aider les clients durant le processus de la demande initiale
et de l’appel.
QUESTION A CONSIDERER
Il existe de réels écarts d’une région
à l’autre et d’un travailleur social à
l’autre quant au traitement des demandes et à la prise
des décisions.
RECOMMANDATION
No 7
Il est recommandé que le gouvernement du Canada publie des
lignes directrices plus précises et plus accessibles sur
le programme et qu’il veille à ce qu’elles soient
appliquées d’une manière cohérente d’un
bout à l’autre du pays.
iii. Il n’existe
aucune ligne directrice claire pour aider les médecins à
remplir les formulaires de demande
Nombreux sont les médecins ne refusent de remplir les formulaires
et encore plus nombreux ceux qui ne connaissent pas bien la définition
d’invalidité utilisée dans le programme de prestations
d’invalidité du RPC. Il n’est pas rare qu’après
avoir rempli un formulaire de demande dans le meilleur intérêt
de son patient, un psychiatre apprenne que la demande de celui ci
a été rejetée à l’étape
initiale. Le programme de prestations d’invalidité
du RPC s’adresse aux personnes qui souffrent d’un trouble
« sévère » et « prolongé
». Au moindre doute, la demande est rejetée. Compte
tenu de cette définition, le psychiatre doit savoir que pour
assurer l’admissibilité de son patient, il doit établir
le pronostic le plus « prudent » possible. En outre,
les rapports médicaux sont généralement d’une
piètre qualité. Les médecins ne sont pas encouragés
à justifier leurs conclusions ni à donner des détails
sur l’état pathologique de leur patient, ce qui pourrait
éclairer les décideurs concernés.
Les demandeurs qui ne
sont pas traités par un psychiatre sont clairement désavantagés,
car le programme de prestations d’invalidité du RPC
accorde plus de poids à l’opinion professionnelle d’un
psychiatre qu’à celle d’un médecin de
famille. Bon nombre de clients et de fournisseurs de service ne
se rendent pas compte que la demande a plus de chance d’être
approuvée lorsque les documents médicaux joints à
la demande sont remplis par un psychiatre.
Dans ce processus de demande, le pouvoir réside en grande
partie entre les mains du médecin qui remplit les documents.
L’admissibilité est établie en fonction de la
capacité fonctionnelle de la personne plutôt que sur
ce dont elle a besoin pour avoir une qualité de vie et vivre
harmonieusement au sein de la collectivité.
- un client de l’Ontario -
En outre, la plupart
des clients ignorent que s’ils n’observent pas les directives
de leur médecin, ils aggravent leur cas. Ils doivent en effet
démontrer qu’ils respectent le plan de traitement recommandé
pour accroître leurs chances que leur demande soit acceptée.
Ces règles et règlements tacites ne tiennent pas compte
des conditions réelles de vie des personnes atteintes d’une
maladie mentale, notamment des effets intolérables associées
à l’observance des médicaments ou encore de
la phase de déni qu’elles traversent après le
diagnostic de maladie mentale. De plus, de nombreux clients n’ont
pas les moyens de payer les frais exigés par le médecin
pour remplir les formulaires de demande.
QUESTION A CONSIDERER
Il est très important de définir plus clairement l’invalidité
afin que les médecins de tout le pays comprennent combien
il est important de remplir les formulaires en termes clairs. Les
médecins ne se rendent probablement pas compte que des énoncés
tels que « il ou elle est incapable de travailler pour le
moment » risquent d’avoir de lourdes conséquences.
RECOMMANDATION
NO 8
Il est recommandé que le gouvernement du Canada fournisse
aux psychiatres et à l’ensemble du milieu médical
du pays des lignes directrices claires et cohérentes sur
la manière de remplir leur partie du formulaire de demande
de prestations d’invalidité du RPC.
Question 3 :
Le processus d’examen et d’appel
Les gens qui n’ont
pas confiance en la bureaucratie ou qui en ont peur ne se sentent
pas à l’aise dans un processus qui les oblige à
interjeter deux ou trois appels … la bureaucratie s’est
beaucoup alourdie ces dernières années.
-un défenseur des droits des clients de la Colombie Britannique-
i. Intimidation, confusion
et délais
La plupart des clients qui sont passés par le processus de
demande et d’appel disent qu’il est intimidant, lourd
et complexe. Il faut compter près d’un an pour compléter
le processus d’appel qui comprend le dépôt de
la demande initiale et les trois étapes d’appel (le
réexamen, l’examen par le tribunal et l’examen
par la Commission d’appel des pensions) [9].
Rares sont les demandeurs qui se rendent à la troisième
étape de l’appel, puisque la majorité (75 %)
de ceux qui demandent le réexamen de leur dossier (première
étape) voient leur demande refusée dès cette
première étape. Au total, le tiers environ des demandeurs
réussit à faire annuler la décision initiale.
Ceux qui traversent déjà une période de dépression
et d’anxiété perdent souvent toute motivation
d’aller en appel.
Développement des ressources humaines Canada (DRHC) a établi
des délais précis pour le processus de demande et
d’appel (62 jours ouvrables pour prendre une décision
relative à la demande initiale et 71 jours pour la décision
relative au réexamen – première étape
de l’appel). En réalité, les demandeurs doivent
attendre beaucoup plus longtemps que les périodes prévues.
J’ai été
maintenu en otage par le processus d’appel pendant plus de
onze mois. J’avais les mains liées durant tout ce temps
et je ne pouvais pas déposer de demande d’aide auprès
du gouvernement provincial avant d’avoir la décision
finale de l’appel. En désespoir de cause, j’ai
vendu ma nouvelle voiture pour avoir de l’argent pour vivre
et j’ai perdu 7 000 $ sur la valeur de l’auto.
- un client de l’Île du Prince Édouard –
QUESTION À CONSIDERER
Les personnes atteintes d’une maladie mentale grave ne sont
protégées par aucun filet de sécurité
durant la période d’attente.
RECOMMANDATION
No 9
Il est recommandé que le gouvernement du Canada respecte
à la lettre les délais qu’il a lui même
établis pour le traitement de la demande initiale et le processus
d’appel.
Question 4 :
Crainte constante de perdre ses prestations
i. Participation à
des programmes de réadaptation professionnelle
L’invalidité étant définie comme une
inaptitude permanente au travail, les prestataires du programme
d’invalidité dans le cadre du RPC n’osent pas
exercer une activité qui ressemble à un travail ni
se chercher un emploi. Par exemple, ceux qui aimeraient s’inscrire
à un programme de réadaptation professionnelle n’osent
pas s’informer par les voies normales à l’intérieur
du RPC de peur de déclencher une réévaluation
de leur état de santé et de risquer de perdre leurs
prestations. Certains prestataires ont parfois été
encouragées à participer à des programmes de
réadaptation pour découvrir plus tard combien il leur
était difficile de se redevenir admissibles au programme
d’invalidité du RPC. Bref, les prestataires sont pénalisés
lorsqu’ils essaient d’améliorer leur sort même
s’ils ne sont plus capables d’avoir un emploi régulier.
Ils s’imaginent
là bas que le but du programme de réadaptation sert
plutôt à « débarquer» des gens du
programme des prestations et non pas à les aider à
se réadapter au marché du travail.
- un client de l’Alberta –
QUESTION A CONSIDERER
Comme les programmes de réadaptation et de formation ne garantissent
aucun emploi aux participants, ceux ci ne devraient donc pas perdre
leurs prestations.
RECOMMANDATION
No 10
Il est recommandé que le gouvernement du Canada conçoive
et mette en place un programme de prestations d’invalidité
qui encourage les personnes atteintes d’une maladie mentale
grave à accroître leur tolérance et leur préparation
au travail.
ii. La période
d’essai de trois mois est insuffisante
Une période obligatoire de travail à l’essai
de trois mois a été fixée pour évaluer
si une personne est capable de retourner sur le marché du
travail. Au cours de cette période, elle continuera de toucher
des prestations. Cette période a été jugée
insuffisante pour les personnes qui souffrent de troubles chroniques
ou variables comme la maladie mentale. Il n’est pas réaliste
de demander à une personne de prendre un nouvel emploi, de
s’adapter à un nouveau mode de vie et de trouver un
équilibre dans tout cela, tout en vivant des périodes
alternant entre la maladie et le bien être. En outre, la personne
vit dans la crainte de perdre ses prestations si son essai est un
échec ou si elle est incapable de se réadapter et
de retourner sur le marché du travail.
QUESTION A CONSIDERER
Les clients ne devraient pas être menacés
de perdre leurs prestations si jamais la période de travail
à l’essai n’était pas concluante.
RECOMMANDATION
No 11
Il est recommandé que le gouvernement du Canada conçoive
et mette en place un régime de prestations d’invalidité
qui ne pénaliserait pas les personnes atteintes d’une
maladie mentale grave si jamais leur période de travail à
l’essai de trois mois n’était pas concluante.
iii. Le traitement accéléré
ne garantit pas le rétablissement
Le traitement accéléré des demandes ne garantit
pas le rétablissement des prestations d’invalidité
si jamais une personne atteinte d’une maladie mentale grave
ne se trouvait pas d’emploi ou perdait son emploi après
la période d’essai de trois mois. Malgré le
traitement accéléré prévu par la politique,
le programme présuppose qu’une personne est employable
(et donc non admissible) du simple fait qu’elle s’est
trouvé un emploi, qu’elle soit ou non capable de le
garder.
La peur de perdre ses
prestations est souvent suffisamment forte pour dissuader un client
de réintégrer le marché du travail même
si sa santé s’améliore. « “Le risque
est beaucoup trop élevé! ». Voilà une
phrase qui revient sans cesse lorsque nous proposons des stratégies
de retour au travail à des clients. Le processus de traitement
accéléré prend des mois et aucun filet de sécurité
n’est prévu pour protéger la personne durant
la période d’attente.
QUESTION A CONSDERER
Il est nécessaire de supprimer les contre incitations de
nature financière actuellement associées aux essais
de réinsertion dans la population active.
RECOMMANDATION
No 12
Il est recommandé que le gouvernement du Canada conçoive
et mette en place un régime de prestations d’invalidité
qui approuve une politique de rétablissement immédiat.
Assurance emploi
(AE)
La Loi a resserré les conditions d’admissibilité,
les nivaux de prestations et la durée des prestations au
cours des cinq dernières années. Le Congrès
du travail du Canada signale qu’en 1997, les chômeurs
couverts par le programme était deux fois moins nombreux
qu’en 1989. La condition d’admissibilité que
doivent satisfaire les nouveaux venus sur le marché du travail
ou les personnes qui le réintègrent après une
absence de deux ans ou plus est plus sévère qu’avant.
Le Caledon Institute of Social Policy (septembre 2000)
Faits de base
- Depuis les
réformes apportées à la Loi sur l’assurance-emploi
en 1996, l’admissibilité est maintenant établie
en fonction du nombre d’heures travaillées
et non plus du nombre de semaines travaillées.
- Le taux des
prestations s’établi à 55 % du revenu
du prestataire au cours des 26 semaines précédant
le dépôt de la demande. La durée maximale
des prestations a été réduite à
45 semaines.
- Pour avoir
droit aux prestations, les travailleurs doivent maintenant
accumuler entre 420 et 700 heures (l’équivalent
de 12 à 20 semaines), selon le taux de chômage
dans la région. Cette mesure représente une
augmentation de l’ordre de 180 à 300 heures
par rapport à l’ancienne condition d’admissibilité
(avant 1996).
- Un nouveau
venu sur le marché du travail ou une personne qui
le réintègre après une absence de deux
ans ou plus est tenu d’accumuler 90 heures de travail
pour avoir droit aux prestations.
|
Principale question
: le programme pénalise les nouveaux venus et les personnes
qui réintègrent le marché du travail
Une caractéristique
importante et propre à la déficience mentale, comparativement
à de nombreuses autres formes de déficience, est sa
nature épisodique. C’est probablement pour cette raison
que les défenseurs des droits des personnes handicapées
n’ont pas cherché à faire adopter des modifications
à la Loi sur l’assurance chômage parce qu’ils
représentent surtout les intérêts des personnes
atteintes d’une invalidité de longue durée.
Il est en effet peu probable que ces personnes se contentent d’un
programme de soutien du revenu à court terme. Or, tout le
monde sait que les personnes atteintes d’une maladie mentale
grave traversent des cycles alternant entre la maladie et le bien
être. En l’absence de symptômes, elles sont généralement
capables de travailler et de vaquer à leurs activités
courantes. Par contre, durant les épisodes de maladie mentale,
elles sont parfois incapables de fonctionner suffisamment bien pour
occuper un travail régulier. L’assurance emploi a toujours
été pour elles une source importante de remplacement
temporaire du revenu.
Le véritable virage
s’est produit en 1996 lorsque le gouvernement fédéral
a adopté une nouvelle loi qui imposait de sévères
restrictions en matière d’admissibilité en haussant
considérablement le nombre d’heures obligatoires de
travail. Les nouveaux venus sur le marché du travail ou les
personnes qui le réintègrent après une absence
de deux ans ou plus doivent satisfaire des conditions d’admissibilité
encore plus sévères (910 heures de travail comparativement
à 700 heures pour les personnes qui font partie de la population
active depuis peu). Cette réforme a été mise
en place pour décourager la dépendance cyclique au
régime et accroître la participation au travail, notamment
chez les jeunes.
En fait, cette modification
législative a eu de graves répercussions sur les chômeurs
chroniques, les personnes sous employées, les nouveaux venus
sur le marché du travail et les travailleurs à temps
partiel. La plupart de ces personnes n’ont plus droit aux
prestations. Malheureusement, les personnes atteintes d’une
maladie mentale grave qui doivent surmonter de multiples obstacles
pour se trouver un emploi (hospitalisation, problème de maintien
de la médication, rechute) sont trop nombreuses dans ces
groupes de « nouveaux venus » ou de « personnes
qui réintègrent le marché du travail »
[10]
en raison de leur participation limitée ou sporadique au
travail. Bref, le programme pénalise et stigmatise encore
davantage ces clients à cause de leur maladie.
De plus, les employés
congédiés pour « mauvaise conduite » ou
ceux qui démissionnent « sans motif valable »
n’ont pas droit aux prestations d’assurance emploi.
Pour éviter la stigmate associée à la maladie
mentale, les personnes qui en sont atteintes n’osent pas parler
de leur maladie à leur employeur ni à leurs collègues
de travail. Il leur est donc difficile d’eux le soutien dont
elles ont besoin pour gérer le stress et les conflits dans
leur milieu de travail. Les personnes atteintes d’une maladie
mentale grave qui ont des problèmes au travail sont donc
susceptibles d’être congédiées ou de démissionner
à cause de leur maladie et de ce fait, d’être
privées des prestations d’assurance emploi.
En outre, pour faire
une demande de prestations de maladie d’assurance emploi[11],
il faut se procurer un certificat médical indiquant combien
de temps la maladie durera. La nature imprévisible de la
maladie mentale constitue un obstacle à l’obtention
de ce genre d’information.
QUESTION A CONSIDERER
Il faudrait établir un programme qui exempte les personnes
souffrant d’une maladie ou d’une déficience récurrente
d’accumuler le nombre d’heures assurables supplémentaires
requises des nouveaux venus sur le marché du travail. Sans
cette exemption, ces personnes sont injustement désavantagées.
Rares sont celles qui sont capables de satisfaire la norme d’admissibilité
relative au nombre d’heures assurables et à la contribution
récente au marché du travail.
RECOMMANDATION NO 13
Il est recommandé que le gouvernement du Canada conçoive
et mette en place un programme de remplacement du revenu à
court terme qui soit adapté à la nature imprévisible
et épisodique de la maladie mentale.
Crédit
d’impôt pour personnes handicapées (CIPH)
Ce crédit a d’abord été établi
pour les personnes ayant une grave déficience physique. Il
est très difficile pour une personne ayant une déficience
mentale grave de l’obtenir autrement qu’en interjetant
appel d’une décision de la Cour canadienne de l’impôt.
Défenseur des intérêts d’une personne
souffrant d’une grave déficience mentale (mars 2001)
Faits de base
- Le CIPH est
un crédit d’impôt non remboursable dont
peuvent se prévaloir les personnes handicapées
pour réduire le montant de l’impôt qu’elles
devront payer. Une personne peut transférer à
son conjoint ou sa conjointe ou à tout autre aidant
la partie du crédit dont elle n’a pas besoin
pour réduire son impôt sur le revenu à
zéro.
- Ce crédit
vise à aider les personnes handicapées à
assumer les frais supplémentaires de subsistance
imputables à leur « déficience ».
- Une personne
peut réclamer le montant à condition qu’une
personne qualifiée (médecin, optométriste,
audiologiste, ergothérapeute, psychologue, orthophonistes)
atteste que :
- la personne
a une déficience mentale ou physique grave qui
la limite d’une façon marquée dans
une activité courante de la vie quotidienne*
et que cette déficience est prolongée.
- L’admissibilité
au crédit est établie en fonction de la
déficience fonctionnelle et non pas du diagnostic
d’un médecin parce que le degré
de gravité de l’état pathologique
peut varier considérablement.
- Une personne
n’est pas admissible si elle suit une thérapie,
utilise des appareils appropriés ou prend un
médicament qui supprime les limites marquées
dans une activité courante de la vie quotidienne.
*
Les activités courantes de la vie quotidienne
sont : marcher, parler, percevoir, penser et se souvenir,
entendre, se nourrir et s’habiller , éliminer
les déchets du corps humain. Elles ne comprennent
pas les activités comme travailler, tenir la
maison ni les activités sociales et récréatives
|
QUESTIONS ET
RECOMMANDATIONS
Question 1 :
Le formulaire d’évaluation (T2201) comporte des inexactitudes
i. Votre patient est
il capable de percevoir, de réfléchir et de se souvenir?
Les professionnels de la santé se sont vus confier le rôle
de « gardiens » en ce qui a trait à l’établissement
de l’admissibilité d’une personne au crédit
d’impôt pour personnes handicapées (CIPH). Contrairement
aux autres programmes de soutien du revenu, un professionnel doit
attester que la personne est admissible avant même que celle
ci ne dépose sa demande.
Les personnes atteintes
d’une maladie mentale grave doivent trouver un psychiatre
qui connaît bien leur état de santé et qui accepte
de remplir l’évaluation d’une page et de répondre
à des questions sur la « déficience »
de leur patient et son incidence sur sa capacité d’exécuter
des activités courantes de la vie quotidienne. La seule question
qui se rapporte expressément aux personnes atteintes d’une
maladie mentale grave est la suivante : « Votre patient est
il capable de percevoir, de réfléchir et de se souvenir?
»
De toute évidence,
le gouvernement fédéral n’a pas consulté
les professionnels de la santé au sujet des capacités
cognitives ou intellectuelles des personnes atteintes d’une
maladie mentale grave. C’est ce qui explique les hypothèses
erronées concernant cette population : la première,
que les personnes ayant une déficience mentale grave et prolongée
sont incapables de penser, de percevoir ou de se souvenir ET la
deuxième, qu’elles sont incapables de s’occuper
d’elles mêmes sans une surveillance constante.
La personne atteinte
d’une maladie mentale grave ou sa famille ne peut être
admissible à un CIPH que si un psychiatre atteste qu’elle
est incapable de penser, de percevoir et de se souvenir, en tout
temps ou presque, même si elle suit une thérapie ou
prend des médicaments. Comme toutes les personnes atteintes
d’une maladie mentale grave permanente ou récurrente
sont capables de « penser, de percevoir et de se souvenir
», aucune d’entre elles n’est donc admissible
au CIPH. La question est mal formulée et ne permet pas d’évaluer
correctement les conséquences invalidantes de cette maladie.
QUESTION À
CONSIDÉRER
La Loi sur l’impôt sur le revenu n’a pas été
conçue pour offrir un allégement fiscal seulement
aux personnes qui ont une déficience physique. Le gouvernement
du Canada a l’obligation de s’assurer que tous les individus
sont égaux devant la loi sans discrimination fondée
sur la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur,
la religion, le sexe, l’âge ou les déficiences
mentales ou physiques.
RECOMMANDATION
No 14
Il est recommandé que le gouvernement du Canada précise
et révise le Certificat pour le crédit d’impôt
pour personnes handicapées afin de l’adapter aux directives
et aux objectifs de la Loi sur l’impôt sur le revenu
afin que les conditions d’admissibilité s’appliquent
d’une manière équitable à l’ensemble
des personnes handicapées, quelle que soit leur déficience.
ii. Le format du questionnaire
pose problème
Le formulaire comprend une série complexe de questions extrêmement
simples. Les médecins ont déjà fait savoir
que le peu de marge dont ils disposaient entre les cases «
OUI » et « NON » ne leur permettait pas d’effectuer
une évaluation médicale exacte. Pour poser un diagnostic
complet, ils doivent souvent effectuer une batterie de tests psychologiques
et en analyser les résultats. Un questionnaire dont les réponses
se résument à oui ou non ne permet pas de rendre compte
des résultats.
Depuis la modification
des lignes directrices relatives au CIPH en 1997 [12],
les psychiatres n’ont plus la possibilité de décrire
les effets invalidants de la maladie sur la capacité d’une
personne d’exécuter ses activités courantes
de la vie quotidienne. Par conséquent, nombreux sont ceux
qui refusent de compléter le formulaire parce que le format
les oblige à contredire leur propre évaluation du
patient.
QUESTION A CONSIDERER
Il n’est pas possible de décrire la déficience
mentale d’une personne au moyen de l’actuel formulaire
d’évaluation T2201 pour le CIPH.
RECOMMANDATION
No 15
Il est recommandé que le gouvernement du Canada précise
et révise le Certificat de crédit d’impôt
pour personnes handicapés afin de permettre aux professionnels
de la santé d’expliquer sous forme narrative comment
la déficience mentale du patient diminue considérablement
sa capacité à exécuter les activités
courantes de la vie quotidienne au lieu de se borner à leur
demander de classer leur patient dans les catégories «
OUI » ou « NON ».
iii. Confusion concernant
« les activités courantes de la vie quotidienne »
Le formulaire T2201 définit les activités courantes
de la vie quotidienne comme étant marcher, parler, percevoir,
penser et se souvenir, entendre, se nourrir et s’habiller
et enfin, éliminer les déchets du corps humain. De
nombreux médecins pensent à tort que la plupart des
personnes atteintes d’une maladie mentale grave ne sont donc
pas admissibles au crédit puisqu’il ne vise que les
personnes qui ont de la difficulté « à se nourrir,
s’habiller, utiliser une toilette ou avoir une simple conversation
». En fait, il faut à tout prix éviter de traiter
en bloc les six activités courantes décrites, mais
plutôt les considérer séparément.
QUESTION A CONSIDERER
Il est nécessaire de préciser les lignes directrices
sur la manière de remplir le formulaire T2201 afin de réduire
les rapports inexacts des médecins.
RECOMMANDATION
No 16
Il est recommandé que le gouvernement du Canada précise
et révise le processus de demande du Certificat de crédit
d’impôt pour personnes handicapées afin d’y
inclure des instructions claires sur la manière de compléter
le formulaire.
Question 2 :
Il est nécessaire d’informer les usagers potentiels
de l’existence du CIPH
L’ACSM sait pertinemment
que de nombreuses personnes atteintes d’une maladie mentale
grave ne connaissent même pas les programmes fiscaux à
leur disposition. Il est impératif de mieux sensibiliser
la population au CIPH, surtout les personnes susceptibles d’en
profiter.
QUESTION A CONSIDERER
Tout examen du système fiscal englober les personnes atteintes
d’une maladie mentale grave qui font partie intégrante
de ce processus.
RECOMMANDATION
No 17
Il est recommandé que le gouvernement du Canada crée
un régime fiscal aussi transparent que possible afin que
les personnes atteintes d’une maladie mentale grave soient
davantage sensibilisées au fonctionnement du système
et participent à l’évolution du processus.
.
Résumé des recommandations
Il est recommandé que le gouvernement du Canada :
Prestations
d’invalidité du RPC
1. Mette en place un
régime de prestations d’invalidité fondé
sur une nouvelle définition de l’invalidité
qui reconnaît la capacité de travailler des personnes
atteintes d’une maladie mentale grave.
2. Mette en place un
régime de prestations d’invalidité selon une
« échelle de gains admissibles » afin de tenir
compte de la capacité de travailler des personnes atteintes
d’une maladie mentale grave. Par exemple, le programme de
prestations d’invalidité du RPC pourrait verser des
« prestations partielles ou réduites » aux personnes
atteintes d’une maladie mentale grave afin de leur permettre
de travailler à temps partiel tout en continuant de toucher
une partie de leurs prestations.
3. Adopte une politique
de prestations d’invalidité suffisamment flexible pour
répondre aux besoins des personnes dont l’état
de santé est variable et qui sont capables de travailler.
4. Veille à ce
que les lignes directrices déjà en place et les nouvelles
(par exemple, l’Initiative des gains admissibles) soient communiquées
aux responsables concernés dans l’ensemble du système.
5. Réexamine les
coupures et élargisse les conditions d’admissibilité
aux prestations d’invalidité du RPC de manière
à ce que les personnes atteintes d’une maladie mentale
grave qui alternent entre des périodes d’emploi et
de chômage puissent y avoir droit.
6. Étudie la possibilité
de mettre en place un service d’intervention pour aider les
clients durant le processus de la demande initiale et de l’appel.
7. Publie des lignes
directrices plus précises et plus accessibles sur le programme
et veille à ce qu’elles soient appliquées d’une
manière cohérente d’un bout à l’autre
du pays.
8. Fournisse aux psychiatres
et à l’ensemble du milieu médical du pays des
lignes directrices claires et cohérentes sur la manière
de remplir leur partie du formulaire de demande de prestations d’invalidité
du RPC.
9. Respecte à
la lettre les délais qu’il a lui même établis
pour le traitement de la demande initiale et le processus d’appel.
10. Conçoive et
mette en place un programme de prestations d’invalidité
qui encourage les personnes atteintes d’une maladie mentale
grave à accroître leur tolérance et leur préparation
au travail.
11. Conçoive et
mette en place un régime de prestations d’invalidité
qui ne pénaliserait pas les personnes atteintes d’une
maladie mentale grave si jamais leur période de travail à
l’essai au travail de trois mois n’était pas
concluante.
12. Conçoive et
mette en place un régime de prestations d’invalidité
qui approuve une politique de rétablissement immédiat.
Assurance emploi
13. Conçoive et
mette en place un programme de remplacement du revenu à court
terme qui soit adapté à la nature imprévisible
et épisodique de la maladie mentale.
Crédit
d’impôt pour personnes handicapées
14. Précise et
révise le Certificat pour le crédit d’impôt
pour personnes handicapées pour l’adapter aux directives
et aux objectifs de la Loi sur l’impôt sur le revenu
afin que les conditions d’admissibilité s’appliquent
d’une manière équitable à l’ensemble
des personnes handicapées, quelle que soit leur déficience.
15. Précise et
révise le Certificat de crédit d’impôt
pour personnes handicapés afin de permettre aux professionnels
de la santé d’expliquer sous forme narrative comment
la déficience mentale du patient diminue considérablement
sa capacité à exécuter les activités
courantes de la vie quotidienne au lieu de se borner à leur
demander de classer leur patient dans les catégories «
OUI » ou « NON ».
16. Précise et
révise le processus de demande du Certificat de crédit
d’impôt pour personnes handicapées afin d’y
inclure des instructions claires sur la manière de compléter
le formulaire.
17. Crée un régime fiscal aussi transparent que possible
afin que les personnes atteintes d’une maladie mentale grave
soient davantage sensibilisées au fonctionnement du système
et participent à l’évolution du processus.
Documents de
référence
Centre de la défense
des personnes handicapées (juillet 2001). Le CDPH participe
à une séance sur l’assurance invalidité
avec un sous comité parlementaire. Toronto : CDHP.
Buchanan, L. (mars 2001).
The Current Disability Tax Credit Certificate, Form T2201, its Impact
on Individuals with Disabilities and Case Law. Toronto.
Association canadienne
de la santé mentale (septembre 1996). Mémoire présenté
au groupe de travail du gouvernement fédéral sur les
questions d’invalidité. Toronto : ACSM National.
Association canadienne
de la santé mentale, division de l’Ontario (mars 1996).
Mémoire présenté au Comité permanent
du développement des ressources humaines de la Chambre des
communes concernant le projet de loi C 12 : Loi concernant l’assurance
emploi au Canada. Toronto : ACSM, division de l’Ontario.
Conseil des Canadiens
avec déficiences (1997). Mémoire présenté
au Comité permanent des finances de la Chambre des communes
concernant le projet de loi C-2 : La Loi modifiant l’Office
d’investissement du régime de pensions du Canada. Winnipeg
: CCD.
Hamid, S (septembre 2001,
ébauche). Discrimination Against People with Mental Illness:
It’s Time to Call it What It Is: A Report of the British Columbia
Minister of Health’s Advisory Council on Mental Health. Vancouver:
CMHA BC Division.
Ligne directrice sur
la politique des programmes de sécurité du revenu
sur les gains admissibles (mai 2001). Ottawa : DRHC.
À l’unisson
:une approche canadienne concernant les personnes handicapées
: Document d’information (mars 1998). Ottawa : ministres fédéral,
provinciaux et territoriaux responsables des services sociaux.
Procès verbal
(16 mai 2001) du Sous comité sur la condition des personnes
handicapées du Comité permanent du développement
des ressources humaines et de la condition des personnes handicapées.
Ottawa : DRHC.
Société
canadienne de la sclérose en plaques (septembre 2000). Mémoire
présenté au Comité permanent des finances de
la Chambre des communes. Toronto : Société SP.
Réseau national
pour la santé mentale et Association anadienne de la santé
mentale (décembre 1994). Mémoire conjoint sur la réforme
de la sécurité sociale. Guelph/Toronto: ACSM National
& RNSM.
Systemic Barriers –
Canada Pension Plan (octobre 1999). Rapport présenté
par un comité inter organisation du Manitoba sur les barrières
systémiques que doivent surmonter les personnes handicapées
pour se trouver un emploi. Winnipeg.
Torjman, S. (septembre
2000). First Ministers’ Last Priority. Caledon Commentary.
Ottawa: Caledon Institute of Social Policy.
Sites Web s: www.hrdc-drhc.gc.ca
| www.ccra.gc.ca
[1]
Il s’agit d’un sous comité du Comité permanent
du développement des ressources humaines et de la condition
des personnes handicapées.
[2] Les termes personne atteinte
d’une maladie mentale grave, personne atteinte d’une
déficience psychique et client seront utilisés d’une
manière interchangeable tout au long de ce rapport pour désigner
tout usager passé ou actuel du système de santé
mentale.
[3]
Nous n’analyserons pas les programmes contributifs privés
d’assurance invalidité comme source de soutien du revenu.
[4]
Notre rapport ne porte pas sur les initiatives provinciales de soutien
du revenu. Il existe déjà des publications sur ces
programmes. Pour en savoir plus, veuillez communiquer avec le ministère
des Affaires sociales de votre province ou l’équivalent.
[5]
Cette politique a été formulée vers le milieu
des années 1960 dans un contexte social qui ne considérait
pas les personnes atteintes d’une incapacité comme
des membres actifs de la population active. Grâces aux récents
progrès de la médecine en matière de traitement
des maladies ou des blessures et ainsi qu’aux percées
technologiques, les personnes ayant une incapacité sont de
plus en plus actives au sein de la société, elles
font des études supérieures et travaillent.
[6]
En vertu du programme de prestations d’invalidité du
RPC, l’admissibilité est évaluée selon
la « capacité fonctionnelle ». Les évaluateurs
peuvent déterminer qu’une personne est capable d’exécuter
des tâches cléricales légères 4 heures
par jour, mais ils ne se demandent pas si elle possède les
compétences requises en anglais ou en mathématiques.
Cette évaluation ne tient pas compte de la réalité,
par exemple, si un employeur voudra embaucher cette personne. Ce
programme est basé sur l’employabilité et non
pas sur la disponibilité des emplois.
[7]
Cette directive a été émise par la Division
de la planification et des politiques des programmes du service
des programmes de sécurité du revenu en mai 2001,
mais elle n’a pas encore été rendue publique.
Il est question de publier un bulletin pour les clients d’ici
décembre 2001 afin d’informer les prestataires actuels
de cette nouvelle initiative qui sera considérée rétroactive
jusqu’en mai 2001.
[8]
Selon la Canadian Alliance on Mental Illness and Mental Health (CAMIMH),
ce chiffre est conservateur. L’Alliance est d’avis que
le pourcentage de demandes rejetées provenant de personnes
atteintes d’une maladie mentale grave dépasse de beaucoup
les 66 % cités qui s’appliquent à l’ensemble
des demandeurs ayant une incapacité.
[9]
Des 66 % de demandeurs qui sont immédiatement jugés
inadmissibles, le tiers seulement déposeront une demande
de réexamen de leur demande.
[10]
Les personnes qui deviennent ou redeviennent membres de la population
actives sont celles qui ont accumulé moins de 490 heures
(14 semaines de 35 heures) d’emploi assurable ou de prestations
payées ou payables au cours des 52 semaines précédant
la période d’admissibilité.
[11]
Les prestations de maladie sont versées aux personnes malades,
blessées ou en placées en quarantaine. Les prestations
sont versées pour une période maximale de 15 semaines
à condition de satisfaire le critère d’admissibilité
de 600 heures.
[12]
Depuis l’entrée en vigueur de ces nouvelles lignes
directrices, il semblerait que l’Agence des douanes et du
revenu du Canada soit en train de resserrer les conditions d’admissibilité.
De nombreuses personnes (et leur famille) qui avaient droit à
ce crédit avant 1997 ont été réévaluées
comme étant « inadmissibles » même si leur
déficience n’a pas changé.
|