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Passons à
l'action : atteindre un consensus pour un plan d'action national
sur la maladie mentale et la santé mentale
2000 Alliance canadienne pour la maladie mentale et la santé
mentale
septembre 2000
PRÉFACE
La maladie mentale et
la santé mentale sont laissées dans l'ombre depuis
beaucoup trop longtemps au Canada. Qu'il suffise de rappeler les
statistiques suivantes :
• Au moins une
personne sur cinq souffre d'une maladie mentale à un moment
ou un autre dans sa vie.
• Chaque année, 4 000 personnes se suicident.
•
• D'ici 2020, la dépression sera la cause la plus coûteuse
de la perte de productivité au travail.
Préserver et promouvoir
la santé mentale, c'est favoriser la santé des familles,
la productivité au travail et le développement des
collectivités.
Voici quelques faits renversants relevés au Canada :
• Le besoin de
programmes et de services de soins, de traitement, de réadaptation,
d'intégration dans la collectivité et de soutien est
nettement supérieur à ce qui est offert dans la plupart
des collectivités.
• La promotion de la santé mentale et la prévention
de la maladie mentale figurent au bas de la liste de priorité
des initiatives en santé prises par tous les ordres de gouvernement.
• La stigmatisation liée à la maladie mentale
et le peu de sensibilisation du public à cette maladie empêchent
la tenue d'un débat ouvert, l'adoption d'une approche coordonnée
pour trouver des solutions et souvent, la prestation d'aide à
ceux qui en ont le plus besoin.
• Il n'existe aucun système national de collecte et
de diffusion des données permettant d'estimer avec précision
les taux d'incidence et de prévalence des maladies mentales
ou d'évaluer les programmes, les services et les politiques
ayant trait à la maladie mentale et à la santé
mentale.
• Il n'existe aucun programme organisé de recherche
sur la santé mentale ou sur la maladie mentale.
• Le taux de participation du public à la prévention
et au traitement de la maladie mentale, et à la promotion
de la santé mentale, est nettement inférieur aux meilleures
pratiques établies.
• Contrairement à la plupart des autres pays développés,
le Canada n'a aucun plan d'action national en matière de
santé mentale et de maladie mentale.
L’Alliance canadienne
pour la maladie mentale et la santé mentale (ACMMSM) préconise
d'accorder beaucoup plus d'attention à la prévention
de la maladie mentale et à la promotion de la santé
mentale dans tous les milieux de la société canadienne.
L’ACMMSM entend utiliser ce document de travail pour inviter
les gens de tous les milieux à exprimer leur point de vue
et pour dégager un consensus sur une vision nationale et
un plan d'action sur la maladie mentale et la santé mentale.
Il faut espérer que ce document de travail inspirera un grand
nombre de nouveaux partenaires et alliés à COLLABORER
pour réaliser cette vision.
Pour améliorer
la situation actuelle, des changements devraient être apportés
aux quatre points importants qui suivent :
• Sensibilisation
du public
• Élaboration d'un cadre stratégique national
• Recherche
• Élaboration d'un système de cueillette et
de diffusion des données
L’ACMMSM propose
des objectifs et des mesures à prendre sur chacun de ces
points. Nous vous invitons à en discuter avec vos électeurs
et à communiquer les résultats de votre consultation
à L’ACMMSM.
Le temps d'agir pour
remédier au peu d'intérêt manifesté à
l'égard de la maladie mentale et la santé mentale,
c'est maintenant! L’ACMMSM attend de vos nouvelles.
I. POURQUOI?
INTRODUCTION
L’Alliance canadienne
pour la maladie mentale et la santé mentale (ACMMSM) est
fière de présenter cet appel à l'action. ACMMSM
regroupe cinq organisations nationales s'intéressant à
la maladie mentale et la santé mentale, soit :
• Association canadienne
pour la santé mentale
• Association des psychiatres du Canada
• Association canadienne pour les troubles de l’humeur
• Réseau national pour la santé mentale
• Société canadienne de schizophrénie
Les représentants
de ces organisations se rencontrent régulièrement
en vue d'adopter une vision commune selon laquelle :
• ceux qui souffrent
d'une maladie mentale et leur famille recevront les soins, le soutien
et l'attention qu'ils sont en droit d'attendre de notre société
et de notre système de santé;
• la promotion de la santé mentale sera une activité
coordonnée et courante visant à informer et à
sensibiliser la population;
• la maladie mentale et la santé mentale auront une
plus grande priorité dans les programmes de santé
et de politique sociale.
Avant d'aller plus loin,
nous tenons à préciser que ce document N'EST PAS :
• une étude
des questions de fond ayant trait à la maladie mentale et
à la santé mentale, tels le suicide, la situation
des sans-abri, les modalités de soins et de traitement et
certaines maladies mentales, ou une initiative de promotion de la
santé mentale en particulier;
• un examen de
la politique en matière de santé - il représente
plutôt un effort visant à mettre l'accent sur la maladie
mentale et la santé mentale, et leur importance énorme,
mais sous-estimée;
• un guide pour
réformer le système des services - c'est plutôt
une invitation à effectuer un changement beaucoup plus fondamental
dans la manière dont le Canada traite les questions de maladie
mentale et de santé mentale.
L'approche de L’ACMMSM
correspond à un changement important à au moins trois
égards.
1. Une perspective commune
Notre appel à
l'action fait suite à presque deux ans d'efforts en vue de
dégager
un consensus. Malgré d'importantes divergences de vues dans
la population, les familles, les fournisseurs de services professionnels
et les organismes communautaires que représentent nos organisations,
nous avons élaboré une vision collective claire des
objectifs que nous nous sommes fixés.
2. Un intérêt
particulier pour la maladie mentale et la santé mentale
Ce document est un premier
pas pour mettre la maladie mentale et la santé mentale au
premier plan des programmes de santé et de politique sociale.
3. Une large vision de la réforme du programme de santé
mentale
Notre vision du changement
suppose une perception globale de la réforme qui soit conforme
à la Loi canadienne sur la santé, selon laquelle il
faut faciliter « un accès satisfaisant aux services
de santé », ainsi que protéger, favoriser et
améliorer le bien-être physique et mental des habitants
du Canada.
Notre tâche est
énorme, mais nous avons pu bénéficier d'une
aide essentielle pour franchir ce premier pas. L’ACMMSM tient
à souligner l'aide financière du Réseau consultatif
fédéral/provincial/territorial sur la santé
mentale, qui lui a permis d'effectuer les travaux préliminaires
pour ce document. Toutefois, les opinions exprimées dans
ce document sont uniquement celles de L’ACMMSM et en aucune
manière ne reflètent, ne supposent ou ne compromettent
les positions ou les opinions de ceux qui lui ont fourni une aide
financière. Nous remercions spécialement les personnes
ressources choisies au sein de nos cinq organisations pour participer
à un groupe de consultation chargé de rassembler les
réactions à une première version de ce document
distribué à la fin de décembre 1999. Enfin,
merci à Pam Thompson d'avoir facilité la tenue de
premières réunions décisives et à Dorethea
Helms pour son aide précieuse à la rédaction
de ce document.
Nous espérons
que ce document inspirera d'autres personnes et d'autres groupes
qui s'intéressent à la maladie mentale et à
la santé mentale, de telle sorte qu'ils commenceront à
poser des questions, à discuter de ces dossiers et à
promouvoir un changement de politiques et d'attitudes.
LA STIGMATISATION : UNE PRÉOCCUPATION DOMINANTE
Par définition
, la stigmatisation est une « marque de disgrâce ou
de discrédit ». Ceux qui souffrent d'une maladie mentale
sont souvent victimes de disgrâce ou de discrimination due
à l'ignorance, à la mauvaise information et à
la crainte exprimée par la population.
« Cette étude
(la première étude nationale effectuée aux
États-Unis des programmes de santé fournis par les
comtés aux malades mentaux) montre que l'existence de préjugés
dans la population est le principal problème qui s'oppose
aux malades mentaux dans notre pays aujourd'hui. Comme le mentionne
le directeur du service de santé publique dans son rapport
de décembre 1999, cela met en lumière un aspect de
la santé qui a été laissé dans l'ombre
beaucoup trop longtemps. » - Le Dr Kenneth P. Moritsugu, directeur
du service de santé publique des États-Unis (National
Association of County Behavioral Health Directors, 2000)
« Nos travaux montrent que la stigmatisation qui entoure la
maladie mentale est aussi incapacitante que la maladie elle-même
et qu'il faut l'éliminer, puisque nous disposons maintenant
de nouveaux traitements médicaux. » -- Robert C. Egnew,
porte-parole de la NACBHD (National Association of County Behavioral
Health Directors, 2000)
L’ACMMSM est d'avis
que ceux qui souffrent de dépression, de schizophrénie,
d'anxiété grave ou d'une autre maladie mentale devraient
pouvoir parler de leurs problèmes aussi ouvertement que ceux
qui souffrent d'une maladie cardiaque ou du diabète. La recherche
montre que la stigmatisation fait qu'il arrive beaucoup trop souvent
que les malades tardent à demander un traitement et que les
familles nient qu'un des leurs peut souffrir d'une maladie mentale.
La stigmatisation continue
d'« infecter » toute question concernant la maladie
mentale.
À cause de la
stigmatisation et du fait que les services offerts ne suffisent
pas pour satisfaire les besoins des personnes et des familles touchées
par la maladie mentale, un sentiment d'impuissance empêche
les « organisations communautaires » de modifier la
situation.
Les grandes lignes d'un
futur plan d'action national figurent ci-dessous et traitent du
besoin de s'attaquer à la stigmatisation et de l'éliminer.
LA MALADIE MENTALE
La maladie mentale représente
la plus importante catégorie de maladies qui affectent les
Canadiens. Jusqu'à 20 p. 100 des Canadiens souffrent d'une
maladie mentale à un moment ou un autre de leur vie. La maladie
mentale est à l'origine d'un taux de mortalité important
et d'un taux de morbidité significatif. L'Organisation mondiale
de la santé signale que six des principales causes de plusieurs
années d'invalidité sont des troubles mentaux (Murray
et Lopez, 1996). Même si la santé physique s'est grandement
améliorée dans la plupart des pays, la santé
mentale n'a pas progressé depuis un siècle. (OMS,
1999).
Les obstacles à
l'intervention précoce engendrent des situations qui posent
des risques élevés à la santé de la
personne vulnérable. Les premiers symptômes peuvent
ne pas être détectés, et les longues listes
d'attente retardent souvent l'accès aux soins.
Depuis les réformes
du système de soins de santé mentale des années
1960 et 1970, des dizaines de milliers de lits dans les établissements
ont été fermés, et de nombreuses personnes
souffrant d'une maladie mentale ont été retirées
des unités pour les maladies chroniques et réintégrées
dans la collectivité. Ces personnes ont bénéficié
de peu ou de pas de soutien, et des ressources des établissements
n'ont pas été transférées au sein des
systèmes de soins de santé communautaires. D'autres
fermetures plus récentes de lits de court séjour dans
les hôpitaux n'ont en général pas été
compensées par une augmentation des ressources au sein des
systèmes de soins de santé communautaires.
Quel est le résultat?
Un nombre croissant de sans-abri souffrant de maladies mentales,
des familles et des amis qui n'en peuvent plus et qui sont extrêmement
accablés, de nombreuses personnes souffrant de maladies mentales
qui dépérissent en prison et bien d'autres qui vivent
dans des logements insalubres ou reçoivent leurs soins dans
des foyers sous-financés.
Étant donné
le grand nombre de personnes qui ne reçoivent pas des services
ou d’un soutien adéquats, il est temps pour l'ensemble
des parties concernées, y compris tous les paliers de gouvernement,
de s'engager collectivement à élaborer une réforme.
LA PROMOTION DE LA SANTÉ MENTALE
Afin que les gens puissent
réaliser leur plein potentiel et contribuer de façon
significative à notre société, il est essentiel
qu'ils soient en bonne santé mentale. Pourtant, le manque
d'attention accordée à la promotion de la santé
mentale partout au Canada est notable.
Il a été
prouvé qu'une combinaison de déterminants psychologiques
et sociaux affecte la santé en général et en
particulier la santé mentale. Selon Santé Canada,
ces déterminants sont les suivants :
• le revenu et
le statut social;
• les réseaux de soutien social;
• l'éducation;
• l'emploi et les conditions de travail;
• le milieu social;
• le milieu physique;
• les habitudes de vie et les habiletés d'adaptation;
• un bon développement au stade de l'enfance;
• les services de santé.
Lorsque ces déterminants
de la santé sont existants et solides, ils ont une incidence
favorable sur la santé mentale. Mais quand ils sont absents
ou faibles, des problèmes de santé mentale peuvent
survenir. Ces déterminants servent donc à orienter
l'intervention.
Pour ce qui est de la
personne elle-même, un sentiment de contrôle, du soutien
social et une participation significative contribuent de façon
importante à diminuer le stress, l'anxiété,
l'épuisement et la frustration que bien des gens éprouvent
de nos jours. En ce qui concerne le système, les stratégies
visant à créer un milieu favorable, à renforcer
l'action communautaire, à acquérir des compétences
personnelles et à réorienter les services de santé
peuvent amener la population à maîtriser dans une certaine
mesure les déterminants psychologiques et sociaux (Willinsky
et Pape, 1997).
Il est essentiel que
des mesures de soutien existent afin que tous les Canadiens, qu'ils
soient jeunes ou âgés et qu'ils souffrent ou non d'une
maladie mentale, puissent maximiser leur santé mentale.
En mettant davantage
l'accent sur la promotion de la santé mentale et la prévention
des maladies mentales, il est possible de diminuer la demande à
l'égard d'un système déjà surchargé.
Une réforme du système est essentielle au développement
d'une population forte, résistante et en santé.
LA NÉCESSITÉ D'UN LEADERSHIP FÉDÉRAL-PROVINCIAL-TERRITORIAL
« Le fardeau que
créent les problèmes de santé mentale pour
la population est sous-estimé. Ces problèmes sont
non seulement liés à certaines maladies physiques
et à une mortalité accrue à cause du suicide,
mais ils sont aussi liés de façon complexe et mal
comprise à un bon nombre des pires problèmes de santé
publique actuels, dont la violence interpersonnelle, la criminalité,
les dépendances, l'itinérance et la pauvreté
(Thompson et Bland, 1995). Ils sont associés à d'importantes
souffrances émotionnelles et incapacités, en plus
d’entraîner des coûts humains et économiques
élevés, mais très peu reconnus (Neugebauer,
1999). » (Cité de Stuart, H. et. coll., 1999).
Bien que les stratégies
relatives au bien-être des enfants aient été
abordées dans le cadre des deux récents débats
nationaux sur la réforme du système canadien de soins
de santé (Forum national sur la santé, 1997) et sur
la réforme du régime de sécurité sociale
(La sécurité sociale dans le Canada de demain, 1994)
au début des années 1990, les maladies mentales et
les questions relatives à la santé mentale ont toutefois
été laissées de côté. Même
s'il incombe aux provinces et aux territoires de planifier les services
de santé mentale et d'en assurer la prestation, un leadership
assumé conjointement par les gouvernements fédéral,
provinciaux et territoriaux pourrait largement contribuer à
déclencher la mise en oeuvre de mesures liées à
ces problèmes tout en faisant du Canada un pays qui considère
la santé mentale de ses habitants comme une priorité.
La loi actuelle laisse entendre que le gouvernement fédéral
a un rôle à jouer dans le cadre d'une stratégie
nationale.
La Loi canadienne sur
la santé stipule que :
« La politique
canadienne de la santé a pour premier objectif de protéger,
de favoriser et d'améliorer le bien-être physique et
mental des habitants du Canada et de faciliter un accès satisfaisant
aux services de santé, sans obstacle d'ordre financier ou
autre. »
La Charte canadienne
des droits et libertés stipule quant à elle que :
« La loi ne fait
acception de personne et s'applique également à tous,
et tous ont droit à la même protection et au même
bénéfice de la loi, indépendamment de toute
discrimination, notamment des discriminations fondées sur
la race, l'origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion,
le sexe, l'âge ou les déficiences mentales ou physiques.
» (Paragraphe 15(1)).
Elle précise ensuite que :
« Le paragraphe
(1) n'a pas pour effet d'interdire les lois, programmes ou activités
destinés à améliorer la situation d'individus
ou de groupes défavorisés, notamment du fait de leur
race, de leur origine nationale ou ethnique, de leur couleur, de
leur religion, de leur sexe, de leur âge ou de leurs déficiences
mentales ou physiques. » (Paragraphe 15(2)).
Bien que les soins de
santé mentale représentent 16 % des coûts en
matière de soins de santé et touchent 20 % de la population
:
• les dépenses
de Santé Canada au titre des soins de santé mentale
et de la promotion de la santé mentale s'élèvent
à moins de 500 000 $ par année;
• Santé Canada ne compte aucune division distincte
consacrée à la santé mentale, qui soit chargée
d'élaborer une politique nationale et de mener des discussions
au sujet de celle-ci, aux échelons administratifs supérieurs;
• seulement 4 % environ de l'ensemble des fonds publics affectés
à la recherche sont consacrés à la recherche
sur les maladies mentales et la santé mentale;
• le Canada ne recueille pas, de façon systématique,
des données nationales sur l'état de la santé
mentale des Canadiens.
De nombreuses parties
concernées trouvent intolérable ce manque de «
visibilité » et unissent leurs efforts afin de faire
connaître les maladies mentales et la santé mentale.
II. POURQUOI
MAINTENANT?
PARCE QUE CELA FAIT LONGTEMPS QUE L'ON N'ACCORDE PAS L'ATTENTION
NÉCESSAIRE
« Parmi tous les problèmes présentés
à la Commission, celui qui préoccupe le plus le public,
exception faite du financement des services de santé en général,
est la maladie mentale... » (Commission royale d'enquête
sur les services de santé, 1964). Cette préoccupation
s'est traduite par trois décennies de déshospitalisation
et par l'élimination de dizaines de milliers de lits de malades
hospitalisés, sans pour autant que soient obtenus le financement
et l'élaboration correspondant de services et de programmes
de soutien communautaires adéquats et appropriés.
• Le rapport de
la ville de Toronto sur les sans-abri, rédigé sous
la présidence d'Anne Golden, décrit le phénomène
des sans-abri comme une conséquence importante des politiques
de déshospitalisation. Les sans-abri regroupent plusieurs
types de personnes : des personnes souffrant de maladies mentales,
des personnes qui abusent de l'alcool et d'autres substances, ainsi
que des Autochtones, lesquels sont surreprésentés
au sein des sans-abri, par comparaison à la population générale.
(Stuart et coll., 1999)
• Il y a dix ans
que le gouvernement fédéral a publié le document
intitulé : « La santé mentale des Canadiens
: vers un juste équilibre ». Le document de politique
établissait un lien entre la vision nationale de promotion
de la santé intitulée « La santé pour
tous » et la santé mentale. Les auteurs d'autres rapports
importants, de même que de nombreux documents de politique
et de discussion provinciaux et régionaux, ont recommandé
des changements majeurs afin d'améliorer les services et
les programmes pour : les personnes souffrant de maladies mentales
graves; les services de santé mentale s'adressant aux enfants;
la prévention du suicide; les Autochtones; les contrevenants
et les membres de la population carcérale. Peu de ces recommandations
et idées ont été mises en œuvre.
• Plus récemment,
soit en 1997, le Réseau de consultation fédéral-provincial-territorial
sur la santé mentale a commandé une étude en
deux étapes fondée sur un examen critique de l'état
des connaissances liées aux meilleures pratiques de la réforme
des soins de santé mentale, particulièrement les maladies
mentales chroniques et graves, de même qu'une analyse de situation
des politiques, pratiques et initiatives en matière de réforme
des soins de santé mentale au Canada qui correspondent à
peu près aux meilleures pratiques. Les recommandations formulées
dans les rapports visent à bâtir un système
intégré de soins pour les personnes gravement malades.
Bien qu'un certain nombre de provinces s'efforcent d'adopter les
meilleures pratiques, le financement et l'engagement de soutenir
la responsabilité, la recherche et l'évaluation demeurent
difficiles à obtenir.
UN INVESTISSEMENT RENOUVELÉ DANS LE SECTEUR
DE LA SANTÉ : LE DÉBAT SUR LE FINANCEMENT DES
SOINS DE SANTÉ
En l'an 2000, les soins de santé sont devenus une priorité
pour tous les niveaux de gouvernement ainsi que pour le public.
Le fardeau et les coûts liés à la maladie et
à la santé mentales au Canada commencent à
être reconnus. Toutefois, le réinvestissement dans
la santé à tous les paliers de gouvernement DOIT inclure
des investissements importants dans les besoins liés à
la maladie mentale et dans la promotion de la santé mentale,
et ces investissements doivent appuyer les besoins de première
ligne et la prestation des services dont la responsabilité
incombe aux provinces.
Dans le cadre de ce réinvestissement,
il faut tenir compte des ressources humaines liées à
la santé mentale. À défaut d'une planification
stratégique, la pénurie actuelle de professionnels
et de non-professionnels spécialisés ne fera qu'empirer.
Un grand nombre de spécialistes continuent de quitter le
Canada pour poursuivre leur carrière à l'étranger.
La façon dont les professionnels doivent travailler est en
train de changer. Par exemple, les psychiatres ont traditionnellement
reçu une formation pour travailler dans des hôpitaux
et des bureaux privés, et non pas dans des agences communautaires,
des cliniques extra-hospitalières et des institutions à
soins partagés. Certains non-professionnels de la santé
mentale n'ont pas la formation requise pour assumer leurs nouveaux
rôles. La formation des travailleurs de la santé mentale
accorde peu d'attention à la promotion de la santé
mentale.
Un effort concerté
doit être fait afin de s'assurer qu'un mélange équilibré
de services et de mesures de soutien soit disponible à des
niveaux de qualité comparables dans toutes les régions
du pays. Une injection de fonds pour les dépenses de capital
permettra de faire en sorte que ceux qui souffrent d'une maladie
mentale et ceux qui jouissent d'une bonne santé mentale peuvent
vivre dans le respect et la dignité, et ce dans un milieu
qui reflétera une qualité de vie élevée.
Il est essentiel d'appliquer des stratégies de réforme
afin d'attirer et de garder d'excellentes ressources humaines dans
le secteur de la santé mentale.
UNE VOIX FRAGMENTÉE, UN SYSTÈME FRAGMENTÉ
Avant la création
de l’ACMMSM, aucune action coordonnée et concertée
n'avait été prise à l’échelle
nationale par des citoyens relativement aux questions de maladie
et de santé mentales. La promotion et la défense des
intérêts dans ce secteur visait généralement
une maladie ou un groupe précis (par exemple la schizophrénie,
les troubles de l'humeur ou la santé mentale des enfants).
Il n'y avait aucune voix claire, consensuelle et forte pour faire
la promotion de l'ensemble des besoins liés à la maladie
et à la santé mentales. L’ACMMSM s'efforce de
combler ce vide.
Un certain nombre de facteurs ont mené à la fragmentation
du volet non gouvernemental en matière de maladie et de santé
mentales, notamment un financement inégal. Le secteur des
organismes non-gourvernementaux (ONG) reflète en partie celui
des services et de la politique comme tel. Bien que les services
liés aux soins, aux traitements et aux services de soutien
en matière de santé mentale, de même que les
initiatives de promotion de la santé mentale, touchent, plus
que tout autre secteur de soins de santé, de nombreuses politiques
et de nombreux programmes, ces services et initiatives fonctionnent
souvent en vase clos. Qui plus est, les liens nécessaires
entre la santé et la politique sociale afin d'élaborer
efficacement une politique de maladie et de santé mentales
ne se sont jamais développés à l’échelle
nationale.
Une approche saine dans
l'élaboration d'une politique gouvernementale en matière
de santé mentale aiderait beaucoup à atténuer
l'impact négatif d'un secteur fragmenté en ce qui
a trait aux soins liés à la maladie mentale et à
la santé mentale au Canada.
LE CANADA ACCUSE
DU RETARD SUR LES AUTRES PAYS
Royaume-Uni
Suite à son livre
blanc intitulé « The Health of the Nation »,
publié en 1992, le Royaume-Uni (RU) a élaboré
des plans d'action dans cinq secteurs clés de la santé,
notamment celui de la santé mentale. Le « Mental Health
Key Area Handbook » (1994) est un plan d'action qui fournit
des conseils pratiques aux gestionnaires du système de santé
relativement à la façon de mettre en œuvre les
changements nécessaires pour atteindre les objectifs du secteur
clé qu'est celui de la maladie mentale. Les principaux objectifs
en matière de santé mentale qui ont été
énoncés dans le livre blanc du RU sont les suivants
:
• améliorer
sensiblement la santé et l'intégration sociale des
malades mentaux;
• réduire le taux de suicide d'au moins 15 p. 100 d'ici
l'an 2000;
• réduire le taux de suicide des personnes atteintes
de troubles mentaux graves d'au moins 30 p. 100 d'ici l'an 2000.
Le plan d'action du RU
renferme des résumés de mesures et des lignes directrices
de mise en œuvre qui se fondent sur les meilleures données
disponibles dans les secteurs suivants :
• la promotion
de la santé mentale et la réduction des stigmates
liés à la maladie mentale;
• des évaluations systématiques des besoins,
ainsi que des examens de la prestation des services aux niveaux
locaux;
• une vaste consultation locale relativement à l'élaboration
de stratégies au niveau local;
• une planification et un service efficaces entre les organismes
de services sociaux et de santé;
• une approche systématique et planifiée en
ce qui a trait au passage des soins institutionnalisés aux
soins communautaires, en ayant recours à des méthodes
de gestion des soins;
• l'élaboration de compétences et de ressources
humaines (perfectionnement des employés, équipes multidisciplinaires,
collaboration plus étroite entre les secteurs de soins primaires
et secondaires) afin d'améliorer la sensibilisation, la détection
et le traitement;
• la mise en œuvre de systèmes efficaces d'information
sur la santé mentale.
Australie
En 1992, l'Australie
a décidé d'adopter un « National Mental Health
Policy and Plan ». Cette décision faisait suite à
l'appui donné antérieurement à un énoncé
des droits et des responsabilités. Ensemble, ces deux documents
ont constitué une stratégie nationale en matière
de santé mentale. En vertu de cette stratégie, tous
les gouvernements d'États, de territoires et du Commonwealth
de l'Australie s'engagent à améliorer la qualité
de vie des personnes souffrant d'une maladie mentale.
Les objectifs de la stratégie
nationale en matière de santé mentale de l'Australie
sont les suivants :
• promouvoir la
santé mentale au sein de la collectivité australienne;
• prévenir, dans la mesure du possible, le développement
de problèmes de santé mentale et de troubles mentaux;
• réduire l'incidence des troubles mentaux sur les
personnes, les familles et la collectivité;
• garantir les droits des personnes souffrant de troubles
mentaux.
La stratégie assure
un cadre national pour une réforme en matière de santé
mentale. Elle se penche sur des questions clés telles que
: la prestation de services intégrés en matière
de santé mentale; les liens intersectoriels; les droits des
consommateurs; les lois; la réforme de la main-d'œuvre;
les procédures de contrôle et de comptabilité;
les exigences de groupes ayant des besoins spéciaux, notamment
les personnes d'origine aborigine.
Nouvelle-Zélande
La Nouvelle-Zélande
a élaboré, en 1997, un plan d'action axé sur
la promotion de la santé mentale, après avoir fixé
les objectifs fondamentaux suivants en matière de santé
mentale au pays :
• promouvoir la santé mentale de sa population (y compris
une allusion précise aux aborigènes);
• réduire les taux de mortalité et d'incapacité
liés à la dépression.
La Nouvelle-Zélande
a décidé de ne pas fixer d'objectifs de résultats
avant d'avoir établi des données de référence
adéquates. Son plan consiste à élaborer une
série de documents de fond qui fourniront aux planificateurs
de programme des lignes directrices et des aperçus de ce
qui est connu et de ce qui fonctionne bien.
Le plan de la Nouvelle-Zélande
traite de quatre grands types de questions :
• les questions
liées à une politique gouvernementale saine;
• les questions liées au programme de santé
publique;
• les questions liées aux services de santé
personnels;
• les questions liées à la recherche et à
l'information.
États-Unis
Le processus des États-Unis
est le plus récent et découle de la volonté
du gouvernement fédéral américain de mettre
en place un programme national de santé à l'occasion
du nouveau millénaire. Dans le rapport intitulé «
Mental Health: A Report of the Surgeon General » (1999), l'engagement
est pris de faire la promotion de la santé mentale au pays.
Les volets clés de cette initiative sont une campagne nationale
de lutte contre les préjugés, un appel à la
prise de mesures de prévention du suicide et un engagement
à améliorer l'accessibilité, la disponibilité
et la qualité des services en matière de santé
mentale. Ce programme est perçu comme un programme d'action
décennal et est en train d'être élaboré
dans le cadre d'un vaste processus de consultation qui inclut un
volet gouvernemental.
Le Canada possède les outils législatifs et administratifs
nécessaires pour mettre en œuvre un plan national et
rattraper son retard sur ce que ces pays ont fait récemment.
Le Canada doit suivre
l’exemple d’autres pays et reconnaître que les
maladies mentales et la santé mentale sont des priorités
pour la santé de tout pays!
L’ENTENTE-CADRE SUR L’UNION SOCIALE :
POSSIBILITÉS DE PARTENARIAT ENTRE LE
GOUVERNEMENT FÉDÉRAL ET LES PROVINCES
Au Canada, l’adoption de l’entente-cadre sur l’union
sociale en février 1999 a créé un espace où
les provinces et le gouvernement fédéral peuvent travailler
ensemble à des questions d’importance nationale. Cette
entente a peut-être mis fin à l’incapacité
longtemps déplorée d’instaurer une collaboration
nationale (fédérale-provinciale-territoriale) dans
l’élaboration de stratégies sur les questions
sociales et de santé. L’engagement pris dans l’entente-cadre
sur l’union sociale de s’attaquer à la tâche
en s’occupant d’abord des questions liées à
l’enfance et à la situation des personnes handicapées,
jumelé à la reconnaissance par les Canadiens et par
les gouvernements de la nécessité de réinvestir
dans la santé, offre une excellente occasion de faire cheminer
l’idée d’un programme d’action national
sur les maladies mentales et la santé mentale.
Le programme d’action
pour les enfants qui a été lancé par quelques
provinces est maintenant devenu une priorité appuyée
par toutes les provinces et le gouvernement fédéral
et s’inscrit à l’intérieur de l’entente-cadre
sur l’union sociale, ce qui permettra l’élaboration
d’une position nationale et d’un processus de mise en
œuvre.
D’autres secteurs
appellent aussi un leadership national, en partenariat avec les
provinces. Par exemple, après que les municipalités
et les agences communautaires ont demandé que l’on
agisse devant la crise des sans-abri, le gouvernement fédéral
a lancé l’Initiative de partenariat en action communautaire.
Cette initiative, à laquelle le gouvernement fédéral
consacre des sommes substantielles, vise à amener tous les
paliers de gouvernements et tous les partenaires à élaborer
les outils nécessaires pour combattre le problème
de l’itinérance et pour mettre en place tous les services
et le soutien dont les gens ont besoin pour passer d’une vie
d’itinérance à une vie plus stable et plus sûre.
La ministre Bradshaw a déclaré : « Les groupes
communautaires veulent que le gouvernement du Canada soit un partenaire
de l'effort national en vue d'éliminer l'itinérance.
Pour que cet effort porte fruit, tous les ordres de gouvernement,
le secteur privé et les organisations bénévoles
doivent travailler en partenariat. » (Ministre du Travail,
décembre 1999) Avant l’entente-cadre sur l’union
sociale, le gouvernement fédéral élaborait
en collaboration avec les provinces, les territoires et les intervenants
locaux des stratégies nationales sur différents aspects
importants de la santé, par exemple, le sida, la santé
des femmes et le tabagisme. Le Réseau de consultation fédéral-provincial-territorial,
qui est constitué de cadres supérieurs des services
de santé mentale de chaque province et territoire et qui
est en liaison avec le comité des ministres de la Santé,
peut aussi aider à faciliter la collaboration entre les différents
paliers de gouvernement afin de parvenir à élaborer
un plan d’action national sur les maladies mentales et la
santé mentale au Canada.
En s’appuyant sur
un leadership national, des partenariats provinciaux, un processus
de consultation réussi et le présent document de travail,
L’ACMMSM estime qu’il sera possible de concevoir et
de mettre en œuvre un plan d’action national coordonné
sur les maladies mentales et la santé mentale au Canada.
Il est possible de mettre en place une stratégie nationale
de la santé mentale -- qui se fait attendre depuis déjà
beaucoup trop longtemps -- sans empiéter sur les domaines
de compétence des différents paliers de gouvernement
dans les services de santé mentale et dans la mise en œuvre
des stratégies de promotion de la santé mentale.
III. CADRE D’INTERVENTION
INTRODUCTION
Le présent document
de travail constitue la première étape vers l’atteinte
d’un consensus sur l'élaboration d’un plan d’action
national sur les maladies mentales et la santé mentale. Les
représentants de L’ACMMSM se sont entendus sur le contenu
du document après être d’abord parvenus à
un consensus sur les valeurs fondamentales et une vision d’avenir
qui forment le fondement des stratégies d’intervention.
Un document sur ce consensus est présenté en annexe.
Chaque composante de
la présente section sur le cadre d’intervention inclut
un bref texte sur la situation actuelle et sur ce qu’il faut,
suivi de quelques suggestions sur les objectifs et les mesures proposées.
Ces objectifs et ces propositions de mesures visent à faciliter
la discussion, à stimuler l’émergence de nouvelles
idées et à construire un consensus au cours du processus
de consultation national. Nous vous invitons à ajouter vos
propres idées et vos observations.
A. ÉDUCATION
ET SENSIBILISATION DU PUBLIC
Objectif A1
Amoindrir la stigmatisation
associée aux maladies mentales dans la société
canadienne.
Mesures proposées
Élaborer une stratégie
publique nationale de sensibilisation comportant des initiatives
visant à :
• élaborer
des documents d’information sur la nature des maladies mentales
et leurs répercussions sur les personnes, sur leur famille
et sur la société canadienne, et élaborer des
programmes de diffusion de ces documents;
• encourager les ministères de l’Éducation
à intégrer les maladies mentales et la santé
mentale dans les programmes scolaires;
• faire participer les bénéficiaires de programmes
et de services d’hygiène mentale à l’élaboration
et à la mise en oeuvre des stratégies nationales;
• travailler en collaboration avec les membres du système
de justice afin de mieux les sensibiliser à la nature des
maladies mentales et de trouver des solutions de remplacement à
l’incarcération pour les individus atteints de maladies
mentales;
• en collaboration avec les représentants des médias,
offrir à la population des informations avisées et
mieux la sensibiliser à la maladie mentale, notamment à
sa prévention;
• créer un centre national d'information sur les maladies
mentales et la santé mentale.
Objectif A2
Sensibiliser la population
aux pratiques exemplaires appliquées dans le domaine des
maladies mentales et de la santé mentale en l'informant davantage
à ce propos.
Mesures proposées
• Élaborer
une campagne nationale destinée à mieux sensibiliser
la population au sujet des maladies mentales, des programmes et
services de santé offerts dans le domaine et des démarches
à suivre pour obtenir des aides et des soins appropriés.
• Créer et promouvoir un centre pluridisciplinaires
de conférenciers.
• Coordonner l'organisation d'une campagne nationale d'éducation
et de sensibilisation des Canadiens, qui permette de faire régulièrement
le point des politiques relatives aux maladies mentales et à
la santé mentale, des programmes en oeuvre dans le domaine
et des résultats obtenus.
• Lancer une campagne nationale destinée à sensibiliser
la population à la valeur de la santé mentale et du
bien-être psychologique.
B. CADRE NATIONAL D'ACTION
Au nombre des éléments
indispensables des entretiens devant aboutir à l'élaboration
du Plan national d'action, le cadre intergouvernemental d'action
ne doit pas primer les pouvoirs provinciaux, mais découler
plutôt d'un consensus entre tous les groupes d'intérêt,
notamment les différents ordres de gouvernement.
Objectif B1
Initiatives législatives
et politiques - Veiller à ce que les conséquences
sur les maladies mentales et la santé mentale soient prises
en compte lors de l'élaboration et de la mise en œuvre
de l'ensemble des politiques et mesures législatives fédérales.
Mesures proposées
Conformément aux dispositions prévues dans la Loi
canadienne sur la santé, autoriser un groupe de travail fédéral-provincial-territorial
(en collaboration avec un comité consultatif représentant
les groupes d'intérêt) à élaborer et
adopter des critères devant permettre d'évaluer les
conséquences sur les maladies mentales et la santé
mentale des politiques et mesures législatives nouvelles
et existantes.
Objectif B2
Lignes directrices nationales,
critères et reddition de comptes - Définir les résultats
visés par le programme de promotion de la santé mentale
et prévoir des lignes directrices ou critères devant
permettre de les obtenir.
Des lignes directrices
ou critères peuvent être élaborés dans
le respect des compétences provinciales en matière
de santé tout en veillant à donner aux Canadiens,
où qu'ils vivent et quelle que soit leur situation financière,
un accès égal aux programmes et services communautaires
et professionnels, au vu des traditions et des besoins locaux.
Mesures proposées
• Élaborer
des lignes directrices définissant la participation des groupes
d'intérêt (consommateurs, familles, prestataires de
services) pour leur assurer une voix au chapitre des programmes
et des politiques relatifs aux maladies mentales et à la
santé mentale.
• Élaborer des lignes directrices garantissant la mise
en place de services et d’appuis adaptés aux besoins
de la collectivité.
• Élaborer des lignes directrices garantissant le recours
aux pratiques exemplaires pour le traitement des maladies mentales
et la mise en œuvre de programmes de promotion et de prévention
en matière de santé mentale.
• Élaborer des directives ou des objectifs pour la
recherche, l'évaluation et l'innovation.
• Élaborer des lignes directrices ou des critères
nationaux garantissant l'accès aux services de traitement
des maladies mentales et aux programmes de promotion de la santé
mentale, conformément aux dispositions de la Loi canadienne
sur la santé.
• Dans un rapport national, faire régulièrement
le point des services de santé mentale assurés par
les provinces et des lois provinciales appropriées et de
leur application.
• Encourager le recours aux systèmes d'accréditation
pour mesurer le degré d'observation des pratiques, lignes
directrices et critères les meilleurs.
• Élaborer des lignes directrices pour les stratégies
de promotion de la santé mentale auprès des Canadiens.
• Évaluer la mesure dans laquelle les programmes de
santé publique font la promotion de la santé mentale.
Objectif B3
Intégration et
collaboration - Favoriser les partenariats et la coopération
pour améliorer les services de santé et les actions
de promotion de la santé mentale.
Mesures proposées
• Favoriser la
coordination des politiques en œuvre, tel que le recommande
le document intitulé « La Santé mentale des
Canadiens : vers un juste équilibre » (1988).
• Harmoniser les politiques relatives aux services de soins
des maladies mentales et aux stratégies de promotion de la
santé mentale dans tous les ordres de gouvernement.
• Promouvoir la formation de partenariats pluridisciplinaires
entre les professionnels de santé et les spécialistes
des maladies mentales et de la santé mentale, notamment :
i. offrir des incitatifs favorables aux partenariats entre les professionnels
de la santé mentale, les soignants, les consommateurs, les
familles et les services de soutien à la communauté,
aux fins de la planification et de la mise en place des programmes
et services de maladies mentales et de santé mentale;
ii. conclure avec les agences communautaires des accords de partage
concernant le coût de certains services déterminés;
iii. promouvoir la participation de la collectivité à
la planification et à la mise en place des programmes et
services de maladies mentales et de santé mentale.
Objectif B4
Participation des consommateurs
et des familles - Renforcer la participation des consommateurs et
des familles à l'élaboration des politiques nationales
relatives aux services offerts aux personnes atteintes de maladies
mentales et à la promotion de la santé mentale.
Mesures proposées
• Créer
un groupe consultatif fédéral, ou un groupe d'experts,
qui réunira les familles et les consommateurs pour leur permettre
une participation régulière à l'élaboration
des différentes composantes des politiques fédérales
relatives aux maladies mentales et à la santé mentale.
• Établir des lignes directrices qui favorisent la
participation des groupes d'intérêt à l'élaboration
de la politique en matière de santé mentale.
• Déterminer les ressources complémentaires
nécessaires à une participation efficace des consommateurs
et des familles à l'élaboration de la politique en
matière de santé mentale.
• Organiser des tables rondes réunissant les autorités
fédérales, provinciales, territoriales et autochtones,
les consommateurs et les familles pour préciser les objectifs
visés ou les critères à respecter.
Objectif B5
Promotion de l'entraide
- Le gouvernement fédéral reconnaît l'entraide
des consommateurs et des familles comme une ressource importante
et vitale pour la santé mentale.
Mesures proposées
• Élaborer
des directives fédérales destinées à
assurer aux familles et aux consommateurs de recevoir l'aide voulue
pour la mise en place de groupes et d'organisations communautaires.
• Donner suite aux recommandations formulées dans les
rapports sur les pratiques exemplaires (1997) concernant l'entraide
au niveau des familles et des consommateurs.
• Élaborer des directives pour l'utilisation efficace
des mécanismes préconisés pour les pratiques
exemplaires et destinés à élargir les connaissances
et le savoir-faire des consommateurs et des familles.
Objectif B6
Modèles novateurs
pour la prestation de services -- Au moyen de la diffusion d'information
sur les pratiques exemplaires, encourager et faciliter l'essai et
la promotion de services à la fois nouveaux et novateurs
pour les maladies mentales et la santé mentale.
Mesures proposées
• Appuyer l’élaboration,
la mise en œuvre et l'évaluation de formules novatrices
pour la prestation de services destinés aux personnes souffrant
de maladies mentales, et pour la promotion de la santé mentale.
• Vérifier l'utilité et encourager l'élaboration,
la mise en œuvre et l'évaluation des approches nouvelles
à la collaboration interdisciplinaire et formuler des recommandations
sur les changements requis. (Voir « Shared Care », Kates
et coll., octobre 1997). Envisager des moyens novateurs pour rémunérer
les psychiatres, modifier les tarifs provinciaux d'honoraires pour
rémunérer les médecins de famille, psychiatres,
infirmiers cliniciens, et autres, pour les services rendus n’exigeant
pas la prestation de soins directs, et prévoir des incitatifs
destinés à encourager les médecins de famille
à consacrer du temps aux malades manifestant des problèmes
psychiatriques complexes et autres problèmes affectifs.
Objectif B7
Ressources humaines - Élaborer un plan national énonçant
les ressources humaines nécessaires jusqu’à
2005 pour la promotion de la santé mentale et le traitement
des maladies mentales.
Mesures proposées
• Mettre en place
un groupe de travail plurilatéral, qui rendra compte au comité
consultatif fédéral, provincial et territorial chargé
des services de santé et qui aura pour mission d'élaborer
un plan national faisant état des ressources humaines nécessaires
pour la promotion de la santé mentale et le traitement des
maladies mentales au Canada, pour offrir aux Canadiens en la matière
des services professionnels et de grande qualité. À
titre d'exemple :
i) déterminer
le nombre actuel au Canada des agents de la santé mentale
(professionnels et non professionnels);
ii) définir les besoins en ressources humaines pour la santé
mentale pour les 25 années à venir;
iii) formuler des recommandations détaillées concernant
le plan national relatif aux ressources humaines pour les agents
de la santé mentale (professionnels et non professionnels);
iv) élaborer à l’intention des agents de santé
mentale sur le terrain des normes ou lignes directrices régissant
la formation et l'expérience de base, le nombre et la complexité
des cas à traiter;
v) intégrer les consommateurs de services de santé
mentale dans l'éducation et la formation des agents de santé
mentale.
• Créer un groupe de travail national chargé
de passer en revue et formuler des recommandations sur les moyens
d'améliorer la formation et les connaissances en matière
de stratégies d'intervention en santé mentale, notamment
les approches pluridisciplinaires et les stratégies efficaces
de promotion de la santé mentale. Ce groupe de travail sera
également chargé de la surveillance ou du pilotage
ultérieurs de ces recommandations. Il vérifiera notamment
:
i) si les questions ayant trait à la santé mentale
et à sa promotion figurent dans les cours de formation de
tous les professionnels de la santé;
ii) si les programmes d'éducation permanente offrent des
cours intégrés de formation à la promotion
de la santé mentale;
iii) si les étudiants sont exposés à des pratiques
exemplaires;
iv) si la formation universitaire de premier cycle, consacrée
à la promotion de la santé mentale et à la
prévention, est offerte dans les programmes d'étude
en santé dispensés dans les collèges et universités,
et autres programmes connexes de formation et de travail social;
v) si des possibilités de formation interdisciplinaire concertée
sont offertes (au niveau du premier et du deuxième cycles
d'études universitaires et de l'éducation permanente).
C. LA RECHERCHE
Les fonds consacrés à la recherche en santé
mentale au Canada ne comptent que pour 5 p. 100 des fonds alloués
à la recherche dans le domaine de la santé en général;
pourtant, les maladies mentales touchent directement 20 p. 100 de
la population. La coordination entre les différents organismes
finançant la recherche est inexistante, et il n’a pas
été envisagé de programme précis de
recherche sur les maladies mentales et la santé mentale.
Seuls quelques établissements de recherche privés
ou des organisations ou fondations communautaires financent la recherche
sur les maladies mentales et la santé mentale, et les universités
préfèrent généralement investir les
subventions reçues dans la recherche sur la santé
et les maladies physiques. Comme le font observer les porte-parole
d'autres secteurs de recherche, le Canada doit faire davantage pour
encourager l'intérêt et la carrière de ses jeunes
chercheurs et la communauté des chercheurs en général
au pays. Cela se révèle particulièrement utile
pour la recherche sur la santé mentale et les maladies mentales,
laquelle ne bénéficie que d'un soutien fragmentaire
et nettement insuffisant. Nous devons nous fixer des objectifs plus
élevés pour les financements à réunir
aux fins de la recherche dans ce domaine, de façon à
mieux refléter le fardeau que représentent les maladies
mentales, et à montrer de quelle façon l'amélioration
des connaissances et des pratiques peut bénéficier
à la santé publique et promouvoir la santé
mentale.
Objectif C
Élaborer un programme
national de recherche et contribuer à sa mise en œuvre.
Mesures proposées
• Sous l'égide
des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), créer
un institut canadien de recherche sur les maladies mentales et la
santé mentale qui sera chargé de coordonner la recherche
sur les maladies mentales et la santé mentale et mobiliser
les financements appropriés.
• Définir annuellement les priorités de la recherche
sur les maladies mentales et la santé mentale. Encourager
les chercheurs et les bailleurs de fonds à s'y intéresser
plus activement.
• Surveiller annuellement les niveaux des financements destinés
à la recherche sur les maladies mentales et la santé
mentale au Canada.
• Favoriser la mise en place de réseaux intersectoriels
de collaborateurs en recherche.
Objectif C2
Mettre en place une stratégie
d'éducation et de sensibilisation de la population pour mobiliser
le soutien financier nécessaire à la poursuite de
recherches utiles.
Mesures proposées
• Faciliter la
mise en œuvre de stratégies de communication et, notamment,
la publication d'un bulletin national qui fera le point sur tous
les aspects de la recherche effectuée au Canada.
• Faciliter l'élaboration et la diffusion d'un rapport
annuel sur la recherche.
Objectif C3
Renforcer le secteur
des contributions volontaires pour apporter la preuve de l'engagement
unifié et du soutien accordé à la recherche
sur les maladies mentales et la santé mentale.
Mesures proposées
• Créer un organisme qui coordonnera la mobilisation
des financements nécessaires aux fondations de recherche
pour poursuivre leur activité dans le domaine des maladies
mentales et de la santé mentale.
• Collaborer avec les fondations et les établissements
universitaires pour l'organisation de campagnes annuelles de collecte
de fonds spécifiquement pour financer la recherche sur les
maladies mentales et la santé mentale.
Objectif C4
Augmenter le nombre des
chercheurs se consacrant à la recherche sur les maladies
mentales et la santé mentale.
Mesures proposées
• Définir,
renforcer et soutenir les programmes de formation à la recherche
en mettant en place des programmes de soutien scientifique, des
bourses d'étude et des programmes de soutien au niveau des
premier et deuxième cycles d'études universitaires.
• Encourager les chercheurs communautaires et promouvoir la
création d'une récompense annuelle pour la recherche
communautaire sur les maladies mentales et la santé mentale.
Objectif C5
Instaurer au Canada un
environnement plus favorable à la recherche sur les maladies
mentales et la santé mentale.
Mesures proposées
• Organiser un
symposium scientifique annuel qui présentera les dernières
avancées de la recherche sur les maladies mentales et la
santé mentale.
• Recommander aux bailleurs nationaux et provinciaux d'affecter
une bonne partie de leurs financements à la recherche sur
les maladies mentales et sur la santé mentale.
• Encourager les universités à affecter des
financements plus importants à la recherche sur les maladies
mentales et la santé mentale.
• Favoriser l'instauration de partenariats et de réseaux
intersectoriels dans tous les domaines et les secteurs de la recherche.
Objectif C6
Veiller à ce que
la recherche sur les maladies mentales et la santé mentale
soit prise en compte lors de l'élaboration des politiques
concernant tous les domaines de la santé.
Mesures proposées
• Veiller à
ce que les chercheurs s'intéressant aux maladies mentales
et à la santé mentale précisent, comme préalable
à leur obtention de financements, les conséquences
de leurs découvertes sur les politiques.
• Favoriser la diffusion des résultats des recherches
effectuées dans le domaine de la santé et des maladies
mentales à l'intention des décideurs.
Objectif C7
Accroître la participation des consommateurs, des autres intervenants
et de leurs organismes d'attache ainsi que des organismes bénévoles
face au développement, à l’exploitation et à
la diffusion des connaissances tirées de la recherche approfondie
en matière de santé et de maladies mentales.
Mesures proposées
Mettre au point et appuyer
à l’échelle nationale une stratégie de
recherche participative axée sur les consommateurs et leur
famille et portant sur les méthodes cliniques et non médicales
visant à aider la guérison et à maintenir le
bien-être.
D. SYSTÈME D’INFORMATION SUR LES DONNÉES
NATIONALES
Le Canada ne dispose
actuellement pas d’une base de données qui pourrait
lui permettre de définir précisément à
la fois l’incidence et le taux de prévalence de la
maladie mentale, de mesurer le niveau de santé mentale des
Canadiens et d’aider à évaluer les politiques,
programmes et services en place en matière de santé
et de maladies mentales. Nous devons recueillir et colliger des
données (système de surveillance) qui respectent la
confidentialité et mettre au point un système assurant
la reddition de comptes (fiche de rapport). Ces renseignements recueillis
à l’échelle nationale permettraient au gouvernement
d’exercer un contrôle périodique (p. ex., annuellement)
et de rédiger un rapport évaluant notre capacité
à répondre aux besoins des personnes atteintes d’une
maladie mentale et à promouvoir la santé mentale des
Canadiens. Par la suite, ce processus de rapport permettrait de
faire connaître les politiques et programmes existant aux
niveaux national, provincial, régional et local. Il permettrait
également d’assurer que les renseignements recueillis
sont diffusés largement et que tous ceux qui en ont besoin
y ont accès.
Objectif D1
Mettre au point un programme
national de contrôle de la santé publique, en collaboration
avec d’autre intervenants, dont le Laboratoire de lutte contre
la maladie (LLCM).
Mesures proposées
• Établir
des points de repère ou des normes pour la cueillette de
données sur la santé et la maladie mentales et tenant
compte des dispositions relatives à la confidentialité.
• Mettre au point un cadre pour la cueillette de renseignements
et la préparation de rapports sur la santé et la maladie
mentales au Canada.
• Améliorer la coordination de la cueillette de renseignements
dans toutes les régions et les provinces du Canada.
• Appuyer activement le programme national de sensibilisation
et d’éducation publique en vue de fournir des analyses
sélectives des politiques et programmes en matière
de santé et de maladie mentales et des résultats portant
sur les Canadiens.
IV. CONCLUSION
On commence à
peine à reconnaître que les groupes d’entraide
contribuent de façon positive au processus du rétablissement
et de la guérison et à l’état de santé
mental en temps de crise et qu'ils aident réellement les
personnes atteintes d’une maladie chronique à faire
face à la situation. Qu’ils regroupent des bénéficiaires
de soins, des familles, des dispensateurs de services de première
ligne ou des groupes communautaires ou professionnels, les organismes
bénévoles qui s’occupent principalement de la
santé mentale et des maladies mentales constituent une importante
source d’information.
On définit généralement
la société civile comme étant une sphère
sociale extérieure au gouvernement et au secteur privé
qui réunit des groupes ou associations de personnes formées
pour répondre aux préoccupations de leurs membres.
Selon les organismes non gouvernementaux (ou ONG),« pour construire
la société civile, les citoyens doivent travailler
en partenariat avec le gouvernement et les entreprises à
tous les niveaux de la société ». Bon nombre
d’ONG jouent le rôle de liens, de facilitateurs et de
catalyseurs du changement dans le but de promouvoir les intérêts
des groupes dits marginalisés. Ils encouragent les gens dans
les dossiers qui leur importent, s’engagent à prendre
des mesures, adoptent de nouvelles idées et des solutions
à des problèmes communs et cherchent à obtenir
l’appui du public face à des actions et décisions
collectives. (Burbidge, 1997; Conseil canadien pour la coopération
internationale, 1996).
Le ACMMSM est l’un
des cinq ONG qui représentent toute une gamme de perspectives
et de rôles dans le domaine du traitement des maladies mentales
et de la promotion de la santé mentale et qui se sont réunis
pour promouvoir les intérêts des Canadiens aux prises
avec une maladie mentale, de leur famille et des prestataires de
soins et pour défendre le principe qui veut que tous les
Canadiens ont droit à une bonne santé mentale. Aujourd’hui
au Canada, bon nombre de personnes atteintes d’une maladie
mentale vivent dans un état de désespoir, de crainte
et de douleur. Nous savons que les Canadiens seraient inquiets s’ils
connaissaient la gravité de la situation. Nos gouvernements
connaissent les questions en cause, mais ils n’accordent pas
une très grande priorité aux questions relatives à
la maladie et à la santé mentales.
Nous tentons de mettre
au point un processus coopératif qui serait appuyé
par le gouvernement à l’image des stratégies
générales adoptées par le gouvernement et les
divers intervenants qui ont permis de combattre la réaction
initiale de crainte face au VIH et au SIDA. Nous savons ce qui doit
être fait et nous savons même comment le faire! Toutefois,
nous devons pouvoir compter sur la volonté politique et l’aide
du gouvernement pour y arriver.
Le présent document
cadre sert de base à notre cheminement en vue d’atteindre
un consensus national dans ce domaine. Nous avons besoin de savoir
ce que vous pensez de notre travail. Nous avons besoin de vos commentaires
positifs. Nous vous demandons de nous aider et de nous faire part
de vos commentaires sur notre APPEL À L'ACTION. Nous avons
besoin de vos idées. Nous avons besoin de votre aide!
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