Le Comité a activement cherché à obtenir le point de vue de particuliers et de groupes, et il a recueilli les observations de toutes les parties intéressées. Dès le début de nos délibérations, nous avons décidé de ne pas tenir daudiences publiques en bonne et due forme. Ce choix sexplique par le fait que les organismes de la collectivité des personnes handicapées sont habituellement confrontés à dimportantes contraintes de temps et de ressources, et quils avaient été consultés récemment par le gouvernement fédéral, en particulier au sujet du crédit dimpôt pour personnes handicapées.
Nous avons plutôt décidé de nous baser sur les consultations exhaustives menées antérieurement par divers ministères, groupes de travail et comités. En particulier, nous nous sommes appuyés sur les travaux du Sous-comité du Comité permanent du développement des ressources humaines et de la condition des personnes handicapées, qui avait entrepris en 2001 un examen concernant le crédit dimpôt pour personnes handicapées.
Le Sous-comité a reçu des présentations des principales organisations professionnelles et de personnes handicapées denvergure nationale. Dans un premier temps, nous avons demandé au Sous-comité la permission dobtenir et dafficher publiquement ces présentations sur notre site Web (www.impot-handicapes.ca). Nous avions créé ce site Web de manière à pouvoir partager linformation et à assurer la transparence de nos travaux, et pour afficher les points de vue recueillis.
Nous avons ensuite écrit à ces mêmes organisations pour leur signaler notre intention dutiliser les présentations et les observations quelles avaient soumises au Sous-comité parlementaire, en leur offrant la possibilité de mettre à jour ou détoffer ces observations.
Pour compléter cette base dinformation substantielle, nous avons acheté de la publicité dans la revue Abilities et avons écrit à quelque 400 groupes de personnes handicapées et associations professionnelles pertinentes. Nous les avons invités à faire des présentations au Comité et à examiner celles déjà affichées sur notre site Web. Nous avons recueilli les observations additionnelles quils nous ont soumis.
Nous estimions que cette démarche allégerait le fardeau des organismes de personnes handicapées tout en leur donnant pleinement loccasion de nous communiquer leurs préoccupations et leurs problèmes. En réponse à notre lettre, nous avons reçu 31 autres présentations pendant la durée de notre mandat, soit un total de 49 présentations. Toutes les présentations, sauf les observations relatives à des problèmes personnels et jugées confidentielles, ont été affichées sur notre site Web pendant le déroulement des travaux du Comité. On trouve à lannexe 2 la liste des organisations et des particuliers qui ont soumis des présentations au Comité.
Afin détoffer les enjeux relevés par les diverses organisations, le Comité a commandé plusieurs travaux de recherche et rencontré certains experts. Ces travaux sont décrits à lannexe 3. Outre les présentations et documents dinformation, le Comité sest penché sur les nombreux rapports gouvernementaux au sujet des personnes handicapées parus depuis 1981, Année internationale des personnes handicapées. Les membres du Comité ont effectué des travaux de recherche détaillés et ont rédigé de nombreux rapports à des fins de discussion.
Compte tenu de léventail et de la complexité des mesures fiscales, notre examen a nécessité beaucoup de temps et defforts. Les enjeux sont complexes et nous avons consacré des heures et des mois à débattre les mesures actuelles et les réformes possibles. Dans le cadre de nos délibérations, nous avons reçu une aide et des données très valables de la part de fonctionnaires du ministère des Finances et de lAgence du revenu du Canada. Toutefois, les conclusions ne représentent que les vues du Comité, dans la poursuite de son objectif de fournir une opinion indépendante sur les questions quil a examinées.
Pour en arriver à nos décisions, nous avons gardé à lesprit les deux grands volets de notre mandat : accroître léquité du régime fiscal pour les personnes handicapées tout en tenant compte des ressources financières disponibles1. Nous avons interprété ce mandat de la façon suivante.
Nous avons dabord examiné un vaste éventail de mesures envisageables pour ensuite mettre au point une série de recommandations visant à accroître léquité du régime fiscal tant au niveau de politique quadministratif. À notre avis, les modifications que nous proposons améliorent sensiblement le système actuel. Elles constituent dimportantes mesures en soi même si nous estimons que, désormais, le financement additionnel prévu pour les personnes handicapées devrait être acheminé par lentremise de programmes de dépenses. Nous formulons une recommandation en ce sens dans le dernier chapitre du rapport.
Nous avons ensuite établi lordre de priorité de nos recommandations. Le Comité reconnaît que dautres mesures peuvent être adoptées afin daccroître léquité fiscale et délargir léventail des programmes pour personnes handicapées. Nous savons toutefois quil faudra faire des choix parmi une vaste gamme dinvestissements susceptibles dêtre importants. Nous avons donc passé beaucoup de temps à débattre les options afin dorienter le gouvernement quant à nos préférences et priorités relativement à ces choix.
Nos recommandations mettent laccent à dessein sur les modifications qui peuvent être apportées dans le cadre de lactuel régime fiscal afin daccroître léquité et le caractère adéquat de plusieurs dispositions clés. Nous avons fait suivre ces recommandations de réflexions sur les limitations du régime fiscal afin de répondre aux préoccupations relatives aux déficiences, dans le contexte du soutien total que la société accorde aux personnes handicapées. Nous présentons certaines observations qui pourront contribuer à de futurs progrès dans ce vaste domaine.
Les nombreux travaux qui ont été menés au Canada au sujet des personnes handicapées établissent certains principes clés qui ont influencé notre réflexion. Ainsi, en 1996, le Groupe de travail fédéral concernant les personnes handicapées, présidé par lhonorable Andy Scott, a posé les hypothèses suivantes qui ont orienté ses travaux, particulièrement à légard des coûts que doivent assumer les personnes handicapées2. Plusieurs groupes, dont le Conseil des Canadiens avec déficiences, ont rappelé ces éléments dans leurs présentations au Sous-comité parlementaire.
Les personnes handicapées qui désirent mener des activités normales doivent engager des dépenses extraordinaires;
certains coûts sont généraux et intangibles et d'autres peuvent être justifiés par des reçus;
le fait dintégrer ces coûts au régime fiscal ne constitue pas un don de charité, mais un traitement équitable;
le fait dintégrer ces coûts au régime fiscal devrait favoriser l'embauche de personnes handicapées plutôt quy nuire;
les coûts liés aux incapacités sont plus lourds pour les personnes qui ont un revenu limité;
ces coûts ne sont pas payés uniquement par les personnes qui ont un revenu imposable.
Nos travaux se sont inspirés à la fois de ces hypothèses et des objectifs qui suivent. Nous avons visé léquité du régime fiscal sans égard à la nature de la déficience. Nous avons cherché des solutions qui appuieraient lindépendance et lauto-suffisance dans les domaines des études, de lemploi et de la participation à la vie communautaire. Nous avons reconnu limportance de soutenir les aidants naturels denfants gravement handicapés. Nos efforts ont porté sur les personnes réputées avoir les plus grands besoins.
Nos 24 recommandations en vue de la réforme des mesures fiscales pour les personnes handicapées tombent sous trois grands thèmes axés sur linstauration dun régime fiscal plus équitable et plus sensible aux besoins des personnes handicapées. Nous proposons dabord des modifications afin de préciser le cadre législatif et linterprétation du crédit dimpôt pour personnes handicapées, et den améliorer ladministration. Le deuxième groupe de propositions met surtout laccent sur les dépenses propres à une déficience et, en particulier, sur diverses mesures fiscales qui permettent aux personnes handicapées de poursuivre des études, de suivre une formation ou doccuper un emploi. Le troisième groupe de recommandations a pour objet daméliorer les mesures fiscales qui tiennent compte des coûts additionnels de la prestation de soins.
Le premier thème propose des modifications du crédit dimpôt pour personnes handicapées, la principale mesure fiscale qui concerne les dépenses des personnes handicapées qui, soit ne sont pas apparentes, soit ne peuvent être détaillées. Nos propositions à légard du crédit dimpôt pour personnes handicapées exigent des modifications législatives, administratives et dinterprétation dans un souci déquité.
Ces propositions visent à donner suite aux recommandations du rapport de mars 2002 du Comité permanent du développement des ressources humaines et de la condition des personnes handicapées, intitulé Un système plus juste envers les Canadiens : Le crédit dimpôt pour personnes handicapées. Les auteurs de ce rapport demandaient que lon modifie les critères dadmissibilité au crédit dimpôt pour personnes handicapées de manière à les préciser et à les assouplir, à rendre les processus dadministration et dappel plus équitables, et à faire en sorte que la mesure soit mieux connue et plus accessible.
En particulier, afin daccroître léquité du crédit dimpôt pour personnes handicapées, nous recommandons quil soit accordé aux personnes dont les activités restreintes à plus dun titre ont une incidence globale importante sur leur quotidien. Nous demandons aussi daméliorer ladministration de ce crédit dimpôt avec lentière participation de la collectivité des personnes handicapées.
Nos recommandations visent linstauration dune « norme dégalité totale » au titre du crédit dimpôt pour personnes handicapées. Les politiques et les pratiques régissant le crédit doivent faire en sorte que tous les Canadiens handicapés soient traités avec équité, et elles doivent être perçues comme étant empreintes de bienveillance et de compassion. Nos propositions visent à abolir les entraves systémiques pour des particuliers vulnérables aux plans financier et psychologique.
En ce qui a trait aux mesures liées à léducation et à lemploi, le Comité a exploré plusieurs options en vue daméliorer les incitatifs au travail et den créer de nouveaux. En janvier 2004, nous avons recommandé linstauration de la déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées, qui a ensuite été annoncée dans le budget fédéral de 2004. La nouvelle mesure prévoit une déduction, plutôt quun crédit limité, relativement à certaines dépenses engagées afin de permettre aux personnes handicapées de travailler ou détudier. Cette mesure est décrite plus en détail dans le chapitre sur les mesures liées à léducation et à lemploi.
Le Comité a ensuite proposé des améliorations à la nouvelle disposition afin détoffer la liste des dépenses pouvant être réclamées au titre dun emploi ou des études. La déduction corrige aussi limposition de laide publique aux mesures de soutien pour personnes handicapées. Nous suggérons fortement que le gouvernement adopte des mesures immédiates pour rectifier la situation sil décèle dautres cas où cette aide est assujettie à limpôt.
Le Comité réclame une majoration du supplément remboursable pour frais médicaux afin de procurer une aide additionnelle aux travailleurs canadiens à faible revenu qui doivent assumer des dépenses très élevées liées à une déficience. Nous recommandons également de modifier les régimes enregistrés dépargne-études, de manière à tenir compte des besoins variés des personnes handicapées.
La déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées et les améliorations afférentes sont destinées aux particuliers. Nous recommandons en outre que le gouvernement examine, dans le cadre des efforts quil déploie pour favoriser lentière participation des personnes handicapées, une mesure fiscale utilisée aux États-Unis, qui inciterait les employeurs à embaucher des personnes handicapées et dautres groupes dont le taux de chômage est élevé.
Le troisième groupe de propositions met laccent sur les mesures fiscales qui tiennent compte des dépenses engagées par les aidants naturels afin de soutenir des adultes handicapés, et par les familles qui élèvent des enfants handicapés. Dans le cas des dépenses directes, nous recommandons de doubler le plafond des frais médicaux que les aidants naturels peuvent reclamer à légard dune personne à charge gravement handicapée. Nous proposons aussi de majorer la Prestation pour enfants handicapés versée aux parents denfants admissibles au crédit dimpôt pour personnes handicapées.
Enfin, nous recommandons que le gouvernement se penche sur les façons dassouplir lutilisation de lépargne privée dun aidant naturel pour assurer le soutien continu dun enfant ou dun petit-enfant à charge handicapé en cas de décès de laidant naturel. Cette mesure aidera les familles concernées à assurer une meilleure qualité de vie à leurs enfants ou petits-enfants gravement handicapés.
Toutes les recommandations du Comité ont été mises au point dans le contexte du régime fiscal actuel. Ensemble, les modifications proposées constituent des progrès limités, mais importants, en vue de promouvoir légalité des personnes handicapées et de favoriser leur participation sur le marché du travail et au sein de la société. Les mesures suggérées reflèteront davantage la capacité contributive, en tenant compte des dépenses directes et des dépenses non apparentes liées à une déficience. Nous estimons que, à long terme, les modifications que nous proposons amélioreront la qualité de vie des personnes handicapées et de leurs familles en accroissant leur indépendance et leur autonomie.
Nous signalons également, tout au long du rapport, un certain nombre de mesures qui méritent plus ample réflexion, notamment lutilisation plus large dun modèle social de lincapacité aux fins des mesures pour personnes handicapées. Nous appuyons également ladoption de lentière déductibilité des dépenses de soutien des personnes handicapées. Parmi les autres mesures à signaler, mentionnons la simplification des dispositions fiscales pour les aidants naturels, linstauration de mesures visant à favoriser lépargne afin daider un proche handicapé et lélargissement de la Prestation pour enfants handicapés aux familles à revenu moyen.
Le total annuel estimatif du coût permanent de nos recommandations sélève à 110 millions de dollars en allégements fiscaux directs pour les personnes handicapées; à cela sajoutent 2 millions en frais dadministration (voir le tableau ci-après). Même si nos propositions dépassent légèrement laffectation gouvernementale de 85 millions, nous estimons que toutes nos recommandations constituent des étapes importantes en vue daccroître léquité du régime fiscal pour les personnes handicapées.
Les recommandations exposées ci-après sont celles qui comportent des coûts. La liste complète de nos recommandations figure à la fin du présent rapport.
Même si nous soumettons un total de 24 recommandations en vue daméliorer
les mesures fiscales actuelles, nous reconnaissons que les préoccupations
et les besoins des personnes handicapées vont bien au-delà
des dispositions sur lesquelles nous avons été invités
à nous pencher. Bon nombre des correctifs proposés
au fil des ans relèvent de mécanismes extérieurs
au régime fiscal et nous suggérons à cet égard
quà mesure que des ressources additionnelles se libéreront,
celles-ci devraient être destinées à des mesures
non fiscales. Nous partageons le fruit de nos réflexions
à ce sujet dans le dernier chapitre du présent rapport,
intitulé
« Orientations futures ».
Résumé des recommandations assorties de coûts fiscaux
| Recommandations législatives et dinterprétation |
Coût annuel estimatif
permanent1, 2
(en millions de dollars)
|
Crédit dimpôt pour personnes handicapées
1. Modification des critères dadmissibilité
Recommandation
2.4
|
50
|
|
Mesures fiscales liées à lemploi et à
léducation
1. Instauration dune déduction pour mesures
de soutien aux personnes handicapées
Recommandation 3.1
|
153
|
2. Améliorer la déduction pour mesures de soutien
aux personnes handicapées
Recommandation 3.2
|
5
|
3. Majoration du supplément remboursable pour frais
médicaux
Recommandation 3.5
|
20
|
4. Modification des régimes enregistrés dépargne-études
Recommandation 3.6
|
m4
|
|
Mesures pour les aidants naturels et les enfants handicapés
1. Hausse du plafond des dépenses pouvant être
réclamées par les aidants naturels en vertu
du crédit dimpôt pour frais médicaux
Recommandation 4.1
|
5
|
2. Modification des règles relatives au roulement
du produit de régimes enregistrés dépargne-retraite
(REER) et de fonds enregistrés de revenu de retraite
(FERR)
Recommandation 4.2
|
m4
|
3. Majoration de la Prestation pour enfants handicapés
Recommandation 4.3
|
15
|
| Total des recommandations législatives
et dinterprétation |
110
|
|
Recommandations administratives
|
|
|
Crédit dimpôt pour personnes handicapées
1. Mise en uvre de modifications administratives
Recommandations 2.7, 2.115
|
2
|
|
Total
|
112
|
1 Dans le budget fédéral de 2003, le gouvernement
a prévu 25 millions de dollars en 2003-2004 et 80 millions
par année à compter de 2004-2005 afin daccroître
léquité du régime fiscal pour les personnes
handicapées, à la lumière de nos recommandations
et de sa propre évaluation du crédit dimpôt
pour personnes handicapées. Dans son budget de 2004, le gouvernement
a ensuite rééchelonné les 25 millions prévus
pour 2003-2004, si bien que le montant annuel mis de côté
a été rajusté à 85 millions par année.
2 Groupe de travail fédéral concernant
les personnes handicapées, Donner un sens à notre
citoyenneté canadienne La volonté d'intégrer
les personnes handicapées, 1996, p. 96.
Résumé des recommandations assorties de coûts
fiscaux
1 Toutes les estimations de coûts ont été
établies par le ministère des Finances ou lAgence
du revenu du Canada.
2 Les estimations de coûts supposent la mise en
oeuvre complète des mesures en 2004-2005. Les coûts
permanents de certaines mesures augmenteront au fil des ans.
3 Cette mesure a été annoncée dans
le budget fédéral de 2004.
4 Modeste : moins de 5 millions de dollars.
5 Le coût permanent de la recommandation 2.11
(examen de ladoption de nouveaux modes de règlement
des différends) nest pas indiqué ici, étant
donné quil ne peut être déterminé
pour le moment, mais le coût du projet pilote recommandé
est estimé à 4 millions sur un à deux ans.