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Chapitre 3 : Mesures fiscales liées à lemploi et à léducation
Introduction
Comme lindique le chapitre 1, le Comité souhaitait accorder une grande priorité à linclusion des personnes handicapées par leur participation aux programmes déducation et demploi. Cet objectif est conforme à lannonce du gouvernement fédéral, exposée dans le discours du Trône de février 2004, de favoriser lautonomie des personnes handicapées au moyen de mesures de soutien en matière déducation et dacquisition de compétences.
Les revenus des Canadiens handicapés en âge de travailler ont tendance à être inférieurs à ceux des personnes non handicapées, surtout parce que les personnes handicapées sont défavorisées par rapport aux autres Canadiens sur les deux plans de léducation et de lemploi.
LEnquête sur la participation et les limitations dactivités de 2001 révèle que seulement 51 % des personnes handicapées de 25 à 54 ans occupaient un emploi, contre 82 % des personnes non handicapées. LEnquête montre aussi que, dans le même groupe dâge, 46 % des personnes handicapées ont fait des études postsecondaires, contre 57 % des personnes non handicapées1.
Les Canadiens handicapés sont prêts et aptes à apporter une contribution positive à la société, et il est manifestement dans lintérêt national, de même que dans leur intérêt, quils soient habilités en ce sens. En fait, le gouvernement fédéral a récemment lancé une stratégie nationale sur les compétences et lapprentissage pour que la main-duvre canadienne actuelle et émergente soit hautement compétente et polyvalente.
Des études internationales mettent aussi en relief limportance de lemploi et de léducation. Ainsi, lOrganisation de coopération et de développement économiques a déclaré que linvestissement dans le capital humain est au cur des stratégies visant à favoriser la prospérité économique, lemploi et la cohésion sociale2.
Cependant, les personnes handicapées sont souvent confrontées à des obstacles en matière demploi et déducation, obstacles qui nuisent à leur participation. Les employeurs et les établissements denseignement fournissent parfois les mesures de soutien nécessaires pour satisfaire aux besoins particuliers des personnes handicapées. Dans dautres cas, toutefois, les personnes handicapées doivent acquérir elles-mêmes ces services de soutien. Dans un cas comme dans lautre, elles doivent habituellement payer une partie ou la totalité de ces dépenses.
Le gouvernement et la collectivité des personnes handicapées ont fait de linclusion des personnes handicapées un objectif clé. Pour le réaliser, il est essentiel que les obstacles à lemploi et à léducation soient réduits et éliminés dans la mesure du possible. Lune des priorités du Comité était de veiller à ce que le régime fiscal tienne compte des dépenses additionnelles auxquelles sont confrontées les personnes handicapées quand elles veulent travailler ou étudier. Ce point est essentiel pour que le régime fiscal permette dabolir les entraves au travail et aide les personnes handicapées à contribuer pleinement à la vie de la société et à mener une vie bien remplie.
Dans ce chapitre, nous examinons la façon dont le régime fiscal tient compte des coûts des aménagements apportés en faveur des personnes handicapées en matière déducation et demploi. Nous commençons par limpôt sur le revenu des particuliers, en examinant lallégement fiscal accordé quand les dépenses sont assumées par les personnes elles-mêmes au moyen de leurs propres ressources ou de laide gouvernementale. Nous estimons que les fonds qui aident à défrayer ces mesures de soutien ne devraient pas être imposés.
Vu limportance de cette question, nous en avons fait lun de nos principaux sujets détude. En fait, nous avons formulé, en janvier 2004, une recommandation provisoire proposant une déduction au titre du coût des services de soutien acquis par des personnes handicapées afin de travailler ou détudier. Cette déduction permettrait dassurer léquité horizontale en traitant les dépenses des personnes handicapées sur le même pied que celles des personnes non handicapées qui ont le même revenu net.
Nous considérons que cette recommandation est un élément crucial de notre série de mesures visant à accroître léquité et à élargir les possibilités pour les personnes handicapées, et nous sommes heureux que le gouvernement ait accepté notre proposition provisoire dans son budget de 20043. Cette nouvelle mesure et ses bonifications proposées sont décrites en détail ci-après4. Lune des principales caractéristiques de la déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées est quelle assure la non-imposition de laide gouvernementale accordée à des étudiants handicapés afin de les aider à acquérir des services de soutien aux fins de leur éducation.
Le Comité a cherché non seulement à promouvoir que le régime fiscal tienne davantage compte du coût des mesures de soutien aux personnes handicapées, mais aussi à faire mieux connaître ces mesures. Par exemple, de nombreuses mesures de soutien aux personnes handicapées sont reconnues aux fins du crédit dimpôt pour frais médicaux. Par contre, il est possible que les personnes handicapées et leurs aidants ne se prévalent pas de ce mécanisme puis quelles ignorent quelles peuvent demander le remboursement de certaines dépenses liées à une incapacité. En conséquence, nous estimons quil serait plus clair de rebaptiser ce crédit « crédit dimpôt pour frais médicaux et dépenses liées à une incapacité », et nous formulons une recommandation en ce sens.
Nous recommandons aussi que le ministère des Finances et lAgence du revenu du Canada recueillent des données de recherche sur le crédit dimpôt pour frais médicaux. Ce crédit a constitué la mesure fiscale dont la croissance a été la plus rapide dans le domaine de la santé des contribuables, y compris des personnes handicapées.
En ce qui a trait à lemploi, le supplément remboursable pour frais médicaux est une importante composante du régime fiscal fédéral. Il procure une aide financière aux travailleurs à faible revenu, y compris les personnes handicapées, dont les frais médicaux sont supérieurs à la moyenne. Le supplément permet de pallier, dans une mesure limitée, limportant problème de la perte du soutien de laide sociale quessuient les personnes handicapées quand elles veulent accéder au marché du travail. À mesure que leur revenu augmente, elles deviennent souvent inadmissibles aux services de santé et aux mesures de soutien aux personnes handicapées fondées sur le revenu, et finissent par assumer elles-mêmes ces dépenses. Après examen de la mesure, nous recommandons que le supplément soit bonifié afin de mieux soutenir les travailleurs à faible revenu dont les frais médicaux sont élevés.
Le Comité a aussi examiné les dispositions prévoyant des aménagements pour les personnes handicapées dans le cadre des régimes enregistrés dépargne-études. Ces régimes permettent aux familles dépargner à labri de limpôt en prévision des études postsecondaires de leurs enfants. Dans le présent chapitre, nous suggérons des améliorations des règles relatives aux régimes enregistrés dépargne-études pour mieux tenir compte des besoins particuliers des étudiants handicapés.
Nous avons aussi examiné les incitatifs fiscaux actuels pour les employeurs en ce qui a trait aux coûts liés aux aménagements particuliers pour les personnes handicapées. Compte tenu de la méconnaissance de ces mesures, nous recommandons que cette information soit diffusée à plus grande échelle. Il faudrait envisager à plus long terme de nouvelles mesures favorisant laccession des personnes handicapées au marché du travail en augmentant la probabilité quelles puissent bénéficier des aménagements qui simposent.
Nous concluons le présent chapitre en discutant de lapplication de limpôt aux prestations dinvalidité que des personnes reçoivent quand elles doivent quitter le marché du travail pour cause dinvalidité. Cette discussion répond à une demande du Comité permanent du développement des ressources humaines et de la condition des personnes handicapées, qui a recommandé dans son rapport de juin 2003, intitulé À lécoute des Canadiens : une première vision de lavenir du Programme de prestations dinvalidité du Régime de pensions du Canada, que nous examinions limposition des prestations dinvalidité du Régime de pensions du Canada.
Traitement fiscal des mesures de soutien aux personnes handicapées
Dans certains cas, les employeurs assument les coûts des aménagements liés aux besoins des employés handicapés. De façon générale, il ne sagit pas dun avantage imposable pour lemployé.
Dans de nombreux cas, toutefois, les personnes handicapées elles-mêmes doivent acquérir des services de soutien, comme des services dinterprétation en langage gestuel et des livres parlés, afin de surmonter les obstacles à leur participation dans les domaines de léducation et du travail. Certains paient ces services à même leur propre revenu, tandis que dautres reçoivent une aide financière dadministrations publiques ou dautres sources, comme des assurances privées.
Un régime fiscal équitable prévoit que des personnes dont la situation est semblable paient sensiblement les mêmes impôts. Les crédits dimpôt actuels pour personnes handicapées tiennent compte du fait que ces personnes (et celles qui leur prodiguent des soins) sont confrontées à des dépenses additionnelles qui réduisent leur capacité à contribuer.
En tenant compte de ces dépenses liées à lobtention dun emploi et à des programmes de formation au moyen dune déduction offerte dans le cadre du régime fiscal, nous ferions en sorte que les personnes qui acquièrent des services de soutien aux personnes handicapées à ces fins avec une aide gouvernementale ou au moyen de leur propre revenu ne paient pas plus dimpôt que les personnes ayant sensiblement le même revenu net (déduction faite des dépenses liées à une incapacité) qui nont pas à acquérir ces services de soutien. Évidemment, ces mesures fiscales nont pas pour objet de rembourser aux personnes les dépenses quelles engagent.
Jusquà récemment, les personnes handicapées pouvaient profiter dun allégement fiscal limité au titre du coût des mesures de soutien en matière déducation et demploi, mais uniquement par le biais de la déduction pour frais de préposé aux soins ou du crédit dimpôt pour frais médicaux.
Déduction pour frais de préposé aux soins
Cette déduction tenait compte des dépenses assumées par des contribuables admissibles au crédit dimpôt pour personnes handicapées qui avaient besoin de soins auxiliaires pour gagner un revenu dentreprise ou demploi ou pour faire des études. Le préposé aux soins ne pouvait être un conjoint ou un conjoint de fait et devait avoir au moins 18 ans. La déduction était limitée au moins élevé des montants admissibles payés au préposé aux soins et des deux tiers du revenu gagné par le contribuable. Pour les personnes aux études, la déduction maximale correspondait à la somme des deux tiers du revenu gagné par le contribuable et des deux tiers du moins élevé de : a) le revenu du contribuable tiré dautres sources (à concurrence de 15 000 $) et b) de 375 $ par semaine détudes dans lécole secondaire ou létablissement denseignement désigné.
Comme nous le verrons plus loin dans le présent chapitre, par suite dune recommandation provisoire présentée par le Comité, le gouvernement a proposé dans le budget fédéral de mars 2004 une déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées qui remplacera et élargira grandement la déduction pour frais de préposé aux soins.
Crédit dimpôt pour frais médicaux
Le crédit dimpôt pour frais médicaux tient compte des effets de frais médicaux supérieurs à la moyenne sur la capacité contributive dune particulier. Pour 2004, le crédit correspond à 16 % des frais médicaux admissibles qui dépassent le moins élevé de 1 813 $ et de 3 % du revenu net. Le seuil du revenu net sert à déterminer ce qui constitue des dépenses supérieures à la moyenne. Les dépenses admissibles dont le remboursement peut être demandé ne sont pas plafonnées.
Bon nombre de dépenses assumées par des personnes handicapées pour léducation ou lemploi donnent droit au crédit dimpôt pour frais médicaux, y compris les frais de tutorat des personnes ayant des troubles dapprentissage, les frais dinterprétation en langage gestuel et les livres parlés.
Cette mesure et les recommandations afférentes du Comité sont approfondies plus loin dans le présent chapitre.
Allégement fiscal pour les étudiants handicapés
Les étudiants handicapés peuvent aussi obtenir un allégement fiscal au moyen des crédits dimpôt pour études et pour frais de scolarité, et profiter de lexemption de 3 000 $ pour les bourses détudes et de recherche.
Dans le cas du crédit pour études, les étudiants à temps partiel handicapés peuvent demander le plein montant (400 $) pour chaque mois détudes à temps partiel dans un établissement denseignement postsecondaire ou un programme de formation professionnelle reconnu par le ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences. Sont admissibles les étudiants qui ont droit au crédit dimpôt pour personnes handicapées et ceux dont on ne peut raisonnablement sattendre à ce quils sinscrivent à plein temps en raison dune déficience physique ou mentale reconnue. Pour donner droit au crédit, le programme détudes doit durer au moins 3 semaines et comporter au moins 12 heures de cours par mois.
Problèmes liés au traitement fiscal
Lors de lexamen de ces mécanismes, lequel a précédé sa recommandation provisoire, le Comité a déterminé que ces mécanismes ne tiennent pas toujours pleinement compte du coût des mesures de soutien aux personnes handicapées. Cette question est particulièrement préoccupante à légard du crédit dimpôt pour frais médicaux :
Étant donné que seules les dépenses dépassant le seuil du crédit dimpôt pour frais médicaux sont reconnues (c.-à-d. le moins élevé de 3 % du revenu net et de 1 813 $), la partie des dépenses qui est inférieure au seuil ne donne pas droit à lallégement.
Si des subventions servant à acquérir des services de soutien sont incluses dans le revenu net, comme ce serait le cas de la reconnaissance fiscale aux termes du crédit dimpôt pour frais médicaux, cette inclusion peut modifier ladmissibilité à des prestations fondées sur le revenu comme le crédit pour TPS et la Prestation fiscale canadienne pour enfants.
Comme le crédit dimpôt pour frais médicaux est justement un crédit, il compense limpôt à payer au taux dimposition le moins élevé (c.-à-d. 16 %). Il vaut donc le même montant pour tous les contribuables, quelle que soit leur tranche dimposition. Le crédit dimpôt pour frais médicaux ne compense toutefois pas entièrement limpôt que doivent payer les contribuables à revenu plus élevé sur le revenu servant à acquérir des services de soutien.
Certaines personnes handicapées peuvent donc payer de limpôt sur le revenu quelles utilisent pour acquérir des services de soutien aux personnes handicapées.
Ces lacunes antérieures au budget de 2004 mettent en relief un problème connexe souligné dans certaines présentations soumises au Comité. La Prince Edward Island Association for Community Living, lAutism Society of Prince Edward Island, la Société canadienne de louïe, ARCH (un centre de ressources juridiques pour personnes handicapées) et Disability Services de lUniversité du Manitoba ont tous soulevé la question de limposition de laide gouvernementale reçue au titre de mesures de soutien aux personnes handicapées. Cette préoccupation a également été relevée par lOpportunities through Work and Rehabilitation Society, dans sa présentation au Comité.
« Il est inéquitable dassujettir les étudiants handicapés à limpôt au titre de sommes quils reçoivent pour acquérir des services de soutien aux personnes handicapées; il en résulte un régime dans le cadre duquel un soutien est offert, mais où des personnes sont pénalisées financièrement en raison de leur incapacité et parce quelles ont besoin de ces mesures de soutien. » [TRADUCTION] Disability Services, Université du Manitoba
Laide fédérale aux étudiants handicapés
Outre laide générale fournie aux étudiants (bourses détudes du millénaire, prêts aux étudiants du Canada, etc.), le gouvernement fédéral offre deux subventions pour aider financièrement les étudiants handicapés de niveau postsecondaire.
La Subvention canadienne pour étudiants ayant une invalidité permanente peut atteindre 8 000 $ et a pour objet de financer des dépenses détudes afin de tenir compte des besoins particuliers des personnes handicapées, comme les frais de tutorat, dinterprétation en langage gestuel et de prise de notes.
La Subvention canadienne pour étudiants nécessiteux ayant une invalidité permanente est destinée aux étudiants handicapés qui ont besoin dune aide financière. Elle peut atteindre 2 000 $ et vise à financer des dépenses détudes comme les frais de scolarité, les livres, les fournitures scolaires et les frais de subsistance.
Dans le budget fédéral de 2004, le gouvernement a modifié la Subvention canadienne pour étudiants nécessiteux ayant une invalidité permanente. Cette dernière sera désormais payée dès le départ, ce qui signifie que les étudiants la recevront en premier, et que des prêts détudes seront ensuite octroyés au titre des besoins financiers dont le montant dépasse celui de la subvention. La nouvelle subvention initiale sera offerte aux étudiants handicapés qui sont admissibles aux prêts détudes.
Ces subventions sont administrées par les gouvernements provinciaux et territoriaux.
De façon générale, laide gouvernementale aux études et à la formation professionnelle reçue sous forme de bourse de recherche, de bourse détudes ou davantage social aux termes de lassurance-emploi est incluse dans le revenu. Cette pratique sapplique aussi aux bourses de recherche qui permettent à des personnes handicapées dacquérir des services de soutien pour des études (p. ex., lembauche dun interprète en langage gestuel). Selon leur nature, certaines subventions provenant du Fonds dintégration fédéral, peuvent aussi être assujetties à limpôt sur le revenu5.
Les crédits dimpôt existants permettent aux contribuables dêtre exonérés de cet impôt, même sil existe des cas où cette exonération est incomplète. Avant linstauration des mesures de soutien aux personnes handicapées, il en résultait que beaucoup de personnes qui recevaient une aide publique au titre des dépenses consacrées aux services de soutien aux personnes handicapées finissaient par payer de limpôt sur cette aide. Même si des personnes pouvaient obtenir une aide publique destinée à couvrir le coût total des mesures de soutien, elles devaient tout de même payer elles-mêmes une partie des dépenses.
Le Comité appuie fermement le principe de la non-imposition de laide gouvernementale destinée à des mesures de soutien aux personnes handicapées. Un versement en espèces destiné à lacquisition dune aide technique ou dun service spécial ne constitue pas un paiement comme un salaire ou dautres revenus : il sagit dun transfert payé à légard dune mesure de soutien aux personnes handicapées. Quand des bénéficiaires doivent payer de limpôt sur le revenu sur ce transfert, sa valeur réelle diminue, même si le coût de larticle ou du service relativement auquel il était destiné demeure le même.
Bon nombre des organisations ayant soulevé cette question dans leurs présentations ont suggéré que le gouvernement affranchisse de limpôt toute prestation versée au titre de mesures de soutien aux personnes handicapées. Le Comité a plutôt recommandé, avant le dépôt du budget fédéral de 2004, que les services de soutien aux personnes handicapées acquis aux fins dun emploi ou détudes soient entièrement déductibles, de la même façon que les frais de préposé aux soins.
RECOMMANDATION 3.1
Afin de tenir compte du coût des aménagements requis pour les personnes handicapées, le Comité a recommandé ce qui suit avant le dépôt du budget fédéral de mars 2004 :
Le gouvernement devrait instaurer une déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées prévoyant lentière déductibilité de services de soutien acquis aux fins dun emploi ou détudes.
Le gouvernement a mis en uvre cette proposition dans le budget de mars 2004 en établissant une déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées. On estime que cette mesure coûtera 15 millions de dollars par année.
Cette déduction sattaque au problème de limposition des mesures de soutien aux personnes handicapées. En permettant lentière déduction de ces dépenses, les fonds servant à lacquisition de ces services sont exclus du calcul du revenu net aux fins de limpôt. Cette nouvelle mesure fait en sorte que les personnes handicapées nont pas à payer limpôt sur les prestations (peu importe leur source) quelles utilisent pour acquérir ces services de soutien, et que ce revenu ne modifie pas le statut des personnes au titre des prestations fondées sur le revenu (voir lexemple ci-après).
Exemple : Application de limpôt aux dépenses liées à une incapacité
Thomas est étudiant et vit au Nouveau-Brunswick; son revenu imposable (constitué de bourses détudes et de revenus dun emploi à temps partiel) se chiffre à 17 000 $. Il a une grave déficience auditive et a besoin dun interprète en langage gestuel pour étudier à luniversité. Il a reçu une Subvention canadienne pour étudiants ayant une invalidité permanente dune valeur de 5 000 $, quil utilise pour acquérir des services dinterprétation en langage gestuel aux fins de ses études, ce qui lui donne un revenu total de 22 000 $ assujetti à limpôt.
Avant linstauration de la déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées, les dépenses que Thomas consacrait aux services dinterprétation en langage gestuel nauraient été que partiellement reconnues aux termes du crédit dimpôt pour frais médicaux. Il aurait donc payé lui-même 170 $ (net) dimpôt sur sa subvention de 5 000 $. Si Thomas avait été admissible à des prestations fondées sur le revenu, comme le crédit pour TPS, il aurait peut-être même dû payer davantage, puisque le montant du crédit aurait été réduit du fait que la subvention aurait été entièrement considérée comme un revenu personnel.
Grâce à la nouvelle déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées annoncée dans le budget fédéral de 2004, Thomas pourra déduire de son revenu total le plein montant de la subvention quil a reçue pour payer les dépenses dinterprétation en langage gestuel. Le revenu imposable de Thomas demeurera de 17 000 $, ce qui signifie quil ne paiera pas dimpôt sur le revenu sur laide gouvernementale quil a reçue au titre des services dinterprétation, et que le tout naura pas deffet sur son admissibilité à des prestations fondées sur le revenu.
En outre, une déduction traite sur un pied dégalité les personnes qui reçoivent de laide sous forme de mesures de soutien aux personnes handicapées et celles qui nen reçoivent pas. Elle tient compte du coût des mesures de soutien aux fins dun emploi ou détudes, peu importe la source du revenu ayant servi à les payer, et elle accorde donc un allégement aux personnes qui doivent payer elles-mêmes ces mesures de soutien.
La déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées tient compte des dépenses liées à une incapacité aux fins dun emploi ou détudes de manière plus complète que la mesure layant précédée, soit la déduction pour frais de préposé aux soins. Dabord, la déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées tient compte dun plus grand nombre de dépenses admissibles que les frais de préposé aux soins. Ensuite, elle permet aux contribuables handicapés de déduire des dépenses au titre de mesures de soutien aux personnes handicapées à concurrence de leur revenu total, alors que la déduction pour frais de préposé aux soins se limitait aux deux tiers du revenu gagné par le contribuable.
Nouvelle déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées
Les dispositions concernant la déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées exposées dans le budget fédéral de 2004 sont les suivantes.
Plafonds de déduction
Dans le cas dun employé, la déduction correspondra au moindre de la somme des montants payés à légard des dépenses admissibles et du revenu gagné. Un plafond semblable sapplique aussi aux étudiants, sauf que ces derniers peuvent aussi appliquer la déduction à dautres revenus selon la durée de leur programme détudes.
Dépenses admissibles
La déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées tiendra compte des montants payés pour :
des services dinterprétation gestuelle;
des services de sous-titrage en temps réel;
des téléimprimeurs ou des dispositifs semblables;
des dispositifs ou de léquipement conçus expressément pour être utilisés par une personne aveugle pour faire fonctionner un ordinateur;
des lecteurs optiques ou des dispositifs semblables;
des synthétiseurs électroniques de la parole;
des services de prise de notes;
des logiciels de reconnaissance de la voix;
des services de tutorat;
des manuels parlés;
des services de préposés aux soins.
Un médecin doit attester la nécessité de certaines de ces mesures de soutien. Pour plus de détails, prière de consulter Le plan budgétaire de 2004, pp. 348-351.
À la différence de la déduction pour frais de préposé aux soins, les personnes ne seront pas tenues dêtre admissibles au crédit dimpôt pour personnes handicapées pour pouvoir demander le remboursement de dépenses aux termes de la déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées6.
Les dépenses dont le remboursement est demandé aux fins de la déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées ne pourront être réclamées aux termes du crédit dimpôt pour frais médicaux. Les personnes qui acquièrent des services de soutien aux personnes handicapées à des fins autres que lemploi ou les études pourront tout de même demander le remboursement de ces dépenses aux termes du crédit dimpôt pour frais médicaux.
Enfin, la déduction pour frais de préposé aux soins exigeait que les contribuables soient admissibles au crédit dimpôt pour personnes handicapées pour pouvoir demander la déduction. Aux termes de la déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées, il suffit quun médecin atteste la nécessité de certaines dépenses admissibles. Cette déduction est donc offerte à toutes les personnes qui ont besoin de mesures de soutien aux personnes handicapées, et non seulement à celles admissibles au crédit dimpôt pour personnes handicapées.
Nous sommes heureux que le gouvernement ait répondu de manière positive à notre recommandation en proposant dans le budget de mars 2004 le remplacement de la déduction pour frais de préposé aux soins par une déduction plus vaste des mesures de soutien aux personnes handicapées, laquelle tiendra compte des frais de préposé aux soins et dautres dépenses de soutien aux personnes handicapées engagées aux fins dun emploi ou détudes.
Nous considérons la nouvelle déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées comme un volet stratégique important des efforts déployés en vue daccroître léquité du régime fiscal pour les personnes handicapées et de leur permettre daccéder au marché du travail.
Élargissement des dépenses admissibles
Même si le Comité approuve linitiative gouvernementale dans ce domaine, nous estimons que certaines mesures clés de soutien aux personnes handicapées ont été omises. Nous considérons que la déduction proposée pourrait être améliorée en élargissant le type de dépenses qui y donnent droit.
Le Comité a envisagé de recommander lajout dune liste complète de dépenses aux fins de cette déduction. Le tout aurait pu se faire en ajoutant certaines dépenses à la liste actuelle, ou en remplaçant cette liste par de grandes catégories de dépenses (p. ex. mesures de soutien individuel, technologie facilitant lutilisation dun ordinateur, etc.), en fournissant une série dexemples dans chacune des catégories. Pour cette dernière approche, les exemples ne seraient utilisés quaux fins dillustration. En outre, linclusivité et louverture face aux services et aux dispositifs émergents constitueraient les principes directeurs.
Cependant, en raison des coûts, nous avons décidé de mettre initialement laccent sur lajout de certaines mesures de soutien qui servent strictement aux fins dun emploi ou détudes. Parmi les exemples de dépenses dont nous proposons lajout à la liste actuelle, mentionnons les mesures de soutien individuel, comme les lecteurs et les formateurs en milieu de travail, et des dispositifs techniques comme les appareils de prise de notes enbraille, les tourne-pages, les lecteurs sonores, les logiciels à commande vocale, les livres parlés et les dispositifs daide à lutilisation dun ordinateur.
Par la suite, le gouvernement devrait envisager dajouter à la liste des dépenses donnant droit à la déduction dautres dépenses qui permettent aux personnes handicapées de participer aux domaines du travail et de léducation. Lobjectif consisterait à inclure toutes les mesures de soutien (soutien individuel, équipement et aides techniques) conçues expressément pour favoriser la participation des personnes handicapées dans les domaines de lemploi et des études.
RECOMMANDATION 3.2
Dans le but daméliorer la déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées, le Comité recommande que :
Le coût de services comme des lecteurs et des formateurs en milieu de travail, des services de prise de notes en braille, des tourne-pages, des lecteurs sonores, des logiciels à commande vocale, des livres parlés, des dispositifs daide à lutilisation dun ordinateur et dautres dépenses semblables liées à une incapacité soient ajoutés à la liste des dépenses donnant droit à la déduction.
Nous estimons que cette amélioration de la déduction coûterait 5 millions de dollars par année.
Comme mentionné, le Comité est en faveur du principe de lexclusion du revenu des mesures de soutien liées à une incapacité. Le gouvernement nous a appris que les seules subventions assujetties à limpôt sur le revenu sont celles liées à lemploi et à léducation. Linstauration de la déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées met en place un mécanisme qui fait en sorte que laide gouvernementale servant à défrayer des mesures de soutien aux personnes handicapées ne sera plus imposée.
Les membres du Comité appuient aussi fermement le principe que les personnes handicapées puissent déduire de leur revenu le coût des mesures de soutien quelles assument elles-mêmes aux fins dun emploi ou des études.
Avec linstauration de la déduction pour mesures de soutien aux personnes handicapées, laide gouvernementale consacrée à lacquisition de services de soutien aux personnes handicapées sera effectivement non imposable (c.-à-d. que la déduction compense linclusion dans le revenu de toute aide en mesures de soutien aux personnes handicapées). Le Comité suggère que, si lon découvre des cas où laide gouvernementale accordée au titre de mesures de soutien aux personnes handicapées est assujettie à limpôt, le gouvernement adopte des mesures immédiates pour rectifier la situation.
Même si, en bout de ligne, laide gouvernementale au titre des mesures de soutien ne devrait pas être assujettie à limpôt, des impôts sont parfois prélevés sur des subventions. Aux termes des nouvelles dispositions, ces impôts seront en fin de compte remboursés, mais la retenue de limpôt à la source nest pas conforme au principe de la non-imposition des mesures de soutien aux personnes handicapées.
Quand des particuliers reçoivent des fonds au titre de mesures de soutien liées à une incapacité, ils peuvent recevoir au départ moins que le plein montant de la subvention. Dans les faits, on leur demande déponger une partie du coût de la mesure de soutien jusquà ce quils remplissent leur déclaration de revenus et obtiennent leur remboursement. Ce processus peut prendre des mois une situation particulièrement difficile pour les personnes handicapées, dont les revenus ont tendance à être moins élevés.
Les membres du Comité estiment que limpôt ne devrait pas être retenu à la source sur des subventions liées à des mesures de soutien aux personnes handicapées qui ne seront pas assujetties à limpôt en bout de ligne. Ce problème est compliqué par le fait quun certain nombre dadministrations et de programmes différents peuvent être visés. LAgence du revenu du Canada se penche actuellement sur le problème. Le Comité suggère que si lon découvre des cas où des subventions non-imposables en bout de ligne font lobjet de retenues dimpôt, le gouvernement remédie à la situation.
Crédit dimpôt pour frais médicaux
Le crédit dimpôt pour frais médicaux
tient compte de leffet, sur la capacité contributive,
de dépenses supérieures à la moyenne liées
à des frais médicaux ou à une incapacité.
Parmi toutes les mesures fiscales procurant un allégement
aux personnes handicapées, le crédit dimpôt
pour frais médicaux est celui dont la croissance a été
la plus rapide. Le fait que la liste de dépenses admissibles
ait été constamment allongée et mise à
jour et lutilisation croissante des médicaments sur
ordonnance et dautres produits de santé font que le
nombre de demandeurs et le coût de la mesure ont augmenté
constamment dans la dernière décennie. Comme pour
la presque totalité des autres mesures fiscales, seulement
un léger pourcentage des demandes de crédit sont examinées
avant dêtre acceptées.
Cette pratique est différente de celle qui est appliquée
aux demandes de crédit dimpôt pour personnes
handicapées, qui sont toutes examinées avant dêtre
acceptées. Le nombre de contribuables qui demandent le crédit
dimpôt pour frais médicaux et dont les dépenses
dépassent le seuil requis (le moins élevé de
3 % du revenu net et dun montant fixe) a plus que triplé
depuis 1988 (figure 3.1).
Figure 3.1 : Nombre de demandeurs du CIFM, 19882001(dépenses
supérieures au seuil)
.jpg)
Source : Ministère des Finances
Le crédit dimpôt pour frais médicaux
a procuré un allégement fiscal de 575 millions de
dollars aux contribuables canadiens en 2001. Comme lillustre
la figure 3.2, la dépense fiscale consacrée au crédit
dimpôt pour frais médicaux a presque quintuplé
entre 1988 et 2001. Le ministère des Finances prévoit
que le montant de lallégement fiscal accordé
aux termes du crédit sera porté à 765 millions
en 2004.
Figure 3.2 : Dépenses fiscales liées au CIFM,
19882001(en milliers de dollars courants)7
.jpg)
Source : Ministère des Finances
Le crédit dimpôt pour frais médicaux
procure un allégement à tous les contribuables dont
les frais médicaux sont supérieurs à la moyenne.
Même si le crédit peut être demandé par
tous les contribuables, il occupe un rôle important relativement
aux dépenses liées à une incapacité,
étant donné quun grand nombre des dépenses
qui y donnent droit sont engagées par les personnes handicapées.
En 2001, le montant moyen du crédit dimpôt pour
frais médicaux réclamé par les particuliers
et les familles ayant demandé aussi le crédit dimpôt
pour personnes handicapées a été près
de cinq fois plus élevé que dans le cas des particuliers
et des familles nayant pas demandé ce dernier (tableau
3.1). En outre, les particuliers et les familles qui ont demandé
le crédit dimpôt pour personnes handicapées
étaient deux fois plus susceptibles de réclamer le
crédit que les particuliers et les familles qui navaient
pas demandé de crédit dimpôt pour personnes
handicapées. Cet écart était encore plus grand
chez les particuliers et les familles comptant une personne de moins
de 65 ans admissible au crédit dimpôt pour personnes
handicapées.
Néanmoins, les familles ayant demandé le crédit
dimpôt pour personnes handicapées ne constituaient
quà peu près 5 % du total des demandeurs du
crédit dimpôt pour frais médicaux.
Tableau 3.1 : Demandes de CIFM selon le statut aux fins du CIPH
et lâge, 2001
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Montant
moyen du CIFM demandé |
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| Pourcentage ayant demandé le CIFM |
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CIFM : crédit dimpôt pour frais médicaux
CIPH : crédit dimpôt pour personnes handicapées
Source : Ministère des Finances
On nous a signalé que le gouvernement fédéral
considère souvent le crédit dimpôt pour
frais médicaux comme une mesure pour les personnes handicapées
et quil inclut ce crédit au moment destimer les
dépenses fiscales consacrées aux personnes handicapées.
Le Comité soppose à cette approche étant
donné que ce crédit peut procurer un allégement
fiscal à tous les contribuables, et non uniquement aux personnes
handicapées. Nous suggérons donc que le gouvernement
cesse dinclure le crédit dimpôt pour frais
médicaux dans son estimation des dépenses fiscales
consacrées aux personnes handicapées.
Même si la déduction pour mesures de soutien aux personnes
handicapées sattaque à de nombreuses lacunes
du crédit dimpôt pour frais médicaux du
point de vue des étudiants et des travailleurs handicapés,
une question demeure. Un certain nombre de personnes handicapées
et de leurs aidants ne savent pas quils peuvent demander le
remboursement dun grand nombre de dépenses liées
à une incapacité par le biais du crédit. En
fait, de nombreuses dépenses récemment ajoutées
à la liste de celles donnant droit au crédit ne seraient
engagées que par des personnes handicapées ou leurs
aidants.
« La Société canadienne de louïe
appuie la position de longue date dautres groupes de personnes
handicapées, [
] selon laquelle le crédit dimpôt
pour frais médicaux devrait être renommé "crédit
dimpôt pour frais médicaux et dépenses
liées à une incapacité" ». [TRADUCTION]
Société canadienne de louïe
Nous souscrivons aux présentations soumises à notre
Comité au sujet de la connaissance du crédit. Nous
estimons que celui-ci serait mieux connu si son nom était
modifié de manière à faire état des
dépenses liées à une incapacité.
RECOMMANDATION 3.3
Le Comité recommande que :
Le gouvernement renomme le crédit dimpôt pour
frais médicaux « crédit dimpôt pour
frais médicaux et dépenses liées à une
incapacité ».
Cette recommandation nentraîne aucun coût.
Le crédit dimpôt pour frais médicaux
tient compte à la fois des frais médicaux et des dépenses
liées à une incapacité supérieurs à
la moyenne. Le Comité a constaté quil existe
peu de données au sujet des dépenses réelles
dont le remboursement est demandé au moyen de ce crédit.
Cette question nous préoccupe, surtout que le crédit
est la mesure fiscale dallégement pour personnes handicapées,
entre autres, dont la croissance a été la plus rapide.
La conception du crédit existant soulève aussi certaines
questions. Seules les dépenses supérieures au moins
élevé de 3 % du revenu net et de 1 813 $ peuvent être
remboursées aux termes du crédit. Cependant, les dépenses
peuvent être déclarées par lépoux
ou le conjoint de fait ayant le revenu imposable moins élevé
de manière à maximiser le montant demandé.
Il est important de disposer de renseignements fiables au sujet
du crédit dimpôt pour frais médicaux afin
de pouvoir procéder à des examens périodiques
de la mesure, et le Comité estime que ces données
devraient être recueillies. En particulier, certaines préoccu-pations
ont été exprimées à savoir si les dépenses
dont le remboursement peut être demandé aux termes
de cette disposition incluent des coûts pouvant être
considérés comme personnels ou facultatifs, comme
les frais de chirurgie esthétique non essentielle, le coût
de lunettes design ou des traitements de rajeunissement de centres
de soins corporels, et dautres dépenses semblables.
RECOMMANDATION 3.4
Le Comité recommande que :
Le ministère des Finances et lAgence du revenu du
Canada examinent les données disponibles et, dans la mesure
du possible, recueillent de nouvelles données au sujet des
dépenses réelles dont le remboursement est demandé
aux termes du crédit dimpôt pour frais médicaux,
et évaluent la pertinence de ces demandes.
Le coût estimatif de cette recommandation est négligeable.
Supplément remboursable pour frais médicaux
En 1996, le Groupe de travail fédéral concernant
les personnes handicapées a souligné la nécessité
de réduire les dépenses liées à une
incapacité qui créent des entraves à lentière
participation des personnes handicapées. En réponse
aux recommandations du Groupe de travail, le gouvernement a annoncé
un certain nombre de mesures dans le budget fédéral
de 1997.
Lun des problèmes soulevés par le Groupe de
travail est celui des personnes qui risquent de perdre toutes les
mesures publiques de soutien liées aux frais médicaux
ou aux dépenses liées à une incapacité
quand elles cessent de recevoir des prestations daide sociale
ou dautres programmes de revenu dinvalidité,
ce qui peut exercer un effet dissuasif certain sur lentrée
dans le marché du travail. Pour remédier à
ce problème, le gouvernement a instauré le supplément
remboursable pour frais médicaux dans le budget fédéral
de 1997.
En 2004, le supplément remboursable maximal pour frais médicaux
correspond à la somme de 25 % de la partie admissible des
dépenses dont le remboursement peut être demandé
aux termes du crédit et de 25 % du montant demandé
au titre de la déduction pour mesures de soutien aux personnes
handicapées annoncée dans le budget fédéral
de mars 2004, à concurrence de 562 $8. Pour que
le supplément profite aux personnes qui accèdent au
marché du travail, il nest offert quaux travailleurs
ayant des revenus demploi ou dun emploi autonome supérieurs
à 2 809 $9.
À la différence de la plupart des autres crédits,
toutefois, celui-ci est remboursable ce qui signifie que
les personnes qui nont pas dimpôt à payer
peuvent aussi en profiter. Si le supplément remboursable
pour frais médicaux dun travailleur dépasse
son impôt fédéral net, il obtient la différence.
Le supplément remboursable pour frais médicaux vise
les personnes à faible revenu, et 5 % de lexcédent
du revenu familial sur 21 301 $10 en est soustrait.
Le supplément a profité à plus de 300 000
Canadiens en 2001, et on prévoit quil procurera une
aide de 70 millions de dollars en 2004. Le tableau 3.2 montre que
le nombre de bénéficiaires et le coût du supplément
remboursable pour frais médicaux ont tous deux augmenté
de manière constante (ayant à peu près doublé)
depuis sa création en 1997.
Tableau 3.2 : Nombre de bénéficiaires du supplément
remboursable pour frais médicaux et dépense fiscale
connexe, 1997-2001
|
Année
|
Nombre de bénéficiaires
|
Dépenses fiscale
(en millions de dollars courants)
|
|
1997
1998
1999
2000
2001
|
165 000
180 000
225 000
245 000
315 000
|
23
26
36
42
55
|
Source : Ministère des Finances
Le Comité estime que le supplément actuel a aidé
les Canadiennes et les Canadiens à faible revenu, dont le
montant des frais médicaux et des dépenses liées
à une incapacité est élevé, à
accéder au marché du travail ou à y retourner.
Nous estimons également quune bonification de ce crédit
profiterait à de nombreux travailleurs à faible revenu
et, de façon plus générale, à la société
canadienne en favorisant dans la mesure du possible lactivité
sur le marché du travail.
Le supplément en place pourrait être bonifié
en haussant le pourcentage de dépenses admissibles sur lequel
il est fondé pour le faire passer, disons, de 25 à
35 %. Laugmentation de laide fédérale
au titre dune partie des frais médicaux déboursés
et des dépenses liées à une incapacité
pour les Canadiens à faible revenu pourrait toutefois soulever
des questions au sujet du rôle qui convient aux gouvernements
fédéral et provinciaux à légard
des frais médicaux et des mesures de soutien aux personnes
handicapées.
Le seuil du revenu familial net auquel le supplément commence
à être récupéré pourrait aussi
être haussé, même si, à notre avis, le
seuil actuel semble assez élevé pour couvrir la fourchette
à lintérieur de laquelle les personnes perdent
habituellement leurs prestations daide sociale et autres.
Le Comité considère que la meilleure façon
de renforcer le crédit actuel consiste à hausser le
montant maximum qui peut être demandé, ce qui profiterait
aux travailleurs ayant dimportants frais médicaux et
dépenses liées à une incapacité sans
modifier la structure globale du programme. Le fait de porter de
562 $ à 1 000 $ le montant maximal du supplément remboursable
pour frais médicaux permettrait à ces personnes dobtenir
un meilleur soutien (voir lexemple ci-après).
RECOMMANDATION 3.5
Le Comité recommande que :
Le crédit maximal offert aux termes du supplément
remboursable pour frais médicaux soit porté de 562
$ à 1 000 $ et demeure indexé au coût de la
vie.
Le coût estimatif de cette recommandation se chiffre à
20 millions de dollars par année.
Exemple : Supplément remboursable pour frais médicaux
Mélanie doit acquérir des services de soutien aux
personnes handicapées pour atténuer les effets de
son incapacité (lesdits services étant nécessaires
à son fonctionnement quotidien, et pas nécessairement
pour occuper un emploi). Le coût de ces services était
autrefois assumé par le gouvernement provincial quand elle
recevait des prestations daide sociale. Elle a récemment
accepté un emploi au salaire annuel de 18 000 $, mais son
employeur noffre pas de régime dassurance qui
couvre les frais de ces services. Elle doit donc payer elle-même
les services de soutien, qui coûtent 4 500 $ par année.
Sous le régime actuel, Mélanie recevrait le supplément
remboursable maximal pour frais médicaux, soit 562 $. Elle
profiterait aussi dun allégement dimpôt
fédéral de 634 $ aux termes du crédit, de même
que dun allégement dimpôt provincial. Le
montant élevé de ses dépenses liées
à une incapacité pourrait toutefois linciter
à quitter son emploi et à recommencer plutôt
à recevoir des prestations daide sociale.
Le fait de porter à 1 000 $ le montant maximal du supplément
fédéral remboursable pour frais médicaux permettrait
à Mélanie de recevoir un supplément remboursable
de 990 $, soit 25 % de lexcédent de ses dépenses
sur 3 % de son revenu net. Cette modification améliore sensiblement
sa situation financière et facilite la transition de laide
sociale au marché du travail. Elle continuerait de profiter
dun allégement dimpôt fédéral
de 634 $ aux termes du crédit dimpôt pour frais
médicaux, en plus dun allégement dimpôt
provincial.
Régimes enregistrés dépargne-études
Un grand nombre détudiants handicapés reçoivent
de laide de leur famille afin de couvrir le coût de
leurs études postsecondaires. Le gouvernement offre un véhicule
dépargne assorti dune aide fiscale, les régimes
enregistrés dépargne-études (REEE), pour
aider les familles à épargner en prévision
des études postsecondaires des enfants désignés.
Les règles relatives aux régimes enregistrés
dépargne-études permettent à une famille
dépargner jusquà 4 000 $ par année
et par enfant, à concurrence dun maximum à vie
de 42 000 $ par enfant. Depuis 1998, grâce à la Subvention
canadienne pour lépargne-études, le gouvernement
fédéral supplée à lépargne
privée versée dans des régimes enregistrés
dépargne-études : la première tranche
de 2 000 $ versée chaque année dans un régime
enregistré dépargne-études pour un enfant
donne lieu à une Subvention canadienne pour lépargne-études
de 20 %11. En général, une fois que le
régime enregistré dépargne-études
est établi, des cotisations peuvent y être versées
pendant 21 ans et le régime doit habituellement être
liquidé au plus tard 25 ans après son établissement.
Les cotisations versées dans un régime enregistré
dépargne-études ne sont pas déductibles
dimpôt. Les revenus de placement réalisés
sur ces cotisations peuvent toutefois croître à labri
de limpôt jusquà leur distribution, moment
auquel ils sont inclus dans le revenu du bénéficiaire
et imposés en conséquence. Dans la plupart des cas,
le bénéficiaire est un étudiant dont le revenu
total (net des remboursements de frais de scolarité et autres)
est assujetti à un impôt minimal.
Les fonds versés dans un régime enregistré
dépargne-études peuvent être retirés
sans pénalité afin de payer les frais dun programme
détudes à temps plein admissible. Pour être
admissible, un programme détudes doit durer au moins
trois semaines consécutives, et létudiant doit
consacrer au moins 10 heures par semaine aux cours ou aux travaux
prévus dans le cadre du programme.
Le programme doit être de niveau postsecondaire et être
offert dans un établissement denseignement de ce niveau,
tel que :
une université, un collège ou un autre établissement
denseignement au Canada;
un établissement denseignement au Canada désigné
par le ministre des Ressources humaines et du Développement
des compétences comme offrant des cours sans unité
dacquisition ou des cours de perfectionnement de compétences
professionnelles;
une université, un collège ou un autre établissement
denseignement à létranger qui offre des
cours de niveau postsecondaire, pourvu que létudiant
soit inscrit à un cours séchelonnant sur au
moins 13 semaines consécutives.
Les règles concernant les régimes enregistrés
dépargne-études incluent déjà
une disposition relative à lincapacité. Les
étudiants handicapés ne sont pas tenus dêtre
inscrits à plein temps à un établissement denseignement
postsecondaire admissible pour profiter dun régime
enregistré dépargne-études.
Les étudiants handicapés ont toutefois souvent des
besoins particuliers dont il faut tenir compte pour quils
puissent faire des études postsecondaires. Il doivent ainsi
assumer des coûts additionnels, avoir accès à
un plus vaste éventail de programmes détudes
ou avoir plus de temps pour commencer ou terminer un programme denseignement
postsecondaire. Le Comité recommande donc deux mesures visant
à faire des régimes enregistrés dépargne-
études un véhicule plus utile pour appuyer les étudiants
handicapés. Pour lapplication de ces mesures, il faut
définir la période pendant laquelle lenfant
sera réputé avoir une incapacité afin quil
ait droit à ce traitement particulier.
RECOMMANDATION 3.6
En réponse aux besoins particuliers des étudiants
handicapés, le Comité recommande
que :
La période pendant laquelle des cotisations peuvent être
versées dans un régime enregistré dépargne-études
pour une personne handicapée soit portée de 21 à
25 ans, et que la période au terme de laquelle les régimes
doivent être liquidés soit portée de 25 à
30 ans après létablissement du régime.
Le gouvernement étoffe la liste de programmes détudes
admissibles aux régimes enregistrés dépargne-études
afin que celle-ci tienne compte des besoins variés des personnes
handicapées.
Le coût estimatif de ces mesures est négligeable.
Mesures relatives à limpôt des sociétés
Le régime fiscal reconnaît les dépenses en
capital engagées par les entreprises afin doffrir des
aménagements particuliers aux personnes handicapées,
quil sagisse de clients ou demployés. Habituellement,
les dépenses en capital comme celles qui visent lachat
dune pièce déquipement ou la modification
dun édifice ne peuvent être entièrement
déduites du revenu dentreprise dans lannée
où elles sont engagées. Elles sont plutôt amorties
sur un certain nombre dannées dans le cadre de la déduction
pour amortissement à mesure que lactif se déprécie.
En revanche, les dépenses en capital effectuées afin
de tenir compte des besoins particuliers des personnes handicapées
sont entièrement déductibles lannée où
elles sont engagées (voir la liste dans lencadré).
Dépenses en capital engagées pour offrir des aménagements
aux personnes handicapées et entièrement déductibles
Rénovation ou modification dun édifice
visant à permettre à des personnes à mobilité
restreinte dy avoir accès ou de sy déplacer
(p. ex. linstallation de rampes intérieures et extérieures,
douvre-portes électriques activés manuellement,
et modifications des salles de bains, des ascenseurs ou des entrées);
indicateurs de position des cabines dascenseur pour
les personnes ayant une déficience visuelle;
alarmes dincendie visuelles;
dispositifs découte pour réunions de
groupes;
appareils téléphoniques pour personnes ayant
une déficience auditive;
logiciels et matériel informatiques adaptés
à une incapacité.
Lentière déductibilité de ces dépenses
incite les entreprises à effectuer ces investissements importants
sur le plan socio-économique. Les entreprises profitent en
un an de lallégement fiscal dont elles bénéficieraient
normalement sur de nombreuses années, ce qui réduit
les coûts effectifs après impôt de leurs dépenses
daménagement. Cependant, la décision dinvestir
dans des aménagements ne repose pas uniquement sur des considérations
fiscales.
Malgré ce traitement fiscal favorable, le Comité
déplore que lon ne sache pas dans quelle mesure les
entreprises tirent profit de ces dispositions, en raison de leur
méconnaissance. Le Comité estime que lAgence
du revenu du Canada doit adopter des mesures afin de mieux faire
connaître ces dispositions aux entreprises, de façon
à produire davantage dinvestissements répondant
aux besoins particuliers des personnes handicapées au travail
et dans la collectivité.
RECOMMANDATION 3.7
Le Comité recommande que :
Linformation pour les entreprises au sujet de la déductibilité
des dépenses en capital effectuées pour offrir des
aménagements aux personnes handicapées soit plus largement
diffusée dans les guides de lAgence du revenu du Canada.
Le coût estimatif de cette recommandation est négligeable.
Le Comité sest aussi demandé sil y avait
lieu doffrir un incitatif additionnel aux entreprises qui
embauchent des personnes handicapées ayant les compétences
requises. Des fonds fédéraux favorisant lembauche
de personnes handicapées sont actuellement fournis aux termes
du Cadre multilatéral fédéral-provincial-territorial
pour les ententes sur le marché du travail visant les personnes
handicapées (en vertu duquel le gouvernement fédéral
appuie le financement de programmes daide à lemploi
des personnes handicapées exécutés par les
administrations provinciales) et du Fonds dintégration
fédéral. Le Fonds dintégration et certains
programmes provinciaux octroient des subventions salariales.
Nous avons pris connaissance avec intérêt du «
Work Opportunity Tax Credit », en vigueur aux États-Unis.
Ce crédit dimpôt non remboursable a pour objet
daccroître les revenus et les possibilités demploi
des travailleurs qui appartiennent à certains groupes défavorisés
dont les taux de chômage ont toujours été élevés,
en incitant les employeurs à embaucher ces travailleurs et
à les maintenir en poste.
Les personnes handicapées ayant une incapacité mentale
ou physique qui fait obstacle à lemploi constituent
lun des groupes ciblés. Pour que leur employeur soit
admissible au crédit, les personnes handicapées doivent
être recommandées à lemployeur, pendant
quelles reçoivent des services de réadaptation
ou après, par un organisme de sécurité de lemploi
de lÉtat. Le montant de lallégement dimpôt
dont bénéficient les employeurs dépend de la
durée de lemploi de la personne et du salaire qui lui
est versé.
Le « Work Opportunity Tax Credit » constitue, dans
les faits, une subvention salariale. De telles subventions peuvent
être versées dans le cadre du régime fiscal
(c.-à-d. au moyen dun crédit comme aux États-Unis)
ou dun programme distinct, comme cest le cas au Canada.
Comme le régime fiscal constitue un instrument rudimentaire,
il nest peut-être pas le meilleur mécanisme de
prestation dune subvention salariale. À la différence
dun programme ciblé, le régime fiscal ne peut
être adapté facilement à la situation de chacun
des contribuables.
Par exemple, lune des préoccupations liées
à lutilisation du régime fiscal est que celui-ci
nest pas bien adapté à lapplication de
critères dadmissibilité complexes. Le «
Work Opportunity Tax Credit » traite ce problème en
fondant ladmissibilité sur la participation préalable
à des programmes de réadaptation et repose donc sur
les critères dadmissibilité de ces programmes.
Au Canada, le crédit dimpôt pour personnes handicapées
pourrait fournir ce genre de critères dadmissibilité
préétablis. Le fait de ne considérer, aux fins
dun crédit à lemploi, que les employés
admissibles au crédit dimpôt pour personnes handicapées
pourrait toutefois être contesté. Même si dautres
critères dadmissibilité pourraient être
mis au point, cette modification pourrait accroître la complexité
du régime fiscal.
En outre, le régime fiscal a une portée plus limitée
que dautres programmes. Les petites et les moyennes entreprises
et le secteur bénévole sont dimportants employeurs
des personnes handicapées. Cependant, si la subvention salariale
devait être octroyée dans le cadre du régime
fiscal, un grand nombre de ces organisations pourraient ne pas profiter
du crédit. Les petites et les moyennes entreprises qui nont
pas dimpôt à payer en seraient effectivement
privées, tout comme les organismes de bienfaisance et les
organismes sans but lucratif, qui sont exonérés de
limpôt.
Malgré ces bémols, le Comité estime quil
y aurait lieu détudier la possibilité doctroyer
une subvention salariale dans le cadre du régime fiscal,
à linstar du crédit dimpôt offert
aux États-Unis, en vertu de laquelle les employeurs obtiendraient
des crédits dimpôt pour compenser les coûts
additionnels éventuels découlant de lembauche
de personnes handicapées. En particulier, il faudra déterminer
si cette mesure constituerait une façon rentable dinciter
les employeurs à assumer les coûts additionnels découlant
de lembauche de personnes handicapées, et compléter
les mesures proposées afin daccroître la capacité
des personnes handicapées à chercher et à occuper
de tels emplois.
Pour être rentable, ce programme devrait observer un certain
nombre de conditions importantes :
Les crédits ne seraient offerts quaux employeurs
qui embauchent des personnes handicapées sans déplacer
les titulaires de postes existants.
Pour que lemployeur soit admissible au crédit,
la personne handicapée devrait être embauchée
pour une période minimale définie.
Le programme ne sappliquerait quà lembauche
de personnes ayant des déficiences mentales ou physiques
graves, comme les personnes actuellement admissibles au crédit
dimpôt pour personnes handicapées.
Lemployeur devrait observer les normes daccessibilité
au lieu de travail qui simposent.
Le programme devrait sintégrer aux programmes
gouvernementaux qui prévoient loctroi de subventions
salariales et dautres genres de mesures de soutien de lemploi
et du revenu pour les personnes handicapées.
RECOMMANDATION 3.8
Le Comité recommande que :
Dans le cadre des efforts quil déploie afin de mettre
au point des mesures favorisant lentière participation
des personnes handicapées, le gouvernement étudie
lefficacité du « Work Opportunity Tax Credit
» offert aux États-Unis.
Imposition des prestations dinvalidité du Régime
de pensions du Canada
Les sections précédentes du présent chapitre
mettaient laccent sur les incitatifs offerts aux personnes
handicapées dans laccès au marché du
travail. Nous abordons maintenant la situation des personnes qui
doivent quitter le marché du travail en raison dune
invalidité. Bon nombre dentre elles reçoivent
alors un revenu de remplacement de source privée ou publique.
La présente section porte sur limposition de ce revenu.
À lheure actuelle, les prestations dinvalidité
ainsi que les prestations de retraite versées par le Régime
de pensions du Canada12 sont imposables. Parallèlement,
un allégement fiscal est offert sous forme dun crédit
dimpôt non remboursable relativement aux cotisations
des employés au Régime. Lallégement fiscal
est offert aux employeurs sous forme dune déduction.
Les prestations dinvalidité versées dans le
cadre du Régime ne sont payables que jusquau 65e
anniversaire de naissance, après quoi le versement des prestations
de retraite ordinaires commence.
En 2003, le Comité permanent de la Chambre des communes
et de la condition des personnes handicapées a exprimé
ses préoccupations au sujet de limposition des prestations
dinvalidité du Régime de pensions du Canada,
surtout à la lumière du fait que certaines autres
formes de revenu de remplacement pour les personnes qui quittent
le marché du travail en raison dune invalidité
ne sont pas imposées. Le Comité permanent a recommandé
que notre comité se penche sur la meilleure façon
de rajuster les cotisations au Régime déductibles
dimpôt afin déliminer les montants payés
à légard des prestations dinvalidité,
de manière à éviter limposition de ces
prestations13.
Limposition actuelle des prestations dinvalidité
du Régime de pensions du Canada est justifiée par
la politique fiscale : les cotisations constituent une dépense
professionnelle qui réduit la capacité contributive
dun employé et sont aussi des dépenses dentreprise
en bonne et due forme des employeurs. Il convient donc daccorder
un allégement fiscal au titre de ces cotisations.
Parallèlement, les prestations du Régime de pensions
du Canada, comme les prestations du régime de pension dun
employeur ou dun régime enregistré dépargne-retraite,
constituent des formes de revenus de remplacement qui accroissent
la capacité contributive et sont donc traitées comme
dautres formes de revenus. Le traitement fiscal des prestations
du Régime est donc semblable à celui des prestations
du régime de pension dun employeur et des régimes
enregistrés dépargne-retraite : un allégement
fiscal est accordé au titre des cotisations qui y sont versées,
et limpôt sapplique aux retraits qui y sont effectués.
Dans les faits, limpôt qui sapplique aux cotisations
est reporté au moment où des sommes sont retirées
du régime. (De plus, limposition actuelle des prestations
dinvalidité du Régime de pensions du Canada
est semblable à celle des prestations dinvalidité
de régimes du secteur privé dont lemployeur
paie une partie du coût : les cotisations de lemployeur
sont déductibles et les prestations sont imposables.)
Comme la signalé le Comité permanent, limposition
actuelle des prestations dinvalidité du Régime
est contraire à celle de certaines autres formes de remplacement
ou de soutien du revenu pour les personnes handicapées. Par
exemple, deux autres formes de prestations laide sociale
et lindemnisation des accidents du travail ne sont
pas imposables.
Les prestations daide sociale ne sont pas imposables étant
donné quelles sont considérées comme
des paiements de dernier recours et, puisquelles sont fondées
sur les besoins, elles sont déjà réduites à
mesure que la personne gagne un revenu dautres sources. Les
indemnités pour accidents du travail ont toujours été
franches dimpôt parce que ces programmes étaient
en place avant linstauration de limpôt sur le
revenu. Limposition des indemnités versées aux
victimes daccidents du travail nécessiterait une refonte
complète du barème des prestations et des cotisations.
Dans le cadre des mécanismes dassurance privés,
des indemnités dinvalidité sont versées
aux termes de divers régimes assujettis à diverses
modalités et conditions. Lorsque lemployeur contribue
aux coûts du régime, il profite habituellement dune
déduction dimpôt au titre du paiement, mais les
indemnités versées dans le cadre de ces mécanismes
sont imposables.
Lorsque lemployeur ne contribue pas aux coûts du régime,
lemployé ne profite daucun allégement
fiscal au titre des primes, mais les indemnités en soi ne
sont pas incluses dans le revenu aux fins de limpôt
14. Cette pratique est conforme au principe énoncé
ici pour le Régime de pensions du Canada : si un allégement
fiscal est offert au titre des cotisations, les prestations sont
imposables et si aucun allégement nest offert, les
prestations ne sont pas imposables.
La suggestion du Comité permanent selon laquelle les prestations
dinvalidité ne devraient pas être imposables
soulève un certain nombre de questions complexes. En particulier,
cette modification serait contraire au principe de léquité
fiscale étant donné que des paiements non imposables
seraient versés à partir dun régime dont
les cotisations ont déjà donné lieu à
un allégement fiscal. Cette application de limpôt
ne serait pas conforme à lapproche générale
adoptée en matière dépargne mise à
labri de limpôt.
Même si les cotisations versées au titre de la protection
dinvalidité du Régime de pensions du Canada
ne donnaient pas lieu à un allégement fiscal et que
les prestations dinvalidité devenaient non imposables,
des problèmes transitoires se manifesteraient : à
court terme, des personnes recevraient des prestations non imposables
fondées sur des cotisations relativement auxquelles elles
ont profité dun allégement fiscal. En outre,
la non-imposition des prestations profiterait peu ou pas du tout
aux personnes handicapées à faible revenu qui
paient déjà peu dimpôts mais elle
accorderait des prestations plus élevées aux bénéficiaires
de prestations dinvalidité qui se situent dans une
fourchette dimposition plus élevée.
De plus, il ny a pas de raison de refuser une déduction
aux employeurs au titre de leurs cotisations au volet invalidité
du Régime de pensions du Canada. Ce problème pourrait
être réglé, moyennant certains autres problèmes
de complexité et dénormes problèmes de
transition, en séparant les cotisations actuellement versées
dans le Régime au titre de linvalidité et les
autres, et en faisant payer la totalité des prestations dinvalidité
aux employés de manière non déductible.
Enfin, la non-imposition des prestations dinvalidité
du Régime de pensions du Canada pourrait aussi nécessiter
des consultations provinciales étant donné que ce
changement pourrait entraîner la modification des mécanismes
de financement du Régime. Même si le Comité
est sensible aux préoccupations exprimées par le Comité
permanent et la collectivité à ce sujet, nous ne pouvons
recommander une solution globale qui serait préférable
à la position actuelle15.
Interaction des prestations dinvalidité du Régime
de pensions du Canada et des régimes dassurance privés
La plupart des régimes dassurance-invalidité
du secteur privé renferment des clauses de compensation aux
termes desquelles le montant des prestations dinvalidité
versées au bénéficiaire par le Régime
de pensions du Canada est soustrait du plein montant des prestations
autrement payables dans le cadre de ces régimes en cas dinvalidité.
Bon nombre dassureurs du secteur privé acceptent toutefois
de payer le plein montant des prestations (y compris ce qui serait
versé dans le cadre du Régime) tandis que la personne
attend lapprobation des prestations dinvalidité
du Régime.
Dans ces cas, il y a « cession des ententes concernant les
prestations » conclues par le demandeur. Aux termes de ces
ententes, une fois obtenue lapprobation du Régime de
pensions du Canada, ce dernier rembourse à lassureur
privé léquivalent des prestations dinvalidité
du Régime de pensions du Canada quil a versées
au bénéficiaire avant lapprobation. Même
si cet arrangement a pour objet de fournir le meilleur revenu de
remplacement possible aux personnes, et ce, le plus rapidement qui
soit dès quils quittent leur emploi en raison dune
invalidité, il en découle des conséquences
fiscales qui préoccupent le Comité permanent et dautres
groupes comme lAssociation canadienne des compagnies dassurances
de personnes16.
Comme nous le disions, à la différence des prestations
du Régime de pensions du Canada, bon nombre de prestations
dinvalidité à long terme dassureurs privés
ne sont pas imposables. Quand les prestations privées sont
remplacées par les prestations rétroactives du Régime
de pensions du Canada, le bénéficiaire doit payer
limpôt sur les prestations du Régime de pensions
du Canada qui ont été cédées à
lassureur. Cette pratique peut causer des difficultés
financières à certains bénéficiaires,
qui peuvent être soudainement appelés à payer
limpôt sur des prestations qui ont déjà
été reçues (et peut-être dépensées).
Le Comité est conscient de la gravité de ce problème
soulevé par le Comité permanent. Nous constatons que,
dans sa réponse au rapport du Comité permanent, le
gouvernement sest engagé à collaborer avec les
assureurs privés afin de trouver des solutions à ce
problème17. Nous pressons le gouvernement de trouver
le moyen de le régler rapidement.
1 Développement des ressources humaines Canada,
Lincapacité au Canada : Un profil en 2001, 2003,
p. 27.
2 Organisation de coopération et de développement
économiques, Linvestissement dans le capital humain
: Une comparaison internationale, 1998, p. 7.
3 Ministère des Finances du Canada, Le plan
budgétaire de 2004, 2004, pp. 105-106 et 348-351.
4 Au moment de la rédaction du rapport, les modifications
législatives visant à donner force de loi aux propositions
fiscales contenues dans le budget fédéral de 2004
navaient pas encore reçu lapprobation du Parlement.
5 Parmi les paiements versés aux personnes handicapées
à partir du Fonds dintégration, mentionnons
les subventions salariales, qui sont imposables au même titre
que le revenu demploi tiré de toute autre source.
6 Ladmissibilité au crédit dimpôt
pour personnes handicapées constitue un moyen de justifier
une demande de remboursement de frais de préposé aux
soins.
7 Les dépenses fiscales sont présentées
en dollars courants (c.-à-d. non rajustés en fonction
de linflation). En tenant compte de linflation, la dépense
fiscale réelle augmente, mais à un rythme plus
lent.
8 Le montant est indexé annuellement au coût
de la vie.
9 Le montant est indexé annuellement au coût
de la vie.
10 Le montant est indexé annuellement au coût
de la vie.
11 Dans le budget fédéral de 2004, le
gouvernement a proposé des améliorations de la Subvention
canadienne pour lépargne-études. Voir à
ce sujet : Ministère des Finances Canada, Le plan budgétaire
de 2004, 2004, p. 122.
12 Le Québec applique son propre régime,
le Régime de rentes du Québec (RRQ). Les modalités
dimposition des cotisations et des prestations du RRQ sont
les mêmes que pour le RPC.
13 Comité permanent du développement des
ressources humaines et de la condition des personnes handicapées,
À lécoute des Canadiens : une première
vision de lavenir du Programme de prestations dinvalidité
du Régime de pensions du Canada, 2003, pp. 92-93.
14 Il convient également de signaler que, si
lemployé paie le coût total des prestations dinvalidité,
on soustrait souvent du montant des prestations payables aux termes
du mécanisme un « équivalent imposable »
afin de tenir compte du fait que les prestations ne sont pas imposées.
15 Pour un grand nombre de personnes, le crédit
dimpôt pour personnes handicapées peut largement
compenser limpôt sur le revenu à payer à
légard des prestations dinvalidité du
Régime de pensions du Canada. Nous présentons au chapitre
2 une recommandation qui aurait pour effet daccorder un allégement
fiscal à un plus grand nombre de bénéficiaires
de primes dinvalidité du Régime, en augmentant
le nombre de bénéficiaires du crédit dimpôt
pour personnes handicapées.
16 Comité permanent du développement des
ressources humaines et de la condition des personnes handicapées,
À lécoute des Canadiens : une première
vision de lavenir du programme de prestations dinvalidité
du Régime de pensions du Canada, 2003, p. 103.
17 Gouvernement du Canada, Réponse du gouvernement
du Canada au rapport intitulé « À lécoute
des Canadiens : une première vision de lavenir du programme
de prestations dinvalidité du Régime de pensions
du Canada », 2003, p. 35.
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