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Le CIPH et d’autres
formes de soutien des familles
20 novembre 2001
Présentation
au Sous comité sur la condition des personnes handicapées
du Comité permanent du développement des ressources
humaines et de la condition des personnes handicapées
Association canadienne
pour l’intégration communautaire
Université York,
édifice Kinsmen
4700, rue Keele
Toronto (Ontario)
M3J 1P3
Téléphone : (416) 661-9611
Télécopieur : (416) 661-5701
Introduction
De nombreuses familles au Canada mènent une lutte quotidienne
pour répondre aux besoins fondamentaux des personnes qui
sont à leur charge. Outre les besoins financiers auxquels
elles doivent répondre au même titre que les autres
familles, il leur faut supporter les dépenses de santé
qu’exigent les soins qu’elles prodiguent à une
personne handicapée. Le gouvernement recourt à divers
moyens pour alléger quelque peu le fardeau financier des
familles qui sont dans cette situation, et l’un d’eux
est l’assistance fondée sur le régime fiscal.
La Loi de l’impôt sur le revenu exige que les personnes
handicapées et leurs familles soient traitées de façon
équitable et juste dans le contexte du régime fiscal
du Canada. Le crédit d’impôt pour personnes handicapées
(CIPH) est un crédit à taux fixe accordé aux
personnes ayant « une déficience mentale ou physique,
grave et prolongée » dans la mesure où elle
restreint « de façon marquée » leur «
capacité d’accomplir une activité courante de
la vie quotidienne » (Loi de l’impôt sur le revenu,
art. 118.3). En 1999, 400 000 Canadiens bénéficiaient
du CIPH.
Dernièrement,
l’Agence des douanes et du revenu du Canada (ADRC) a envoyé
une lettre-formulaire à environ 75 000 Canadiens déjà
enregistrés aux fins du CIPH. Dans sa lettre, elle demande
aux bénéficiaires d’accomplir à nouveau
les formalités requises pour établir leur admissibilité
au CIPH, afin de continuer de bénéficier du crédit
d’impôt. L’ADRC prétend faire une vérification
des revenus. La nature restrictive de cette vérification
traduit la lourdeur administrative de la gestion du CIPH par l’Agence.
Il ne fait aucun doute que des milliers de Canadiens ne seront plus
admissibles au CIPH, à l’issue de cette mesure de contrôle.
Et parmi eux, nombreux sont ceux qui auraient encore besoin du crédit
d’impôt. Des ressources devraient être libérées
pour venir en aide aux personnes qui sont à leur charge.
Les besoins des
familles et de leurs membres
C’est l’accumulation des dépenses médicales
directes et indirectes qui amène les personnes handicapées
et leurs familles à mener une lutte quotidienne pour répondre
aux autres besoins fondamentaux que sont le logement et l’alimentation.
En 1991, 34 p. 100 des adultes handicapés déboursaient
des frais qui n’étaient remboursés par aucun
programme public ni aucun régime privé. Une étude
menée par le ministère des Finances en 1991 sous le
titre Crédit pour personnes handicapées : Évaluation
de l’expérience récente a révélé
que les personnes handicapées déboursaient environ
1 160 $ par an.
D’après
les recherches menées par l’Institut Roeher, qui s’est
appuyé sur l’Enquête sociale générale,
cycle 11, 2,253 millions de personnes ont aidé des membres
de leur famille à accomplir les activités de la vie
quotidienne en raison d’un handicap, en 1996. Du nombre de
personnes ayant apporté leur aide, 1,658 million ont déclaré
le nombre d’heures consacrées à cette aide,
pendant l’année de base. En moyenne, l’aide fournie
a représenté 316 heures par an. La valeur totale de
l’aide fournie par des membres de la famille, en dollars courants,
représente environ 8,3 milliards de dollars. Parmi les personnes
dans cette situation, nettement plus d’un million d’entre
elles absorbaient d’autres frais pour venir en aide à
des membres handicapés de leur famille. Selon 358 000 personnes
dans ce cas, une bonification des mesures d’allégement
financier serait fort bien accueillie.
Le père d’un
enfant handicapé ne s’est pas gêné pour
établir la liste des problèmes auxquels lui et sa
famille se heurtent en raison d’un manque de soutien (financier
ou autre) relativement à son fils : « Ne peut travailler;
vendu la maison; dépenses médicales non admises par
Revenu Canada ». Christine LeClair, mère d’un
enfant handicapé vivant en Ontario, a adressé le message
suivant à l’ACIC : [traduction] « Les familles
à faible revenu ou les familles prestataires de l’aide
sociale qui ne bénéficient pas d’un logement
subventionné par l’Ontario, et doivent répondre
aux besoins spéciaux d’un enfant, devraient bénéficier
d’une mesure de soutien lorsque leur loyer augmente. »
Elle a insisté sur le fait que le gouvernement devrait «
mettre davantage de ressources financières à la disposition
des personnes prestataires de l’aide sociale qui doivent répondre
aux besoins spéciaux d’un enfant ». Au Canada,
des centaines de milliers de familles se débattent pour trouver
les moyens financiers d’offrir une vie normale à leurs
enfants. Le besoin est criant.
Le crédit
d’impôt pour personnes handicapées et l’admissibilité
à celui ci
On peut lire sur le formulaire pour le crédit d’impôt
pour personnes handicapées : « Vous avez une déficience
mentale ou physique grave qui vous limite de façon marquée
dans une activité courante de la vie quotidienne et votre
déficience est prolongée ». L’expression
« limité de façon marquée » signifie
que « si, même à l’aide d’appareils
appropriés, de médicaments ou en suivant une thérapie
(autres que des soins thérapeutiques essentiels au maintien
de la vie), vous êtes toujours ou presque toujours incapable
d’exécuter, ou vous prenez un temps excessif pour exécuter,
une activité courante de la vie quotidienne ».
Le formulaire donne ensuite
une liste des activités courantes de la vie quotidienne :
• Marcher
• Parler
• Percevoir, réfléchir et se souvenir
• Entendre
• Se nourrir et s’habiller
• Éliminer les déchets du corps humain
L’ADRC a toujours
interprété les critères énoncés
dans la Loi de l’impôt sur le revenu d’une manière
extrêmement restrictive. Le formulaire de 2001, auquel on
a apporté des modifications encore plus restrictives, ne
fera que réduire l’application du crédit; en
conséquence, un grand nombre de personnes handicapées
dont les conditions justifiant leur droit au CIPH n’ont pas
changé, n’y seront plus admissibles. La façon
de plus en plus restrictive dont l’ADRC interprète
l’admissibilité au CIPH est alarmante. Les tribunaux
ont par contre adopté une approche libérale quant
à l’interprétation du CIPH en soulignant que
sa raison d’être est fonction des besoins, écartant
les problèmes administratifs qui semblent engloutir l’ADRC.
La Cour suprême a sérieusement reproché à
l’ADRC, à plusieurs reprises, le traitement bureaucratique
qu’elle réserve au processus d’admissibilité
au CIPH. Dans son ouvrage Disability and the Federal Income Taxe
Act, David Duff donne plusieurs exemples de situations dans lesquelles
les tribunaux ont trouvé que l’ADRC faisait fausse
route sur le plan administratif, ce qui l’amenait à
mal interpréter la politique énoncée dans la
Loi de l’impôt sur le revenu. Il est manifeste que la
politique sous jacente à la Loi de l’impôt sur
le revenu est interprétée de façon non équitable
par l’ADRC.
Le combat des
familles pour être admissibles au CIPH
Bien que de façon générale les tribunaux se
prononcent en faveur des plaignants, ce ne sont pas toutes les familles
ni toutes les personnes qui ont les moyens, financiers ou autres,
de recourir au processus d’appel intégral.
Une mère de famille,
dont le fils est atteint du syndrome d’alcoolisation fœtale,
a décrit la lutte qu’elle menait pour essayer d’avoir
droit au CIPH pour son fils. Celui ci est régulièrement
en proie à des accès de violence et d’excentricité
qui l’amènent à causer de nombreux dommages
aux biens de sa famille et aux biens d’autrui, qui occasionnent
des dépenses. Elle prétend qu’elle ne peut laisser
son fils seul car il est incapable de prendre soin de lui. Son médecin
de famille, qui comprend les besoins de l’enfant et de la
famille, a rempli le formulaire pour le crédit d’impôt
pour personnes handicapées de bonne foi et attesté,
en sa qualité de médecin qualifié, la légitimité
de la demande. L’agent de l’ADRC avec lequel elle a
parlé au téléphone lui a dit de ne pas prendre
la peine d’envoyer le formulaire car son fils était
capable de prendre soin de lui, d’après l’interprétation
rigide des lignes directrices de l’ADRC concernant l’admissibilité
au crédit. La famille pourrait avoir de solides arguments
contre l’ADRC, mais la mère de l’enfant a exprimé
un sentiment trop souvent éprouvé par les personnes
qui prennent soin d’un membre handicapé de leur famille.
Voici ce qu’elle dit : [traduction] : « C’est
un autre combat dont je n’ai pas besoin. J’ai déjà
suffisamment de problèmes à résoudre comme
ça. » La personne entretient des relations très
étroites avec l’Association pour l’intégration
communautaire de sa collectivité. Elle est donc informée,
mais dans son rôle de mère, elle n’est tout simplement
pas en mesure de mener une autre lutte.
Dans certains cas, les
personnes décident de se battre. Il s’agit habituellement
de situations exceptionnelles au sens où la famille a accès
à un avocat fiscaliste, à un comptable ou à
quelqu’un d’autre qui connaît bien le système.
L’ACIC a reçu le courriel suivant d’un membre
de son bureau de l’Alberta la semaine dernière : [traduction]
: « Je viens de parler à un collègue de Devon
qui m’a dit être un enquêteur supérieur
retraité de Revenu Canada. Il y a quelques années,
son fils de 30 ans a eu un grave traumatisme crânien qui l’a
rendu incapable de prendre soin de lui. Il a essayé de faire
des demandes d’admissibilité à divers crédits
d’impôt pour personnes handicapées et, bien sûr,
ses demandes ont été refusées. Étant
donné son expérience et sa connaissance du système,
il était révolté et a donc décidé
de se battre. Il m’a dit que la plupart des demandes finissaient
par être abandonnées tout simplement parce que les
demandeurs (contribuables) étaient fatigués de se
battre et ne poursuivaient pas leur démarche, et c’est
que ce Revenu Canada espérait. D’après lui,
c’est une mesure d’économie - “ durcissez
la lutte; ils reviendront sur leur position, ce sera une demande
de moins à approuver ”. »
Conclusion
La restriction « uniquement si, même à l’aide
d’appareils, de médicaments ou en suivant une thérapie,
votre patient est toujours ou presque toujours incapable de percevoir,
de réfléchir ou de se souvenir » ne semble pas
être une restriction qui tient vraiment compte du besoin de
la personne qui fait la demande de crédit. Ce ne sont pas
uniquement les familles et les groupes de défense qui éprouvent
des difficultés concernant le formulaire pour le crédit
d’impôt pour personnes handicapées. De nombreux
médecins estiment que les questions sont mal formulées
pour évaluer les besoins d’une personne handicapée.
Un médecin a indiqué qu’il remplissait le formulaire
avec ses patients, afin de pouvoir mieux comprendre la véritable
nature de leurs besoins. Bien souvent, le formulaire pour le crédit
d’impôt pour personnes handicapées ne permet
pas de saisir parfaitement les besoins des personnes handicapées.
Le CIPH est conçu pour faciliter quelque peu la vie des personnes
handicapées. Les rouages administratifs du CIPH devraient
illustrer le thème de la politique sociale que le crédit
était censé faire valoir.
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